En ce moment, je ressens une grande nostalgie pour mon voyage à Bali et en Indonésie. C’était en 2015 – un été passé entre les champs de palmiers à huile de Malaisie et de Sumatra pour l’Obs, et des vacances à découvrir l’un des endroits les plus beaux et les plus étonnants au monde : Bali.

Bali : quels risques et quels dangers naturels en 2018 ?

Avant de me lancer dans le récit de mon voyage au Cambodge, j’avais envie d’écrire un peu sur « l’île des Dieux ». A cause des terribles catastrophes naturelles de ces derniers temps : éruption du mont Agung en novembre 2017 et juin 2018, séisme à Lombok, puis tremblement de terre dévastateur en août 2018, puis rebelote …

Je redoute d’ores et déjà les conséquences à venir pour le tourisme à Bali et à Lombok après ces évènements. La peur des voyageurs, à l’idée que de nouvelles catastrophes naturelles puissent arriver durant leur voyage. L’inquiétude et le principe de précaution ; se dire « au cas où ». Se dire qu’il vaut peut-être mieux repousser un séjour en Indonésie, qu’il vaut peut-être mieux aller ailleurs. Au cas où.

Je comprends cette réaction à venir – mais j’ai envie de la combattre, en partageant tout simplement quelques petits bouts de vie qui nous ont marqué lors de notre voyage à Bali. Quelques petites histoires, anecdotes, brèves et vivantes, racontées par Lena dans l’espoir qu’elles vous pousseront à penser, comme nous, qu’un séjour à Bali vaut bien tous les caprices des dieux.

Rizières bali
Balade dans les rizières balinaises

Souvenirs d’un séjour en Indonésie, à Ubud (Bali)

Ubud, au centre de la mythique Bali.

Sorte de bourgade on ne peut plus touristique qui arrive cependant, je ne sais comment, à garder toute ma sympathie.

Ubud, disent les guides, c’est le cœur culturel de Bali, la crème des traditions de l’île, enclave hindouiste dans un pays essentiellement peuplé de musulmans.

Ubud, c’est une enfilade de rues plus ou moins larges, bordées de boutiques et de maisons traditionnelles aux jardins luxuriants. Peu d’étages, les demeures balinaises s’ancrent dans le sol et seuls les arbres de leurs cours s’élancent vers le ciel. La ville est une jungle de scooters pressés, mais trois pas dans la cour d’une maison et le silence se fait.

A Ubud, on se réveille aux voix des familles qui tiennent l’hôtel, au chant des oiseaux et aux hurlements des coqs. Sans oublier un mystérieux canard, bien bavard mais invisible.

Se promener à Ubud revient à faire la paix avec son statut de touriste. Admettez-le, vous êtes un blanc, qui se promène au milieu de beaucoup d’autres blancs (ou rouges pour ceux qui ne supportent pas la chaleur) dans une ville qui s’est dédiée au tourisme comme un hipster à sa barbe. Donc, pour découvrir les secrets d’une spiritualité ayurvédico-nirvano-n’importe-quoi avec un vieux sage unijambiste d’une tribu préservée des méfaits de la mondialisation, vous repasserez.

Gamelan Bali
De jeunes musiciens jouant du gamelan, un instrument balinais typique

Voyager à Bali : saveurs et couleurs d’un hindouisme particulier

Profitez donc plutôt de ce que cette ville peut vous offrir. Les balinais tirent profit du tourisme, tant mieux pour eux ! Et à Ubud, ils le font bien. Car même emplie de franchouillards bedonnants, la ville ne perd rien de son cachet. Les Balinais n’ont jamais lâché leurs habitudes quotidiennes. Petits détails exotiques et amusants, odeurs des ruelles, saveurs des cuisines, couleurs d’un hindouisme particulier. Une respiration, un parfum d’encens et de gaz d’échappement. Tandis que les scooters se frayent un chemin dans les rues pleines de nids de poule, sur les trottoirs, l’encens parfume les vêtements des passants. Devant chaque maison, chaque boutique on aperçoit ces petites taches de couleur sur le bitume gris. Des offrandes aux dieux, petits pochons de fleurs et de bonbons, surmontés de bâtonnets odorant. Certains y lâchent même quelques cigarettes, après tout, les dieux n’ont pas à craindre pour leurs poumons.

