Sapporo … Imaginez une ville japonaise de la taille de Paris, entourée par les montagnes, les champs et les forêts. En hiver, le froid y est glacial ; et les trottoirs si glissants qu’ils en deviennent dangereux la nuit, pour peu qu’on y marche un peu trop précipitamment. Il n’est pas rare de voir un passant manquer de se casser la figure ; et de voir aussitôt des dizaines de personnes vouloir lui venir en aide d’une façon ou d’une autre.

Sapporo et son festival de la neige

Sapporo est un peu à cette image : rude, mais offrant à ses visiteurs des centaines de raisons de s’y attarder dès qu’ils osent titiller l’une de ses branches. Un chef-lieu à taille humaine même si, comme la plupart des grandes villes qui se sont développées au XXe siècle (Sapporo comptait 7 habitants en 1857), elle n’est pas très jolie. On vous parlera souvent de ramens et de bière lorsque vous chercherez des informations sur Sapporo ; mais, là-bas, se cachent également de nombreux petits trésors de vie, de gourmandise, de chaleur, et d’air pur. On y vient moins pour le plaisir des yeux que pour le plaisir des sens, et par curiosité – envers la gastronomie japonaise, qui a fait de Sapporo l’un de ses parangons. Envers les habitants, si fiers d’Hokkaido, si prompt à vouloir briser la glace avec des inconnus. Envers la vie nocturne, l’animation, le cosmopolitisme, les petites adresses cachées, qui font de la ville une destination à part entière, ne ressemblant à aucune autre grande ville japonaise.

Je n’ai eu que trois journées pour visiter Sapporo – et, bien qu’en règle générale je n’aime pas trop les grosses villes, j’ai eu un coup de cœur pour celle-ci, me faisant regretter de ne pouvoir louer un appartement ou un logement longue durée à Sapporo et de, simplement, partir à l’exploration de la ville, à pied. A la place, je vous raconterai les quelques petits bouts de la ville que j’ai eu la chance de découvrir – et vous donnerai quelques idées pour approfondir votre propre exploration, et la mienne, dans un futur que j’espère proche.

Mont Okura Sapporo vue

Vue sur la ville de Sapporo, depuis le Mont Okura

A la découverte de Sapporo

C’est autour d’un curry très épicé que j’ai découvert Sapporo.

A peine sortis du train Noboribetsu – Sapporo, nous nous sommes retrouvés embarqués vers un restaurant de curry très local. « Local food experience » nous avait-on promis, comme si faire ses premiers pas à Sapporo ne pouvait se concevoir qu’avec l’estomac. Certes, il était aussi midi, mais sachez cependant que les Asiatiques, et en particulier les Japonais, accordent une énorme importance aux repas lorsqu’ils choisissent une destination de voyage, ou lorsqu’un interlocuteur parle des endroits qu’il a vu dans le monde. Dans ma famille, lorsque je parle d’un pays que j’ai visité, la première question qui vient est souvent : « et alors, t’as mangé quoi là-bas ? » – comme si, pour un Asiatique, il n’y avait pas meilleure façon de vivre un dépaysement que de mettre à l’épreuve son palais. Il est assez amusant de noter que lorsqu’on parle de Sapporo à un Japonais, celui-ci va forcément vous parler de crabe à un moment ou à un autre.

Bref. Le curry était très bon – dans une bicoque où la cuisinière logeait à l’étage, comme si le restaurant n’était qu’un salon dans lequel elle recevait ses visiteurs au comptoir. Passionnée par l’Inde, elle est arrivée à créer une recette très intéressante à mi-chemin entre le curry traditionnel japonais et le curry traditionnel indien. C’était également la première fois que je buvais un chai qui avait le même goût qu’en Inde. Si cette expérience à la fois très locale et très « Japon d’aujourd’hui » vous tente, voici la carte du restaurant (demandez à un Japonais de rentrer l’adresse sur Google Maps). Sachez cependant qu’il vous faudra une voiture pour arriver jusque là – mais, franchement, l’expérience vaut le déplacement, surtout si vous voulez fuir les hordes de touristes chinois.

Être Japonais: incompréhensible pour quiconque ne l’est pas

Après le déjeuner, nous sommes allés rencontrer Nicolas Jégonday, le directeur de l’alliance française de Sapporo, qui nous a offert un point de vue « de l’intérieur » très intéressant sur la ville, les habitants, la vie au Japon et à Sapporo, ainsi que les meilleurs endroits à visiter pour apprécier l’endroit. Ses recommandations figureront dans le prochain article qui racontera la seconde partie de mon séjour à Sapporo ainsi que les choses à voir et à faire là-bas.

