De San Pedro de Atacama - à gauche, le Sairecabur

De San Pedro de Atacama – à gauche, le Sairecabur

Il y a deux ans, je gravissais le Sairecabur – 5971 m, au nord du Chili. L’ascension n’était pas très difficile – elle se faisait sans piolets ni crampons, juste avec de bonnes chaussures et un bon manteau.

Mais c’était la première fois que je faisais de l’alpinisme – et l’exercice a été l’une des choses les plus difficiles qu’il m’ait été donné de faire dans ma vie. L’acclimatation à 5000 m, le souffle court, les réveils à 4h du matin et les marches d’approche comme des kilomètres de bagnards ; la nuit sous tente à grelotter de froid à cause d’un matériel inadapté, le corps qui souffre du manque d’oxygène et de la fatigue physique et demande des pauses toutes les deux minutes lorsqu’on approche du sommet … Ne font pas rêver.

Pourtant, le bonheur, tout au long du parcours, a aussi été l’un des plus grands qu’il m’ait été donné de connaître. Les vagues d’adrénalines qui envahissaient par à-coups, lorsqu’on prend conscience que tout pourrait se terminer par une chute ; ou la peur, de l’échec, de l’accident, qui nous prend lorsqu’on est à la traîne ou que les jambes flanchent à un endroit où il faut avoir le pied sûr. Une concentration maximale pour … mettre un pied devant l’autre ; les sens, décuplés, dans la souffrance, surtout, et qui transforment chaque inspiration, chaque pause, comme une bénédiction divine, comme une extase corporelle où reprendre conscience de l’importance de l’eau et de l’oxygène.

Toutes ces sensations, je les découvre à peine. Que je ne connais pas vraiment encore, que j’aimerais apprendre à découvrir et à connaître plus intimement – en faisant des stages d’alpinisme, en m’inspirant du rêve fou de Piotr, ou tout simplement en allant voir ici rêver un peu.

Si je devais donner dix raisons pour lesquelles tout le monde devrait essayer au moins une fois dans sa vie de grimper un sommet, voici ce que je dirais :

1 – Apprendre l’effort et la discipline

Ce n’est pas avec une seule ascension qu’on acquiert d’un coup ces qualités ; mais les alpinistes que j’ai pu côtoyer étaient des incarnations vivantes de la notion d’effort et de la discipline de soi.

2 – Dépasser ses limites

Pas pour le plaisir de pouvoir dire : « j’ai dépassé mes limites », mais pour prendre conscience des forces insoupçonnées qui sont en nous ; et ressentir ces jets d’adrénalines qui nous envahissent au moment où il faut aller au delà de ce qu’on pensait possible.

3 – Et apprivoiser ses peurs

Apprivoiser ses peurs, ce n’est pas les cacher au fond d’un trou, et faire comme si elles n’étaient pas là. C’est écouter les signaux du corps, reconnaître le moment où il faut avoir le courage de dire non, du moment où il faut avoir la force d’avancer.

4 – Vider sa tête

Et ne plus penser à rien d’autre qu’à mettre un pied devant l’autre

5 – Réapprendre la valeur de l’eau, de l’oxygène et de son souffle

Parce qu’en altitude, chaque bouffée d’air compte ; et que boire de l’eau nous fait respirer.

6 – Pour avoir ses sens décuplés

Que ce soit dans l’extase – la vue du sommet, toute la peau qui vibre à l’effort, les goûts des snacks ou de l’eau – ou la douleur physique.

7 – Avoir la sensation d’accomplissement

Avoir réussi quelque chose, être fier, face à soi-même, d’avoir achevé, accompli « un truc ».

8 – Découvrir une philosophie de vie

L’état d’esprit des alpinistes, le cercle fermé des amoureux des sommets, et les silences, la confiance, l’indescriptible connu des gens qui ont « fait » des 5000, 6000, 7000, 8000 m.

9 – Se confronter aux mensonges qu’on se raconte au quotidien

Sur ce qu’on est capable ou incapable d’accomplir, sur la force dont on dispose.

10 – Pour se sentir libre

A travers le rapport privilégié qu’ont les alpinistes avec la nature – la solitude, poignée d’hommes faces aux montagnes et à leur immensité – et cette liberté incroyable qui en découle.


Chris

Journaliste indépendant

12 commentaires

Piotr · 21 mai 2014 à 7 h 56 min

C’est la montagne qui nous fait ;)… ou défait. C’est le risque.

ideestouristiques.fr · 31 mai 2014 à 9 h 54 min

Bonjour!
Oui, gravir une montagne c’est aussi l’occasion de connaître ses vrais limites loin des croyances limitantes. Content que cela t’ai autant plu en espérant que tu recommenceras bientôt!

Nelle · 12 juin 2014 à 7 h 41 min

Pour connaître ses limites également! pas uniquement physique mais aussi moral… Une fois arrivée au sommet, c’est comme un triomphe sur soi, sur tout!

Flo · 2 juillet 2014 à 9 h 23 min

J’ai quelques amis qui sont totalement accros à la montagne. Habitant sur Grenoble, ils n’hésitent pas à s’échapper dès que possible vers les monts, enneigés ou non, entourant la ville. Un bon bol d’air frais et des vues magnifiques sont les ingrédients de leur addiction

Alexandra · 11 juillet 2014 à 16 h 14 min

De mon côté, c’est l’alpinisme qui m’a fait découvrir le voyage ! Mon premier vrai voyage était au Pérou, je partais seule pour 3 mois avec piolets, crampons, duvet etc etc. Je ne suis pas restée 3 mois dans la cordillère blanche mais presque !
Je ne sais pas vraiment dire ce qui me faisait gravir des sommets, c’est juste tellement beau et paisible mais on se rend compte aussi de nos faiblesses car la nature/montagne peut facilement reprendre le dessus.

Thibaut · 12 juillet 2014 à 13 h 37 min

L’alpinisme est une activité incroyable que peu de gens ont malheureusement l’envie (mais surtout le courage je dirais) de faire.
A cette liste, je rajouterai l’on apprend à faire confiance à l’autre, à être solidaire. Et on « sculpte » aussi énormément notre corps.

Jean · 17 juillet 2014 à 7 h 17 min

Article très intéressant !!! Ça me donne l’envie d’essayer une telle aventure un jour.

Aby1993 · 18 mai 2015 à 4 h 55 min

J’ai découvert l’alpinisme en retournant à la montagne l’été … et je n’ai vraiment pas été déçue ! Comme l’indique Thibaut plus haut : oui ça prend un peu de courage, mais qu’est-ce que c’est enrichissant personnellement et rien que pour cela je le recommande.

Petite histoire perso, ça m’a aidé à vaincre (ou du moins réduire) ma peur du vide !

Location Ski · 21 janvier 2016 à 8 h 43 min

Beaucoup de personnes ont vraiment envie de grimper aussi haut, mais peu le font. Mais je suis d’accord, la sensation ressentie lorsqu’on a atteint le sommet est inexplicable !

Chouchou et Loulou · 4 avril 2016 à 13 h 51 min

C’est exactement cela, tant de raisons sont valables pour faire de l’alpinisme… Profiter du paysage, se dépasser, se sentir libre, se sentir vivant, prendre confiance en soi… en tout cas, c’est un belle activité à découvrir en pleine nature, il y a un sentiment de connexion à la nature je trouve vraiment intéressant, faut le vivre 🙂

Christophe Desmaris · 1 septembre 2018 à 6 h 38 min

Très belle manière de présenter l’activité. Pour acquérir une autonomie en haute-montagne, ceci pourrait intéresser vos lecteurs :
https://alpinismesansguide.blogspot.com
Amicalement.

Pourquoi faire de l’alpinisme, pourquoi g... · 21 mai 2014 à 7 h 25 min

[…] Mais c’était la première fois que je faisais de l’alpinisme – et l’exercice a été l’une des choses les plus difficiles qu’il m’ait été donné de faire dans ma vie.  […]

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