Canang Sari
Canang Sari posé devant l’entrée d’un hôtel, à Ubud

A Ubud, on contourne les offrandes déposées à terre comme les Parisiens évitent les crottes de chien. Et l’on flâne, l’œil sans cesse attiré par le détail d’un toit, l’entrée d’un jardin, l’enseigne d’une boutique ou la grimace d’une statue. Elles aussi parsèment les rues. Ces personnages de pierre gardent l’entrée des demeures balinaises et tirent la langue aux passants. L’Hindouisme, ici, s’est mâtiné de croyances du coin, tant et si bien que Vishnu et compagnie ne s’accaparent que peu de place face à l’armée de dieux et esprits locaux. Enfin, on aperçoit quand même un Ganesha ici et là, rassurez-vous. Mais on croise surtout des esprits grimaçants, morceaux de roc qui effraieraient probablement s’ils ne portaient pas tous un sympathique pagne en tissu, amoureusement déposé sur leurs flancs, et des fleurs roses et blanches dans les oreilles. Pudeur ou peur du rhume ? Il faut que je tire le fin mot de cette affaire. (Et n’allez pas chercher ça sur Internet, bande de boutonneux technophiles.)

Klaxons, rires des masseuses, coin-coin.

Ceux que l’on croise aussi tout le temps dans les rues principales de la ville, ce sont les chauffeurs de taxi et leurs agaçantes sollicitations qui se transforment rapidement en petite musique quotidienne. Petit blanc, sache que le taximan n’en a rien à faire que tu ailles manger 100m plus loin. Passe devant lui, avec ton visage d’étranger et il s’écriera, ou grommèlera selon l’heure, « Taxi ! » en agitant une pancarte. Pour attirer le chaland, certains tentent parfois de se distinguer, comme cet homme rieur, posté aux abords du palais royal dont la pancarte précise : « I swear, I’m cheap ! ». Un pas « Taxi ! », klaxons, rires des masseuses d’un spa voisin, coin-coin (toujours le canard). Deux pas, une fleur tombe d’une statue, une touriste ramasse les bribes d’une offrande que sa jupe a malencontreusement renversée, légers sons de clochettes qui s’échappent d’un temple. Trois pas, déglutition d’un jus de fruits frais, bonheur à renouveler plusieurs fois pas jour, diatribe boudeuse d’une adolescente française traînée par ses parents, odeurs épicées s’échappant des cuisines…

Et voilà qu’Ubud se pare pour les dix jours du « nouvel an », ou tout du moins son équivalent. De grandes arches de feuilles de cocotier tressées sont au garde à vous les long des ruelles et avenues. Immenses offrandes aux dieux qui, depuis le jour de Galungan (15 juillet cette année), font la nouba dans notre univers terrestre, pour célébrer avec les Hommes la victoire du bien sur le mal. Les ancêtres redescendent aussi sur terre, parce qu’à cette fiesta généralisée, tout le monde est invité. Dans les rues d’Ubud, des gamins font la parade, à trois ou quatre dans de grands costumes de chats-dragons, tandis que leurs copains agitent leurs instruments, symphonie qui envahit les rues même la nuit tombée. La fête est bientôt terminée. Demain, c’est Kuningan. Les dieux prennent leurs cliques et leurs claques et rentrent chez eux, probablement pour chantonner doucement les airs de la terre en cuvant les excès de leur petite sauterie.

Kuningan Bali
Dans un temple communal, pendant la cérémonie religieuse la plus importante de l’année pour les Balinais : le Kuningan, dernier jour du Galungan.

A la nuit tombée, le profil d’une danseuse, toute en tissus de couleur et couronne dorée, se profile au coin d’une rue. Son visage artistiquement peint s’illumine à la lumière du smartphone qu’elle tripote, avant d’enfourcher un scooter pour rejoindre la scène où elle se transformera en Sita. Déjà on entend le gamelan, l’instrument local, percussion sonnante et bondissante si vite douce à l’oreille. De loin, cela se mêle au bruit des klaxons et des télévisons allumées. La nuit passée, le bavard canard restant introuvable, on s’éloigne vers le nord de la ville. Un temple à gauche, l’entrée de villas de luxe à droite, et le chemin de pierre, qui serpente vers les rizières, dégradé de vert et d’eau, ponctué d’autels de pierre et de buissons de fleurs multicolores. Et là vient l’envie de s’attarder, de découvrir les alentours de la ville, monter à son tour sur un vélo ou un scooter pour se perdre dans les villages environnants et rentrer, déposer son corps entre les mains d’une masseuse balinaise, et oublier les jours qui filent. Oui, Ubud est un cliché touristique. Mais un beau cliché, où je reviendrai pour mieux en explorer les recoins. Pour l’heure, nous continuons notre séjour en Indonésie vers d’autres îles. Lombok, et de là, vers Flores, toujours plus à l’est.

– Lena

Catégories : BlogIndonésie

Chris

Journaliste indépendant

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