Après la rencontre, nous sommes allés faire une petite balade au joli parc Nakajima, construit autour d’un étang. C’était l’occasion d’avoir une très intéressante conversation sur les Japonais et la vie au Japon, avec Thierry, le représentant de l’agence de voyage Vivre le Japon, qui est marié à une Japonaise et a deux filles qui sont donc franco-japonaises. Sans rentrer dans les détails intimes de sa vie, j’ai cependant été frappé de voir à quel point « être Japonais » était quelque chose d’incompréhensible – et le restera toujours – pour quiconque ne l’est pas.

Un pays où l’étranger n’arrivera jamais à s’intégrer quoiqu’il fasse

Impossible de résumer en un seul paragraphe la discussion, le sujet, les différentes réalités qu’il englobe, alors qu’une vie entière ne suffirait pas à faire le tour de la question. Mais, à travers cette discussion, et les informations glanées et recoupées dans différentes lectures, conversations, documentaires visionnés, articles de presse, etc, je me suis forgé une image du Japon où l’étranger n’arrivera jamais à s’intégrer quoiqu’il fasse. Soit vous appartenez à la société japonaise, soit vous êtes en-dehors: il n’y a pas d’entre-deux, pas de compromis, pas de choix, de sélection « à la carte » comme on peut l’avoir en France. Les métisses ne seront également jamais Japonais, ainsi que les Japonais nés à l’étranger (au Brésil, par exemple), malgré leur parfaite maitrise de la langue et des codes culturels japonais, car ils seront toujours « rejetés » par les Japonais du Japon. L’hermétisme a ses avantages: chaque étape de la vie, des relations, du quotidien, a un rythme et des codes très précis, qui offrent à chaque individu la marche à suivre pour être celui qu’il doit être (pour le bien de la société). Refuser cela, même en partie, vous condamne à vivre en marge, de façon plus ou moins marquée. Les Japonais qui voyagent beaucoup et qu’on rencontre sur la route, ne sont plus vraiment Japonais. A contrario, certains étrangers tombent amoureux du Japon et s’y installent, font tout pour s’y intégrer – mais cela n’arrive jamais vraiment.

La question de la double identité

Cette réalité a de drôles d’échos en moi, qui me pose énormément de questions sur ce que signifie avoir une double identité culturelle. Les Français aiment souvent dire que la France n’est plus le pays des droits humains, que les étrangers sont rejetés, mal-aimés ; mais c’est faux. Les réalités scandaleuses existent et ne sont pas rares, mais elles ne représentent pas l’écrasante majorité des cas où l’on accepte, intègre, aide un étranger à devenir Français. Surtout, devenir Français est possible, et notre pays est probablement l’un des endroits au monde où les étrangers sont le mieux acceptés et le plus intégrés. Le Japon est probablement dans l’extrême inverse – sans qu’il n’y ait pour autant d’hostilité envers ceux qui essaient.

Bref – tout cela demanderait beaucoup plus de place qu’un paragraphe dans un article de blog.

Une cérémonie du thé très intimiste

Ce n’était pas prévu au programme mais, après que Thierry eût parlé de mon amour pour le thé à notre guide, celle-ci s’est empressée de nous conduire dans l’une des boutiques de thé les plus renommées de la ville : Oomorien. J’étais un peu gêné : il faut savoir que la gestion des imprévus n’est vraiment pas le fort des Japonais, qui aiment que tout soit cadré, prévu, programmé, et à l’heure. Cependant, notre guide avait le don de s’accommoder de nos caprices – probablement « très Français » dans leur nature, c’est-à-dire n’aimant rien de moins qu’improviser, faire des rencontres avec des locaux, chercher « l’authentique ». Dans cette boutique de thé, nous avons eu tout cela à la fois.

Ceremonie thé sapporo

Cérémonie du thé à Sapporo

Yumiko Omori (qu’on voit en photo) incarne la troisième génération à s’occuper de cette boutique de thé, ouverte juste après la fin de la seconde guerre mondiale, en 1946. Ce n’était pas une vocation : avant cela, elle a été hôtesse de l’air, puis secrétaire à Tokyo, puis « tour leader ». Mais prendre la suite de son père a été à la fois une évidence, et probablement aussi, un devoir.

Un amour sincère pour le thé

N’empêche, elle semblait ressentir un amour sincère pour le thé ; et, lorsque je lui ai fait part du mien, la voilà qui nous fait goûter un délicieux Gyokuro et improvise une cérémonie du thé dans la foulée. C’était la première fois que j’assistais à cela ; et je pense que le terme « cérémonie » n’est pas très juste. Une « cérémonie » implique une distance que n’a pas ce rituel autour du thé qui, lui, est très intime. Cherchant la perfection dans chaque geste – visant un seul objectif: celui de passer un moment serein pendant un temps donné. Une pause temporelle, un bien-être encadré dans une tranche horaire, 20 minutes, 30 minutes, pendant lesquels chacun sait qu’il n’aura besoin de penser à rien d’autre qu’apprécier la tasse de thé qu’il aura entre les mains.

