J’ai toujours entretenu un rapport très ambivalent d’amour/haine avec mon blog voyage. Je l’ai créé en 2011 – et, entre 2012 et 2017, j’ai souvent eu envie de l’arrêter, de tout effacer, de passer à autre chose. Le salon des blogueurs voyage (WAT 18, pour We Are Travel 2018) a été la goutte d’eau qui m’a définitivement décidé à être, dorénavant, blogueur voyage à temps plein. Je sais désormais où j’irai avec ce blog ; et où je n’irai pas.

salon des blogueurs voyage 2018

Des blogueurs voyage en train de se prendre pour une foule moyen-âgeuse en colère, prête à lyncher du noble (le tout dans un château fort aveyronnais)

Au salon des blogueurs voyage (WAT 18), l’envie retrouvée d’écrire

Je connais le salon des blogueurs voyage depuis sa création en 2013. Cependant, ce n’est qu’en Juin 2017 que j’ai été tenté pour la première fois d’y aller.

Je revenais tout juste d’une longue année passée au Québec, à garder un chat dans un chalet des Laurentides au bord d’un lac gelé ; une année entière où je vivais coupé du reste du monde, à écrire, seul, face au lac – rarement pour le blog et souvent pour moi-même, à me demander ce que je voulais faire du reste de ma vie. C’était une période assez difficile où j’essayais de faire le deuil du journalisme (un métier qui reste une vocation mais que je n’arriverai probablement jamais à exercer comme je le souhaite). Et où ma vie personnelle traversait une très, très grosse zone de turbulences – en particulier au niveau de mes finances, de ma vie amoureuse, et de ma carrière professionnelle, qui était au point mort. Une perspective déprimante, arrivé à 29 ans.

J’avais alors tout envisagé pour redresser la barre. Une reconversion ; travailler pour des ONG comme Amnesty ou PUI ; faire un PVT au Québec ; repartir faire le tour du monde ; suivre une formation pour devenir développeur Javascript Full Stack ; reprendre des études dans le plaidoyer international … Devant ce lac, les possibilités paraissaient infinies ; toutes, paraissaient aussi déprimantes ou inatteignables les unes que les autres.

Pourquoi pas ?

Et j’en étais là, lorsque je suis parti en blogtrip sur le canal des deux mers en Juin 2017 (articles à venir). A Toulouse, j’ai notamment rencontré deux collègues blogueuses : Jenny (JDroadtrip) et Céline (Globetrekkeuse) – deux femmes qui m’ont estomaqué par leur professionnalisme, et par la passion qui les animait. Alors que j’avais toujours eu un à priori négatif vis-à-vis du salon des blogueurs voyage (trop de monde rassemblé au même endroit pour l’agoraphobe que je suis, trop de blogueurs d’un seul coup), c’est en discutant avec elles de ce que le WAT leur avait apporté que je me suis dit: ah tiens, pourquoi pas ? Pourquoi ne pas revoir les dizaines de blogueurs avec lesquels je suis parti en voyage, et avec qui j’ai toujours eu de passionnantes conversations ? Pourquoi ne pas revoir les seules personnes au monde qui comprennent ce que signifie réellement être un blogueur voyage ? Pourquoi ne pas y aller pour discuter avec celles et ceux qui, eux-aussi, sont confrontés aux doutes, aux difficultés (financières, professionnelles, personnelles) liées au blogging ? Pourquoi pas en profiter pour rencontrer des professionnels du tourisme, et monter des projets avec eux, à mi-chemin entre le voyage et le journalisme ?

La révélation devant les grues japonaises de Hokkaido

Bref – en les côtoyant, l’envie de bloguer revenait par à-coups. Et puis un voyage à Hokkaido en Février 2018 m’a fait réaliser que, plutôt que de faire le deuil du journalisme, je pouvais me servir de ce blog pour financer mon travail de reporter. La révélation a lieu en regardant les grues danser sur la neige : ce genre de spectacle et d’information (où les voir, quand les voir) est à la fois ce que recherchent les lecteurs d’un blog de voyage, et une source de sujets journalistiques passionnants (qu’ils soient du type National Geographic, Geo, ou Monde Diplomatique).

Wild Japanese Tancho Cranes, in the Kushiro Marshland (#Kushiro Shitsugen) in #Hokkaido. They are among the rarest bird species – in fact, for a very long time, people thought the red-crowned cranes were extinct, because of overhunting and habitat destruction. However, 20 birds were found in 1926 near Kushiro. Conservation efforts led to a impressive recovery : there are now more than 1000 of those birds in #Japan (est. population worldwide : 2,750 in the wild). Those cranes – symbol of luck, longevity, and fidelity – are very important in #Japanese culture. Think about origamis: the most basic figure – the one everybody knows – is a crane. Think about the official logo of Japan Airlines #JAL. If you want to see truly beautiful pictures of Tancho cranes dancing (during breeding season), you should look for #vincentmunier pictures. They are breathtaking. #Tancho #Cranes #Birds #nature #instagramjapan #wildlife #outdoors #birdwatching #visitjapanjp #japantrip #japanfocus #japanstyle #ilovejapan #explorejapan #traveljapan #japangram #loves_nippon #lifeinjapan

