A Bali, il existe une tradition qui charme et enchante tous les voyageurs de passage sur l’île des Dieux.

En effet, dans toutes les rues de l’île, devant chacune des portes d’entrées qu’un être humain peut franchir pour rentrer chez lui, aller au restaurant, dormir dans un hôtel ou faire la fête dans un bar, on trouve des petits paniers de feuilles de palmier remplis de riz, de fleurs, de nourriture, de cigarettes et d’encens.

Ces petites offrandes sont appelées Canang sari et les Balinais, hindouistes, les offrent aux démons TOUS les matins. Et, tous les matins donc, en vous levant tôt, n’importe qui peut voir le ballet des Balinaises qui, en sarong, déposent ces offrandes accompagnées d’une petite prière et d’une petite bruine d’eau bénite. Durant le reste de la journée, les fourmis, les oiseaux, les chiens et les chats se feront un plaisir de dévorer ces petites bouts de nourriture ; les passants, plus ou moins adroits, essaieront d’éviter ces jolis petits bouts de coutume essaimé sur l’île et les touristes s’apitoieront probablement à un moment ou à un autre d’avoir malencontreusement défoncé une offrande aux démons.

Certains fuiront, d’autres chercheront du regard un Balinais pour s’excuser platement ; et le Balinais répondra avec un sourire en disant que ce n’est pas grave et que l’important, c’est le don, l’acte de déposer l’offrande, une manière d’interagir avec autrui et avec son environnement par un don gratuit ; donner, plutôt que prendre ; offrir, plutôt que de considérer que les choses ne doivent qu’être dues.

En effet, contrairement à la plupart des autres coutumes religieuses, les Balinais ne déposent pas chaque matin les Canang sari pour obtenir une faveur des dieux, ou pour fuir la malchance et le mauvais sort. C’est, au contraire, un acte de gratitude permanent ; dire merci, tous les matins, pour la vie, pour les succès récoltés, pour les bons moments passés, plutôt que de regretter un geste, plutôt qu’espérer gagner au loto ; apprécier ce qu’on a eu, plutôt que de s’apitoyer sur ce qu’on a pas. L’essentiel à comprendre de la vie, c’est que « tout ce qui vient de la terre finit par retourner à la terre » semblent-ils nous dire.

Une belle philosophie de vie qui transparait ensuite au quotidien, dans l’attitude des Balinais. Mais ça, c’est un élément difficilement descriptible dans un article …

Canang Sari

Canang Sari posé devant l’entrée d’un hôtel, à Ubud

La signification des fleurs des Canang sari

Dans la composition des Canang sari, les fleurs ont une signification bien précise.

Les fleurs blanches sont tournées en direction de l’est, et symbolisent Ishvara – c’est-à-dire Dieu, en tant que seigneur de la Nature.

Les fleurs rouges sont tournées en direction du sud, et symbolisent Brahma – le dieu créateur, celui qui est à l’origine de toute chose qui existe.

Les fleurs jaunes sont tournées vers l’ouest, et symbolisent Mahadeva – c’est-à-dire « le » grand dieu, le seul et l’unique, quelque soit son identité ou la forme qu’il prend. Pour la plupart des hindouistes, cela désigne soit Shiva, soit Vishnou.

Les fleurs bleues et les fleurs vertes sont tournées vers le nord et symbolisent Vishnou – c’est-à-dire le dieu protecteur, par opposition à Shiva, le dieu destructeur.

Bref – à Bali, il suffit de marcher dans la rue pour se retrouver dans un tout autre univers, délicieusement exotique et riche en émerveillement.


Chris

Journaliste indépendant

2 commentaires

Laurenne · 20 novembre 2015 à 6 h 32 min

Merci pour cet article, j’aime beaucoup ce genre de croyances, c’est vraiment une belle tradition. Pour y être allée une fois, c’est vraiment très joli, en plus (c’est aussi le but, me direz-vous…).

Chloé · 1 juin 2016 à 12 h 45 min

C’est une tradition magnifique, qui semble faire contraste avec notre société occidentale, merci beaucoup pour ce récit! Aussi je me suis posé la question en découvrant votre blog, comment faites-vous pour voyager autant ?

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