Flickr : labicibletaverde

Lorsqu’on m’a parlé pour la première fois des « Cafes con piernas », je n’avais pas compris grand chose du concept. Des cafés avec des jambes ? Des tasses de cafés qui se baladent et se font la belle dès que vous avez fini de les boire ? Des petits expressos tout mignons qui trottent et déambulent tout autour de vous, façon Harry Potter ? Englué dans mon reportage sur les mouvements étudiants, c’est par un hasard total que je suis tombé sur ma première paire de fesses caféinées.

(…)

11h00.

L’heure où les cafés commencent à ouvrir à Santiago ; et je déambule dans le quartier de la Moneda – le siège du gouvernement chilien – à la recherche d’un endroit où travailler (c’est-à-dire où l’on peut y trouver un bon Wifi et un bon café). Ce n’est pas si facile que ça de trouver ce genre d’endroits dans la capitale chilienne ; alors, dès que je vois le sigle WIFI quelque part, je fonce tête baissée sans trop prêter attention au reste.

C’est un peu la roulette russe : parfois, je tombe sur des cafés mal famés. Parfois, sur des établissements ultra-chics qui servent un café à 3 €. Cette fois, c’est sur un très gros bonnet que je me suis cogné en franchissant les portes du Café Bombay.

La devanture est tout ce qu’il y a de plus normal. Il y a le fameux sigle Wifi, le logo de l’établissement, des tasses de café fumantes dessinées sur les portes, la mention « interdit aux moins de 18 ans » pour signaler que l’on peut fumer à l’intérieur. A l’intérieur, on entraperçoit de séduisants fauteuils-clubs sur lesquels sont assis quelques clients en costume-cravate; armés de Macbooks, de Dells, et de chaussures au cuir luisant.

Je rentre.
Pose mes fesses sur l’un des très confortables fauteuils.
Ouvre mon sac, installe mes petites affaires sur la table
Carnets, Mac, stylos, livre et journaux
Lorsque, tout d’un coup … une énorme paire de seins apparaît par dessus mon écran

Paf. Le Choc, avec un grand C. Peut-être même D. Pas vraiment désagréable comme Choc, mais quand même un peu gênant, déstabilisant, quelque peu perturbant lorsqu’on ne s’y attend pas … surtout que la paire de seins se rapproche dangereusement et que sans crier gare, je sens une matière un peu gluante me faire un bisou.

La serveuse m’a fait un bisou sur la joue !

« Bonjour ! Alors, qu’est-ce que je te sers ? »
« Euuuuh …. Un … Cortado … por favor !  »
« C’est la première fois que tu viens ici, non? »

Elle dit ça avec un mignon sourire, comme si elle venait de récolter un marmot perdu dans un supermarché. Cette fille doit avoir à peu près le même âge que le mien – brune, yeux verts, de grosses joues mais plutôt mignonne, très voluptueuse et de jolies formes bien saillantes, gracieusement courbées dans une très courte nuisette moulante. Les talons aiguilles lui donnent une tête de plus que moi alors, heureusement que je suis assis.

« Oui – je … voulaisjustemeconnecterauWifietpuis …. »

A part le bisou, la paire de seins et le string invisible, Veronica a tout d’une super-serveuse. Elle accueille les clients comme s’il s’agissait de vieux amis, leur fait un grand sourire dès qu’elle croise leur regard, est toujours à leur écoute et fait de son mieux pour être la plus rapide possible. Et les clients l’apprécient, l’appellent par son prénom ou par un diminutif, lui parlent dans les yeux et baladent leur regard dès qu’elle a le dos tourné.

Les cafés les plus traditionnels comme le Café Haïti ont pignon sur rue, et se trouvent dans les artères les plus fréquentées de Santiago. Les clients viennent y boire leur café derrière un comptoir, debouts, servis par des serveuses qui se trouvent de l’autre côté de la table, avec des robes qui descendent jusqu’aux genoux et portent des décolletés moins plongeants.

Ils viennent simplement boire un café – d’ailleurs, il est difficile de commander autre chose – mais s’attachent vite aux serveuses et à leur agréable compagnie, et deviennent souvent des habitués … ET des habituéEs, qui apprécient tout autant boire un expresso dans un lieu chic, confortable, pas plus cher qu’ailleurs et avec le meilleur service qui puisse exister dans un café. L’antithèse complète des garçons de Paris.

Je parle avec d’autres clients, et leur fait part de mon étonnement.