Manger une petite sucrerie avant de suivre les gestes précis de l’hôtesse ; la voir battre le matcha ; respecter la feuille de thé, fruit d’un travail délicat, auparavant rare et très couteux ; savourer son odeur, sa couleur, son aspect, sa chaleur ; puis, sa texture et son extrême onctuosité, avant d’apprécier le goût à la fois très fin et très affirmé, à mi-chemin entre l’herbe fraichement coupée et l’odeur iodée une brise marine. Ne rien faire d’autre qu’apprécier le thé avec ses cinq sens – le goût en bouche, la texture onctueuse, la beauté de la mousse, l’odeur rafraichissante et le silence de la pièce. Jouir du moment.

Festival de la neige de Sapporo: une déception

Après cela, nous sommes allés faire un tour du côté du festival de la neige de Sapporo : le Sapporo Yuki Matsuri.

C’est l’un des évènements les plus populaires du Japon en hiver – un peu comme le marché de Noël de Strasbourg ou la Fête des Lumières de Lyon. Pendant une semaine, toute la ville se pare de sculptures de glace. Les plus impressionnantes et les plus imposantes (certaines font 25m de large et 15m de haut) sont rassemblées tout au long du parc Odori, une longue voie verte (1,5 km) qui traverse le centre-ville ; mais d’autres, à taille humaine mais pas moins impressionnantes, peuvent être observées à d’autres endroits, notamment à Susukino, le quartier des plaisirs, loisirs, et divertissements de Sapporo. L’éclairage nocturne (jusqu’à 22h) les sublime, et leur donne un aspect plus avenant que durant la journée.

Festival neige Sapporo

Festival de la neige à Sapporo

festival neige sapporo

festival neige sapporo

festival neige sapporo

Festival de la neige de Sapporo : une petite déception

Il y avait quelques belles sculptures ; mais j’ai trouvé que la plupart étaient soit kitsch, soit sans grand intérêt. Même les plus imposantes, représentant un château, des dragons, le portrait de personnages de jeux vidéos, m’ont laissé … froid. Le festival a été créé en 1950, lorsque six lycéens se sont mis à sculpter des statues de neige dans le parc Odori – l’engouement a très vite gagné d’autres habitants de Sapporo, qui se sont mis à rivaliser d’audace et de dextérité pour créer des statues toujours plus impressionnantes. Mais, à mon avis, le festival a un peu perdu cet esprit bon enfant des débuts, dénaturé par le sponsoring et la publicité – il est rare aujourd’hui de trouver une sculpture du Yuki Matsuri qui n’ait pas une petite plaque mettant en avant telle entreprise, tel sponsor. Le festival est, à mon avis, devenu une gigantesque galerie publicitaire plutôt qu’une exposition d’art et de sculptures sur glace. J’ai trouvé que les sculptures d’Asahikawa étaient beaucoup plus belles et, si vous voyagez à Hokkaido en hiver, gardez cette idée en tête (il n’y aura d’ailleurs pas grand chose d’autre à faire à Asahikawa).

Afin de nuancer cet avis très personnel, sachez cependant que ceux qui m’ont accompagné (et les touristes que j’ai ensuite croisé) ont, pour la plupart, aimé ce festival. A la fois pour l’ambiance (petits stands, gens qui se prennent en photo, émerveillement des passants) que pour les sculptures. J’espère que les Japonais qui m’ont invité à voyager à Hokkaido ne se vexeront pas de lire cet avis mais, si vous suivez ce blog de voyage, vous savez que la franchise et la sincérité sont une marque de fabrique, pour le meilleur et pour le pire.

Si vous tenez tout de même à voir ces sculptures de glace, je vous recommanderais de venir les jours qui précèdent le festival – vous aurez alors l’occasion de voir les artistes sculpter les blocs de glace, qui prendront vie sous vos yeux. Accessoirement, il y aura aussi beaucoup moins de monde.

[Lire la suite de mon voyage à Sapporo / Hokkaido]

Catégories : BlogJapon

Chris

Journaliste indépendant

4 commentaires

Sapporo : Hokkaidō-jingū, Parc Moerenuma, et un avis (2/3) – Le Blog du Voyage · 21 mars 2018 à 9 h 21 min

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Sapporo pratique : meilleures adresses et guide du visiteur (3/3) – Le Blog du Voyage · 27 mars 2018 à 9 h 21 min

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Mon avis sur Sapporo (Hokkaido) - Moerenuma, Kaiseki | Blog du Voyage · 4 mai 2018 à 15 h 03 min

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