Une publication partagée par Christopher Chriv (@christopherchriv) le

En Mars 2018, je mets donc fin à 6 ans (!) d’atermoiements et je décide de façon définitive que je serai blogueur voyage à 100 %. Aurélie (Curieuse Voyageuse) me donne le dernier coup de pied au cul pour participer au WAT 18 ; pour à la fois retrouver l’envie d’écrire, l’envie du tout début, celle qui m’a poussé à créer un blog de voyage en 2011 ; et me servir de ce plaisir retrouvé, pour gagner ma vie de façon stable et pérenne, en faisant un maximum de rencontres professionnelles.

Vivre de son blog de voyage en le professionnalisant

Préparer le salon

Après un très chouette blogtrip autour des Bastides du Rouergue en compagnie de Moran, Marion, Gilda & Gaia, et d’Alexandra (avec qui j’ai regretté de ne pas plus échanger, notamment sur l’écriture), c’était l’heure de commencer un salon pour lequel j’avais énormément investi en temps et en argent pour :

– Faire la refonte de mon blog (un chantier enfin terminé … Deux semaines après le salon)

– Etudier précisément chaque destination / office de tourisme / agence / entreprise avec laquelle j’aurais RDV

– Déterminer les problématiques auxquelles elles doivent faire face (manque de notoriété ? Développement de leur visibilité à l’international ? Recherche de contenu ? Blogtrip ? Recherche d’experts en SEO / rédaction web ? Stratégies omnicanales à déployer ? Manque d’expérience dans le travail avec les influenceurs ? etc)

– Essayer de pondre une offre que je serais en mesure de proposer à chacune des problématiques identifiées

– Essayer de trouver une approche suffisamment professionnelle pour à la fois gagner de l’argent (bloguer est mon métier) tout en gardant une relation humaine, souple et sympa, avec mes interlocuteurs (je peux aussi rendre service gratuitement, parfois : à moi de trouver mon équilibre)

– Trouver un maximum de partenariats qui puissent s’inscrire dans une relation à long-terme

– Se rappeler qu’avoir un blog de voyage est avant tout un contrat passé avec des lecteurs, et non pas avec des agences de communication ou des offices de tourisme

Arriver à dépasser sa timidité grâce à l’énergie collective

Faire tout ça était loin d’être évident pour moi. Je suis du genre timide et introverti ; je me sens plus à ma place seul dans une forêt, qu’entouré de plusieurs centaines de personnes cherchant à tisser un réseau professionnel. Néanmoins, je me suis très vite rendu compte que j’étais loin d’être le seul dans ce cas – et que la force du groupe, du collectif, le sentiment d’être entouré de blogueurs sur la même longueur d’onde, la même envie de découvrir et de raconter le bout du monde (ou de l’Aveyron), les mêmes appréhensions, m’ont donné la confiance et l’énergie nécessaire aux speed-dating de 10 min entre blogueurs et exposants – qui sont la principale raison pour laquelle nous participons au WAT.

Les speed-datings blogueur / exposant : un rythme intense

Tout le monde s’accorde à dire que ces speed-dating sont trop courts, trop brefs, qu’il y a rarement le temps pour développer quoi que ce soit. Néanmoins, le WAT n’a pas la prétention d’être autre chose qu’une mise en relation, qu’une opportunité pour serrer des mains, amorcer un premier contact qu’il n’appartient qu’à nous de faire fructifier par la suite. Pour ma part, j’en tire un bilan pour l’instant très positif ; j’espère avoir l’occasion de continuer à collaborer avec des personnes que je connaissais déjà, dans les Hautes-Alpes, à l’agence iProspect (Brice, j’espère que tu n’as pas été déçu par ce délicieux veau d’Aveyron !), chez Heawen, Evaneos … Et j’ose croire que le courant est très bien passé avec les autres, que je rencontrais pour la première fois, et qui m’ont vraiment donné envie de travailler avec eux (quasiment tous ceux que j’ai rencontré, avec une mention spéciale pour les Canadiens, les Bretons, les Japonais et les Haut-Alpins).

Certaines rencontres ont été légèrement décevantes, lorsque mon interlocuteur était trop fatigué (le rythme est très intense, impossible de vraiment leur en vouloir) ou lorsque celui-ci n’était visiblement pas intéressé par mon blog (dans ce cas, pourquoi accepter un rendez-vous ?). Mais ces cas sont tout de même restés rares, pour ma part.