« Haha, mais tu sais, il y en a pour tous les goûts. Le Café Bombay est assez classe : des filles jolies, pas vulgaires, toujours très aimables et très classes, intelligentes, et avec qui tu peux donc avoir une vraie conversation. Veronica par exemple, elle étudie la Science Politique dans l’une des meilleures universités de Santiago. Dans d’autres cafés, tu pourras avoir des filles un peu plus dénudées ; ou plus rondes ; ou plus maigres ; ou plus jeunes ; ou plus vieilles … Bref, il y en a pour tous les goûts, il suffit de chercher ! ».

Flickr : Sebastian Maximiliano Milla Brito

De fait, les premiers cafes con piernas sont apparus à Santiago au début des années 90. Un fait assez étrange, lorsque l’on sait que le Chili est l’un des pays les plus conservateurs du continent latino – et l’Église Catholique y est très puissante. Les débuts furent un véritable scandale mais, au fil du temps, ils se sont imposés dans le décor avec une popularité croissante – aujourd’hui énorme. Certains ont même essayé de les implanter dans les pays voisins (Pérou, Argentine …) mais sans aucun succès, mis à part quelques établissements au Mexique et en Espagne.

Au Café Bombay, les employées ont le sourire sincère et l’amabilité naturelle ; mais aucune d’entre elles ne dirait à sa famille ou à ses amis qu’elle travaille ici.

« C’est embarrassant … Je n’ai pas honte, mais je préfère le leur cacher. Ils ne comprendraient pas. »

Leur tenue de travail ne doit jamais descendre plus loin que le bas des fesses (qu’on doit pouvoir entrapercevoir) et avoir un décolleté plongeant et avenant. Le tout doit être moulant, et plutôt classe.

Celles qui les portent ont généralement entre 18 et 30 ans, payées le SMIC chilien (environ 200 €) mais leur salaire peut tripler, voire quadrupler grâce aux généreux pourboires que laissent les clients.

Au « Baron Rojo« , il existe une coutume spéciale : la « minute rouge », pendant laquelle les travailleuses se dénudent intégralement pendant une minute. C’est une limite qui, franchie, s’apparente davantage à de tristes shows plutôt qu’à un érotisme raffiné. Pire: certains établissements cachent en fait des bordels clandestins, généralement situés dans les étages des centres commerciaux ou en sous-sol des parkings.

Dégradant pour la femme ? La plupart des clients ET des clientEs des cafes con piernas « normaux » ne sont pas de cet avis. Au contraire : pour eux, les cafés ne font que mettre en avant la beauté de la femme et de la féminité, et rendre un moment de détente agréable, sans vulgarité, en jouant sur tout l’esthétisme dont peut être capable l’érotisme…

A titre personnel, lorsque les limites sont claires et que les serveuses ne font que servir un café (dans une tenue décente) et parler avec leurs clients, je ne trouve pas ça plus dégradant qu’une pub de lingerie affichée dans la rue … Et vous ? Vous en pensez quoi ?


Chris

Journaliste indépendant

25 commentaires

Piotr · 7 octobre 2011 à 12 h 25 min

Je crois que cela ne marchera pas en Pologne ^^
et aussi que ma copine ne me laissera ps y boire un café à moins que je regarde le sol de manière continue…

    Chris · 11 octobre 2011 à 12 h 28 min

    Je suis sûr qu’au contraire, ta copine adorerait ! C’est plus marrant qu’autre chose et finalement, on oublie assez vite les serveuses lorsqu’on y est avec des amis.

NowMadNow · 7 octobre 2011 à 13 h 28 min

Voilà un article intriguant…

D’après ce que tu décris, cela ne semble pas glauque… Pourquoi pas?

NowMadNow

Pierre · 7 octobre 2011 à 14 h 34 min

J’avais oublié que ce pays avait ce genre de particularité.
Si c’est fait avec une certaine classe pourquoi pas.
Après bon, j’ai un peu de mal à croire qu’il n’y ait pas de « services extra » proposés dans certain de ces sites et que certain patrons peu scrupuleux ne profitent pas de cet effet de mode. L’être humain peut avoir une imagination prodigieuse parfois.

    Chris · 11 octobre 2011 à 12 h 29 min

    Il y a bien des services « extras » mais seulement dans les endroits les plus glauques, qui sont minoritaires… Et ne sont finalement pas vraiment des cafés con piernas.

