Par Maorix (Flickr)

Martino est un joueur de poker en ligne.

Colombien, la trentaine et le grand front dégarni des gens qu’on dit intelligents, il enchaîne les pays du monde en cochant les cases d’un bouquin qui dit : « les 1001 choses à voir au moins une fois dans sa vie ».

Venezuela, Guyana, Brésil, Equateur, Pérou, Bolivie – et maintenant le Chili, Valpo la belle, où Daniela rencontre son marin, où les Holden se demandent ce qu’ils sont, Valpo, où Martino vit depuis maintenant deux semaines « parce qu’il faut voir cette ville », et joue au Poker toute la journée sur son ordinateur portable, dans la salle commune de la maison vert citron.

Douze mois qu’il voyage, Martino, douze mois qu’il écume les pays d’Amérique et d’Europe en cochant des cases et des statuts Facebook. Avant le Venezuela, c’étaient le Canada, les États-Unis, « et tous ces pays où tu peux te faire braquer par un narcotrafiquant à chaque coin de rue ».

PokerStars, Full Tilt, les tournois en ligne, les salons virtuels, connaissent bien Martino. Il y passe entre cinq et six heures par jours à cliquer frénétiquement sur une dizaine de tables ouvertes en même temps sur son écran, sans voir passer les voyageurs, sans voir passer personne, perdu dans les « bip bip » et les cartes en main. René lui propose d’aller boire un coup avec ses amis chiliens – mais Martino ne peut pas encore quitter la table. Angela lui propose d’aller avec elle marcher au bord du Pacifique – mais Martino vient de perdre 200 $ et doit se refaire. Alors, en fin d’après-midi, seul, il ira découvrir la maison de Pablo Neruda pour se changer les idées.

Martino pourrait voyager indéfiniment de cette façon, en profitant de l’engouement mondial pour le poker en ligne et de l’amas de joueurs amateurs, débutants, nuls à chier, arrivés sur le marché du plumage en 2010 et 2011. « Des couillons convaincus d’être les nouveaux génies du poker mondial et qui tentent toujours de récupérer les mises que je leur ai piqué » – paraît-il qu’aucun n’y arrive.

Il est fascinant – gagne sa vie sur la route, libre, mène la vie qu’il a toujours fantasmé, jouit de l’envie que provoquent ses réponses lorsqu’on lui balance la question des gens du monde qui se rencontrent : « et toi, tu fais quoi dans la vie ? ». Et, comme une retraite stratégique, Martino s’échappe souvent très vite après avoir donné sa réponse.

Mystérieux, difficile à embrasser, refuse presque toutes les propositions afin de continuer à vivre la vie qui le rend heureux. Bouger (d’un endroit à l’autre), cocher (des cases), gagner (de l’argent), choper (des filles du coin), ça le fait marrer, ça le fait vibrer, tellement plus que les treks ou le Machu Picchu, l’Amazonie, Uyuni, inaccessibles car impossibles à vivre à moins de prendre une, ou plusieurs journées pendant lesquelles ses gains ne varieront pas.

« Jouer au poker pour voyager fait de moi l’homme le plus libre du monde » me disait Martino, fier et beau, à Valparaiso.


Chris

Journaliste indépendant

13 commentaires

Mélissa · 29 août 2012 à 18 h 00 min

Hmmm… Je ne sais pas… Ça a trop l’air d’une addiction que pour ne pas cacher quelque chose de profondément triste, quoiqu’il puisse laisser entendre. Mais fascinant personnage.

Sophie · 3 septembre 2012 à 9 h 44 min

S’il arrive à en vivre et à s’en défaire un jour, pourquoi pas. Mais c’est vrai qu’en termes de liberté, il a beaucoup de choses à nous apprendre.

Curieuse Voyageuse · 5 septembre 2012 à 2 h 34 min

Curieux… Il a quel âge ce Martino?
Pour moi, le jeu reste une addiction, une illusion et une tromperie de soi-même. Mais c’est un pur jugement personnel !

Faire sa valise · 6 septembre 2012 à 20 h 39 min

Super article !

Tanned-voyage · 21 septembre 2012 à 14 h 07 min

Je suis d’accord avec curieuse voyageuse, le poker reste une addiction et dur à s’en défaire!

Pierre · 3 octobre 2012 à 14 h 59 min

Je ne vais pas critiquer le personnage d’autant plus que je ne le connais pas car j’ai moi-même payé certains des mes voyages avec des gains du poker.
Tout ce que je sais c’est qu’on est vraiment à partir du moment où on a lâché la souris. Le système durera le temps qu’il durera. C’est une vie assez spéciale et pas toujours évidente à appréhender de l’extérieur. Quelques uns arrivent à prendre un grand recul et profitent vraiment de cette « liberté ». Beaucoup gardent l’obsession du jeu et ne savent pas profiter de leurs gains. J’en parle d’expérience personnelle.

Marion · 4 octobre 2012 à 15 h 31 min

Oui il y a une liberté dans le poker, celle de pouvoir tout miser sur le hasard du jeu; le mélange de la peur et du risque, les montées d’adrénaline… Oui, chacun sa façon d’arriver à son maximum de bonheur. Il a raison, certains se sentent bien en trek, lui en jouant aux cartes, chacun sa façon d’être

Julia@coach minceur · 10 octobre 2012 à 13 h 32 min

Je trouve qu’il a de la chance de mener sa vie comme il l’entend, loin des carcans que notre société nous impose. Je pense que l’on peut critiquer son mode de vie (et encore, il ne fait rien de mal) mais au moins il a le mérite de savourer la liberté.

Julien · 30 octobre 2012 à 13 h 46 min

Toujours la même problématique : s’arrêter au bon moment pour ne pas tout perdre. bravo à lui si il gagne à chaque fois (il y a tellement de pigeons amateurs que ça ?)

Simon@theblogpoker.com · 8 novembre 2012 à 11 h 57 min

Histoire super intéressante, pour avoir été moi même joueur de poker semi pro, je confirme qu’il est possible de bien gagner sa vie en étant joueur pro, cependant c’est une vie qui fait de gros swing et qui n’est pas forcément simple a gérer mentalement.

tunimaal @ Blog Japon · 20 novembre 2012 à 7 h 03 min

En lisant cela, comme beaucoup d’autres commentaires, je pense qu’il s’agit d’une addiction. Mais d’un autre côté le voyage aussi est une addiction. Tant qu’il arrive à se maîtriser et ne perd jamais le contrôle, personnellement, je ne vois pas où est le mal dans tout cela.

Jérémy@VeryWorldTrip · 10 janvier 2013 à 19 h 06 min

Très belle histoire mais je pense que ce Martino devrait profiter un peu plus.

Je serai curieux de savoir quels sont ces gains moyens chaque mois en moyenne sur 1 an.

Blog Voyages · 15 novembre 2013 à 13 h 03 min

C’est vrai que c’est le rêve !! Personnellement je ne sais pas jouer au pocker 🙁 mais il est vrai que pouvoir voyager tout en gagnant sa vie, c’est la vrai liberté

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