Le WAT 18 : des rencontres et des retrouvailles à la pelle

Enfin, le WAT 18 était aussi l’occasion :

– De revoir ceux que j’avais déjà croisé en blogtrip ou dans d’autres évènements : Jenny, Michel, Mathilde, Eric, Céline, Grégory, Sarah (de loin)

– De découvrir et rencontrer d’autres blogueurs que j’ai souvent trouvé passionnants : Philippe, Mila & Denni, Sylvain, Rémi– Avoir des échanges rapides mais intéressants avec les Smartrippers notamment sur les réseaux sociaux (vive le contenu durable !)

– D’entrapercevoir Aala et, en parlant de lui aux autres blogueurs, de toujours entendre : « hein ? qui ? » (j’ai l’impression d’être le seul à l’appeler par son vrai nom – peut-être que c’est mon côté basané qui me fait tiquer à l’idée de l’appeler par le nom de son pays d’origine)

– De ne pas oser aller voir Lucie ou les Globe Blogueurs de peur qu’ils ne me reconnaissent pas (comme ça m’est déjà souvent arrivé), et prendre la pleine mesure de mon effacement du paysage blogosphérique au fil de ces années que j’ai passé à courir après le journalisme et les CDI

– De prolonger cette ambiance mi-festive, mi-professionnelle autour d’un apéro chez Evaneos ; y rencontrer Emma, Marlène, Quentin & Mariette, revoir Cédric, Seb & Manue (avec qui je n’ai jamais l’occasion de parler puisque Seb prend toujours toute la place!), Laurent, Vincent (l’homme dont toutes les blogueuses voyage sont secrètement amoureuses), sur l’invitation d’Aurélie, l’une des plus chouettes rencontres qu’a occasionné ces années de blogging.

Mais les deux rencontres les plus marquantes que j’ai fait lors de ce WAT 18 restent Aurélie et Daphnée. Je n’en dis pas plus, puisque j’aimerais écrire leur portrait sur mon blog.

Des envies qui (re)naissent après le WAT 18

Mon bilan du WAT 18 ? Des rencontres professionnelles et personnelles et, surtout, des envies, des projets retrouvés que je n’ai pas encore eu l’occasion de matérialiser (par manque d’argent – toujours à courir après l’argent) mais je compte bien profiter de mon prochain voyage au Cambodge pour en réaliser, enfin, quelques-uns :

– M’amuser à refaire des romans photo pour raconter mes voyages avec humour
– Recommencer à écrire des Grands Reportages pour raconter des histoires que vous n’entendrez jamais ailleurs
– Capter des sons, les transformer en diaporamas sonores comme nous l’avions fait sur l’île de Molène (Bretagne) pour Politis
– Faire enfin une série photographique digne de ce nom
– Écrire un roman qui mêlera fiction (en fil rouge) et reportages, nourrir l’un avec l’autre, dialoguer sur le Cambodge et les questions d’identité à travers la tension permanente qu’il y aura entre les deux facettes du livre
– Trouver l’équilibre entre toutes ces envies et les partenariats professionnels pour assurer la pérennité de ce blog de voyage.

En faisant la refonte complète de mon blog de voyage, il y a notamment eu un instant très douloureux : la mise en place de la rubrique Récits / Reportages / Portraits. A ce moment-là, je me suis rendu compte de l’ampleur de l’abandon auquel j’avais livré ce blog – ce qui n’a fait que renforcer mon envie de concrétiser ces projets.

Alors, rien que pour ça : merci aux organisateurs du salon (Xavier, Florence, toute la team WAT, et toute la team Aveyron), et à l’année prochaine !

salon blogueurs voyage

Cet article était le premier d’une série que je compte écrire sur les coulisses d’un blog de voyage, et qui comprendra notamment :

– Une liste de mes blogs de voyage préférés
– Gagner de l’argent avec un blog voyage et en vivre: avantages et inconvénients
– Comment travailler avec un blogueur voyage ? Retour d’expérience d’un blogueur qui ne fait pas toujours ce qu’on lui demande
– Avoir un blog de voyage en 2028 : comment tenir le rythme ?

Catégories : BlogRécits

Chris

Journaliste indépendant

3 commentaires

Smartrippers · 8 mai 2018 à 17 h 32 min

Hello Chris! On est ravi de t’avoir rencontré sur ce premier WAT! Le plaisir a été partagé et comme tu dis, longue vie au contenu durable
Au plaisir de se recroiser une prochaine fois

Lucie · 4 juin 2018 à 15 h 46 min

Aaaah mais maintenant je suis encore plus triste que l’on ne se soit pas vus, je pense que l’on aurait beaucoup de choses à se raconter sur le voyage, le blogging, l’écriture et plus encore. Ce n’est que partie remise! Je suis très physionomiste, mais très mauvaise pour les prénoms, mais par contre c’est con parce que clairement j’aurais su qui tu étais 🙂

Canal des deux mers : à vélo et à pied, de Toulouse à l'Atlantique · 11 mai 2018 à 11 h 03 min

[…] je ne publie cet article qu’aujourd’hui car, pour des raisons très personnelles que j’évoque brièvement dans cet article, je n’étais pas en état d’écrire quoi que ce soit l’été et l’automne […]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *