gosse et mer

Valparaiso, c’est le Montmartre chanté par Aznavour sans les derniers vers ; une bohème des années cinquante encore préservée des bourgeois et du tourisme de masse.

Tous les baroudeurs vous parleront de la ville avec amour, et grand sourire. De ses rues serpentes dans lesquelles on se perd avec délice et enchantement. De ses graffitis, de son art de rue et de son bouillonnement perpétuel – arts alternatifs, danse, musique, dreadlocks et mouvements autonomes, Valpo est sans cesse en proie à toutes les excuses possibles créées, imaginées par des jeunes et des vieux pour se sentir en vie.

Les artistes et leurs œuvres sont à tous les coins de rue, certains en boutique, certains sur les bancs, sur toile ou créés manuellement. Il y en a des meilleurs que d’autres mais tous ont la même envie de dire, parler, exprimer quelque chose qui vient du fond de leurs tripes. Les gens n’ont pas l’air morne, ni monotones à Valpo – ils sont furieusement en vie.

Les rues. Colorées, sinueuses, bohémiennes et romantiques. Pavées, étroites, mystérieuses, rêveuse. Se laissent découvrir et se laissent apprivoiser. Des jolies maisons vertes, rouges, bleues, jaunes, saumon, vert citron, la couleur de la Casa Verde Limon dans laquelle je vivrai pendant un mois.

Des couleurs, et la vie, peintes avec une rage et une fureur telles qu’on a l’impression que toute la ville n’est qu’une immense réflexion populaire cristallisée sur les murs ; comme s’il s’agissait de poser en miroir ce qu’ils ressentent, et ce que l’on voit du Chili d’aujourd’hui. La principale source d’inspiration : une société inégalitaire, ségréguée à l’extrême, presque un système de caste où les plus riches peuvent vivre en autarcie complète tout en écrasant les plus pauvres : les 20 % les plus riches gagnent 30 fois plus que les 20 % les plus pauvres, contre 4 à 5 fois en Europe et 9 fois aux Etats-Unis.

rue valparaiso

Et Valparaiso est une ville est populaire, voire pauvre, où les bâtisses abandonnées, en ruine sont nombreuse, brisées par les pierres ou les tremblements de terre. Les flancs des collines sont peuplées de cerros (quartiers) où l’on déconseille très fortement de s’aventurer, de jour comme de nuit – car Valpo est également réputée pour sa relative dangerosité dans l’obscurité, dès lors que l’on sort des sentiers battus.

Tout n’est donc pas rose ni forcément beau. De nombreuses maisons sont à vendre, et les perspectives de développement économique ne sont pas riches mis à part la construction de supermarchés et … le tourisme. Qui va certainement se développer dans les prochaines années. Il y a toujours le port ; le premier du pays, où l’on chanterait bien quelques vers de Jacques Brel et où les conteneurs se déversent quotidiennement par milliers ; mais même lui se meurt à petit feu.

La vie étudiante y est bouillonnante à Valpo, ‘authentique’ – et les jeunes et les couples sont nombreux à y venir faire leur nid. Ils se débrouillent comme ils peuvent pour survivre, en profitant du grand marché de la tolérance, de la débrouille, de la compréhension et de la solidarité.

A côté d’elle, Vina del Mar est la propre et la riche. Les casinos, les hôtels de luxe et la plage tandis que Valparaiso renferme les tripots clandestins, les auberges de backpackers et le port marchand du pays. Deux villes, deux univers qui se côtoient sans trop se mélanger. Une allégorie de la société chilienne, qui n’est unie que par la rive du Pacifique.

Et il y a des bateaux. Partout. J’adore les bateaux. Je suis fan de bateaux, de voiliers, d’histoires de marins et de pirates et voir des navires militaires ou marchands, des frégates, des voiliers, des porte-conteneurs et des nuages en miroirs à la pelle, c’est mon grand trip.
Des voiliers, grandeur nature ou miniature. Des artistes à la pelle, des gens révoltés et des gens impliqués, des activités culturelles, des initiatives locales. De la musique qui vient des toits, des concerts sauvage à ciel ouvert, de casseroles, de saxophone, de casseroles et de saxophones ensemble, ou du mec qui vend le gaz le matin en jouant aux percussions avec les bombonnes.

A Valparaiso, on sait encore s’amuser avec pour seul outil son imagination – et on se laisse enchanter sans se lasser de chanter la ville au son des vers de Neruda.


Chris

Journaliste indépendant

6 commentaires

lina · 8 septembre 2011 à 8 h 38 min

woo ça donne envie! tu y restes jusqu’à quand?

Chris · 10 septembre 2011 à 11 h 51 min

J’y reste jusqu’à fin septembre 🙂

Colo · 10 septembre 2011 à 11 h 53 min

superbe, comme d’habitude

Ye Lili · 11 septembre 2011 à 16 h 45 min

Très chouette texte… L’envie d’aller me faire voir chez les Chiliens se confirme donc…
Merci !

Chris · 11 septembre 2011 à 22 h 36 min

Les Chiliens sont très chouettes ; leurs villes et leurs paysages le sont encore plus !

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