Oreille · 9 octobre 2011 à 6 h 33 min

Étrange, en effet.
En débutant la lecture, j’imaginais déjà les dérives « bordel clandestin », qui me semblent inévitables dans ce genre de situations.
Une question me taraude, même si je me doute de la réponse : pourrait-on imaginer une version pour femmes ? Des t-shirts moulants, des petits boxers, et des serveurs charmants et cultivés ? Les femmes chiliennes s’y rendraient ?

    Chris · 11 octobre 2011 à 12 h 31 min

    Il y avait bel et bien une version pour femme ! Mais il a fermé car le succès n’était pas au RDV. Il y avait pourtrant de très beaux mâles au slip bien rempli. Trop prudes, les Chiliennes ? Par contre, au Japon, ça fait fureur !

benjieming · 9 octobre 2011 à 6 h 37 min

Ouais enfin ça doit être dur de se concentrer pour bosser quand même… :p

    Chris · 11 octobre 2011 à 12 h 32 min

    Au contraire, ça donne de l’inspiration 🙂

Julien · 13 octobre 2011 à 15 h 46 min

Ca me fait penser aux « maid coffee » au Japon, en moins glauque. Le principe est le même, sauf que la bas les nanas sont habillées en sexy dy style manga (genre french maid etc), qu’elles ont l’air d’avoir 16 ans et qu’elle t’appellent « maitre ».

    Chris · 22 octobre 2011 à 16 h 16 min

    Oui … Les maid coffees sont, pour le coup, vraiment horribles, et j’irai à coup sûr faire un truc là-bas lorsque je serai au Japon. J’en profiterai pour essayer de comprendre pourquoi les Japonais ont une imagination aussi « débordante » pour toutes les choses qui relèvent du sexe.

fabrice · 13 octobre 2011 à 23 h 44 min

C’est spécial…
Comme Pierre; à mon avis, les services extras sont légions, un bar à fille caché et subtile?

Tu sais, ceux qui payent parfois sont aussi normaux bien souvent:-)

Bon, je suis pas sûr que les éventuelles copines de ses messieurs apprécient:-) Moi, en tout, cas, je pourrais pas bosser là!

    Chris · 22 octobre 2011 à 16 h 17 min

    Mais si, mais si, c’est super pour bosser !

A La Croisée des Chemins · 14 octobre 2011 à 1 h 09 min

On n’avait pas à oser rentrer dans l’un d’eux quand nous étions à Santiago mais apparemment ces « cafés con piernas » ont plutot bonne réputation!

    Chris · 22 octobre 2011 à 16 h 17 min

    Aaah, il faut tenter ! Généralement, ce sont juste des cafés où les serveuses sont plus agréables.

Curieuse Voyageuse · 16 octobre 2011 à 16 h 03 min

Première fois que j’entends parler de ça… et t’en parle bien d’ailleurs 🙂
+ 1 avec Madame Oreille: je serai curieuse de voir la version mâle… (je n’en ai ni vu ni entendu parler quand j’étais au Japon)

    Chris · 22 octobre 2011 à 16 h 19 min

    Vu le nombre de réactions féminines disant « j’aimerais bien voir la version mâle », vous pouvez tenter d’ouvrir un bar exotique à Paris ! Mais … d’ailleurs, ça existe déjà, non ? Le latino truc ?

Arnaud · 18 octobre 2011 à 13 h 00 min

Sympa ! Si je galère vraiment à trouver un Wifi lorsqu’on sera au Chili, j’y ferai peut-être un saut avec Delphine (hummm pas sûr qu’elle ait envie 🙂

Silent Bob · 3 février 2012 à 14 h 37 min

Excellent !!

gaspard · 7 février 2012 à 1 h 25 min

courageuses… pas peur des brulures 😉

Kalagan · 16 avril 2012 à 11 h 48 min

Hé bien ! Quand j’irais au Chili en 2012, je sais où je vais venir travailler et écrire les articles de mon blog. Je ne connaissais pas ce genre de « Business Center » 🙂 Merci pour la trouvaille.

Florine · 18 juin 2012 à 13 h 30 min

Hum, j’aimerai bien voir la réaction d’un Américain puritain-conservateur qui s’égare dans un tel endroit…

Voyageur Attitude · 27 janvier 2013 à 9 h 58 min

Il vaut mieux peut-etre mettre un tarif assez élevé pour essayer d’avoir une clientèle convenable… Histoire de ne pas avoir autant de videurs que de serveuses…

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