Ethiopie regards

19 juillet 2010

Salam !

Avant de vous raconter les tukuls (huttes circulaires) du Sud, le calme serein du lac Tana et les sombres églises de Lalibela, quelques récits de mes voyages à travers la campagne éthiopienne :

Il y eut la panne du bus en rase campagne, où, en attendant le bidon d’huile salvateur de la prochaine ville, j’ai tenté de raconter à la demande de mon jeune voisin l’histoire de Robinson Crusoé. Difficile narration (car celui-ci ne connaissait pas le mot « île ») facilitée par la reproduction dans mon livre d’illustrations qui attirèrent bientôt l’ensemble des enfants du bus, amassés autour de nous en un cercle attentif.
Il y eut la vision nocturne des silhouettes fantomatiques, un instant éclairées à travers le brouillard par la lumière des phares, marchant pieds nus, loin de toute habitation visible, suivant les torrents boueux qui se forment le long des sinueuses routes de montagne pendant la saison des pluies. Image biblique de maigres paysans enveloppés de grossiers tissus usés, accompagnés d’ânes chargés de sacs de vivres qu’ils partent vendre au marché.

Il y eut enfin la rencontre avec Al-Quaida (surnom cynique donné aux chauffeurs de camion en raison du nombre de morts causés lors de leurs fréquents accidents). Abandonnée par mon minibus dans un village de montagne sous une cascade de pluie glaciale, j’ai voyagé quelques heures avec Baru et Dasale, deux routards qui chantaient pour remplacer la radio cassée. Pendant que l’un poussait parfois des cris inexpliqués (usage excessif du khat – feuille de coca locale ?), l’autre téléphonait en fumant pour se réchauffer (vous avez bien compté, plus de main sur le volant). Nous avons ri ensemble de mes tentatives pour parler amharique.

Au Sud, j’ai découvert les villages de campagne et leurs tukuls blottis dans la forêt tropicale, huttes dont le toit de chaume, noirci par la suie du feu de la pièce unique, sert d’abri pour le bétail, les enfants (une dizaine) et leurs parents. Des familles dont le mode de vie n’a pas changé depuis des siècles, labourant leur lopin de terre derrière des bœufs, vivant en quasi-autarcie de leurs propres cultures et de l’eau de la rivière voisine, se protégeant des hyènes par des haies de cactus. Des familles qui se réjouissent d’ailleurs de payer leur dîme à la puissante Eglise éthiopienne — impression de Moyen-Age.

Au Nord, j’ai visité les monastères installés sur les ilots de l’immense lac Tana dont l’eau argentée et le ciel dégagé se confondent à l’horizon. Le Nil bleu s’y mêle, avec ses hippopotames, ses pélicans et ses papyrus. Dans les montagnes escarpées, j’ai découvert les églises creusées aux 12e et 13e siècles dans la roche de Lalibela, la Jérusalem éthiopienne, haut lieu de pèlerinage chrétien, où les ermites vivent enturbannés dans des creux rocailleux et où les églises résonnent au son des grains des chapelets et des chants psalmodiques.

Affectueusement,
Mélanie


2 commentaires

Amandine · 13 juin 2011 à 13 h 13 min

témoignage toujours aussi poignant de ton voyage 😉 … je me demandais : tu es partie dans quel  »cadre » en Ethiopie ?

NowMadNow · 15 juin 2011 à 3 h 59 min

Quel récit!

Aline

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