La Bolivie est un pays merveilleux ; et, depuis quelques jours, j’ai la nostalgie de cet endroit. Où je suis resté de longs mois, accumulant des souvenirs – probablement les plus marquants de ma vie de voyageur – et des rencontres, et des images d’une couleur que je n’ai pas encore réussi à retrouver ailleurs.

La Bolivie est le pays dans lequel j’ai vu les paysages les plus incroyables de ma vie. Les étendues blanches du célèbre désert de sel d’Uyuni ; et les moins connus panoramas du Sur Lipez. Le ciel d’un bleu saphir, une couleur qui n’existe que dans l’altitude des hauts plateaux boliviens ; des lacs émeraudes, striés de reflets dorés et orangés sur leurs rivages, et ponctués de flamands roses présents par centaines et qui, par moments, s’envolent tous ensemble pour décorer l’absence de nuages ; de grands paysages qui s’étendent à perte de vue, sans humains, sans habitations, sans construction, avec pour seuls compagnons les montagnes et la nature, et ce décor qui ressemble tellement à une peinture de Dali.

Paysages de Bolivie, mention Salvador Dali

Paysages de Bolivie, mention Salvador Dali

Il y a les villes, aussi. Les villes boliviennes, tentaculaires, chaotiques, décharnées, où les immeubles sont en lambeaux, parcourues d’enfants des rues qui cirent des chaussures, font la manche, boivent de l’alcool à 90° et sniffent de la colle au bord des trottoirs. Les rues, qui montent et qui descendent de façon plus abruptes qu’un sentier de rando du Mont Blanc; parcourues par les Cholitas, ces mères de familles vêtues de leurs incomparables chapeaux melons et de leurs grandes robes à volants, souvenirs de l’époque coloniale, et bien pratiques lorsqu’il faut faire pipi dans le caniveau. Les rues, où l’on grignote des salchipapas et des salteñas avec gourmandise jusqu’à ce que les vendeurs ambulants n’en aient plus; et les rues cachées, celles des bars clandestins où beaucoup de Boliviens sombrent dans l’alcoolisme, véritable fléau de l’un des pays les plus pauvres du continent américain.

La Bolivie est le pays dans lequel j’ai fait les rencontres les plus marquantes de ma vie de voyageur. Parce qu’il est facile d’aborder les gens, d’y parler un espagnol clair et sans les difficultés de l’incompréhensible accent chilien ou argentin ; parce que les Boliviens que j’ai rencontré étaient pour la plupart adorables et bienveillants, dotés d’un esprit très rural – sans connotation péjorative – et simple, c’est-à-dire humains et chaleureux même au milieu d’une aussi grosse concentration urbaine comme La Paz. D’ailleurs, un voyage en Bolivie qui commencerait par la capitale aurait de quoi déstabiliser : la ville n’est pas très belle, difficile à appréhender ; mais, une fois qu’on sait par quel bout la prendre, et par quel bout aborder le pays (par le sud, et le Sur Lipez !), on en ressortira jamais vraiment. Opter pour un voyage à la carte avec un tour opérateur peut aider ; pour sillonner la moitié sud du pays, c’est la solution la plus simple et la plus couramment utilisée, le package typique étant un tour de 3 jours en 4×4 au milieu du tout et du rien, au milieu du beau, des couleurs, et du grandiose. C’est comme ça que j’ai commencé mon voyage en Bolivie, et je ne l’ai jamais regretté.

la paz pont america

La Paz – Vue sur l’Illimani depuis le Pont des Amériques

Il y a eu Isabel, qui m’a fait découvrir l’intimité d’une vie bolivienne et d’une famille à Noël (et le plat typique qu’on déguste alors: une sorte de pot-au-feu où l’on met toute la viande possible et imaginable qu’on est en mesure de trouver). Isabel, qui m’a permis de vivre la vie d’étudiants en pleine effervescence de création artistique et de recherche d’une identité nationale, à mi-chemin entre le modèle socialiste promu par Evo Morales et l’équilibre délicat entre le consumérisme de produits occidentaux, et le rejet des valeurs matérielles qu’ils véhiculent. Il y a eu Choli, le portier de l’auberge dans laquelle je dormais – pour 5 € par nuit pour une chambre individuelle avec salle de bain et toilettes à l’intérieur – et qui était toujours là, à 11h comme à 3h du matin lorsqu’il fallait rentrer d’une soirée passée à refaire le monde et à se chamailler en compagnie de militants anarcho-syndicalistes. Il y a eu Aline, Bruno et Anh, et aussi Triplequis, ou Dave, le bagnard américain de San Pedro qui, quotidiennement, entrait et sortait librement de la prison dans laquelle il était censé être enfermé.

La Bolivie est le pays dans lequel j’ai le plus aimé voyager. Pour des raisons pratiques: la vie, pour un Français, n’y coûte rien, et la présence d’un excellent restaurant français tenu par un Breton, permettait à tout moment d’oublier le mal du pays. Pour des raisons humaines: on ne décide pas des rencontres qu’on fait en voyage, et on a aucune prise sur celles qui seront les plus marquantes, mais c’est comme si toute la Bolivie avait conspiré pour mettre, d’un seul coup, sur ma route, les gens les plus chouettes de mes voyages passés. Enfin, pour des raisons de routard: l’émerveillement continu face aux paysages les plus grandioses et les plus insolites qu’il m’ait été donné de voir.


Chris

Journaliste indépendant

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