fly

Il est 4h33, j’arrive pas à dormir : j’aimerais partir. Là, maintenant, tout de suite, partir maintenant plutôt que d’attendre encore 90 jours en France.

Je ne tiens plus – comme un lion en cage, comme un gamin devant la vitrine de la chocolaterie de Charlie.

Je voudrais partir, prendre le premier billet pour l’une de destinations que j’ai toujours rêvé, fantasmé, l’une de ces destinations qui donnent un sens à mon voyage et à mon projet. Le Kamtchatka, les îles Féroé ou la Nouvelle-Calédonie, la Terre de Feu, la Nouvelle-Zélande, l’Asie centrale ou l’Antarctique ; me prendre un vol à Roissy pour l’un de ces coins là, et partir. Maintenant.

Je ne tiens plus – comme si je ne me sentais plus vivant, comme si je ne me sentais plus vivre lorsque privé de l’excitation du mouvement, du voyage et de la rencontre incessante. Le nouveau perpétuel, la découverte et l’émerveillement quotidien, plutôt que la blasitude et la platitude du train bien réglé.

J’envie les personnes qui arrivent à être heureux grâce à un rythme bien réglé, j’envie ces gens qui peuvent enclencher un métronome et se laisser bercer tout au long de leur vie par une certitude, un sens, un aller-retour prédéfini dès le départ et qu’ils sont heureux de suivre en va-et-viens sans se poser de questions.

Je les envie – réellement – mais je ne suis pas comme eux, et je ne sais pas si j’aurais un jour un bonheur stable ; mais finalement je m’en fous. J’aime vivre d’incroyable et d’excitation, c’est ma drogue et mon style, ma bataille mes entrailles.

J’aimerais partir, maintenant, ne plus me poser de questions, prendre un billet ce soir et envoyer valser tout le reste, me retrouver avec la moitié de mon budget initial mais, enfin sur le terrain et non plus dans le projet. Sans un rond mais enfin dans le concret, enfin dans le cambouis plutôt que dans les hypothèses, les plans et les réflexions. Au pied du mur, et rempli de rage et d’énergie pour démontrer à la Terre entière ce dont je suis capable avec mes dix doigts et mes deux yeux.

J’aimerais partir pour ne plus avoir à penser à elle, ne plus avoir à me demander s’il est juste de continuer à la voir et la faire souffrir le jour de mon départ ; pouvoir dormir à ses côtés sans culpabilité, sans cette épée de Damocles qui nous dit: profitez-bien, c’est bientôt fini. S’interdire encore une fois de tomber amoureux pour ne pas soufrir le jour des séparations – mais en fait, j’en ai marre de ces interdits. J’aimerais pouvoir me laisser aller tout simplement ; et tant pis pour le crash programmé, pourvu qu’on ait de superbes souvenirs à emporter au-delà.

J’aimerais partir … Mais si le départ se faisait réellement ce soir et si je suivais réellement cette impulsion incroyable, je le regretterais. Parce que je n’aurais pas encore fait le plein de souvenirs à emporter avec moi – ces précieux moments qui donnent le sens le plus important au voyage, ce sont les Pénélope de mon Odysée de 7 ans, mes boussoles et mon nord. Là maintenant, je suis comme un marin qui remplit une énorme malle de souvenirs en tout genre – des repas avec des amis, des nuits passées, des rigolades et des moments plus tristes, des fêtes, le moins de regrets possible, des conneries, des bibelots et bobibards qui me serviront de repères et de foyer dans ma solitude programmée. Je sais que j’en perdrai beaucoup en cours de route ; comme si la malle était impossible à fermer et à hermétiser, comme si certains bibelots étaient voués à tomber à la mer.

Mais là maintenant, la malle n’est pas encore remplie. Il y a encore un gros vide de libre, et si des souvenirs ne viennent pas prendre cette place, il n’y aura que des putains de regrets qui seront là, étouffants, enahissants.


Chris

Journaliste indépendant

7 commentaires

Fabrice · 16 février 2011 à 14 h 58 min

Moi aussi j’envie parfois ceux qui ont une vie stable, bien rangé et tranquille. Il y a dix ans, j’étais plutôt comme cela. Mais j’ai changé depuis. Pour toujours? Pas sûr, on peut je pense changer à nouveau le temps venu pour une vue plus rangée.
Pour l’heure, ce n’est pas le cas.

Tu sais, cela me fait pensé à ce que m’avait dit un jour sur une route près du lac Inle en Birmanie une copine sud-africaine grande voyageuse. Pour elle, on est pas égaux, certains ont une petite « coupe » qui est vite remplis. Ils peuvent alors passer à autre chose, à une vie plus apaisante, plus rangée. Mais certains, on une grosse coupe et on besoin de beaucoup de choses, de beaucoup d’expériences pour qu’elle soit remplie. On en fait partie je crois;-)

J’aime beaucoup cette image:-)

    Chris · 18 février 2011 à 10 h 01 min

    C’est une très bonne image en effet ; si tu me le permets, je vais la reprendre dans un coin de ma tête pour probablement la ressortir un jour !

    NowMadNow · 4 mars 2011 à 4 h 10 min

    J’aime beaucoup cette anecdote. Je vais la garder en tête l’histoire de la « petite coupe » et de la « grande coupe ».

    😉

    NowMadNow

Nicolas · 26 février 2011 à 21 h 16 min

Je partage aussi ce sentiment, la routine me plonge dans la dépression, au sens propre du terme, j’ai besoin de nouveaux horizons constamment, les projets que je me fixe sont là pour m’aider à maintenir l’envie, encore et toujours!

Par contre je n’avais pas tilter mais tu n’en parle pas dans ton budget (via une partie vols dédiés) : tu ne penses pas rentrer en France pendant ces 7 probables années? Inconcevable nan? (Ami/Famille?)

    Chris · 3 mars 2011 à 16 h 47 min

    Comme je l’ai dit dans une autre réponse : non, je ne rentrerai pas durant ces 7 années :). C’est un moteur essentiel à la réussite de mon projet… Et puis, je suis quelqu’un de, vraiment, vraiment très indépendant – un côté solitaire prononcé sans être misanthrope pour autant ! Par exemple, ça ne me dérangerait pas d’être accompagné par quelqu’un sur une longue période, voire plusieurs années, pendant ce voyage. Mais je ne rentrerai pas en France, parce que ça briserait quelque chose d’irréparable.

Nicolas · 3 mars 2011 à 17 h 55 min

Ok ok, c’est une démarche, mais ne pas voir tes amis et ta famille pendant 7ans! Tu as décidé 7ans mais rien n’est fixé comme tu ne sais pas ce que l’avenir te réserve donc ça peut être moins ou plus, mais ne pas rentrer perso ça serait dur!

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