Peut-on encore voyager au Japon hors des sentiers battus ? Parler du Japon dans mon dernier article (sur les stations de ski les moins chères de France) m’a donné envie d’écrire un bref article sur le Japon. Je n’ai toujours pas fini de raconter, sur ce blog, mon voyage à Hokkaido – qui a pourtant été l’un des plus beaux de ma vie.

Plusieurs raisons expliquent cela. Tout d’abord, pour être honnête, je ne savais pas comment raconter ce voyage au Japon. J’aurais pu (et je l’ai fait) parler du Japon à travers une série d’articles pratiques : que voir, que faire à à Sapporo (capitale de Hokkaido) , par exemple. Mais ces récits désincarnés me lassent considérablement.

J’aurais voulu vous parler de l’émotion que j’ai ressentie en voyant les grues Tancho; de la nourriture, et des rencontres improbables; j’aurais voulu vous dire ce qu’on ressent face au Lac Akan ; l’agacement vis-à-vis d’une partie des touristes chinois, qui partent en voyage organisé au Japon pour profiter de l’une des meilleures poudreuses du monde, sans aucune considération pour les autres touristes, et encore moins pour les Japonais.

Inspiré par les voyages organisés Exoticca, sur lesquels je suis tombé par hasard à l’occasion d’un partenariat, j’avais envie de réfléchir, de coucher sur le papier des envies et des idées de voyages au Japon hors des sentiers battus. Ceux que j’aurais envie de faire avec ma petite amie, peut-être en 2020, si le compte en banque me le permet, au Printemps ou à l’Automne …

Où voyager au Japon hors des sentiers battus ?

1. Shiretoko (Hokkaido)

SHiretoko Five lakes

Shiretoko Five Lakes – method.cosmo (Flickr CC)

Shiretoko (« bout du monde » en langue aïnou) est l’endroit le plus sauvage du Japon. On y croise encore de nombreux ours, contre lesquels les randonneurs doivent se prémunir en embarquant des sprays anti-plantigrades ou, sur leurs sac à dos, de petites clochettes.

Classée au patrimoine mondial de l’Unesco, le Parc national de Shiretoko est fermé en hiver, sauf pour les randonneurs les plus expérimentés, qui auraient suffisamment d’expérience ET de matériel pour s’embarquer dans des promenades en raquette, ou en ski de fond, hors piste. Des treks plus accessibles sont possibles le reste de l’année, notamment autour des cinq lacs et sur le chemin des cascades, mais ces pistes sont assez fréquentées. Ceux qui auront le courage et la force de se lancer sur les chemins les plus ardus seront récompensés par des paysages magnifiques, la forêt à flanc de falaise, ponctuée de sources chaudes naturelles cachées dans les bois, et peuplée d’une faune et d’une flore abondantes. Assurément un endroit du Japon hors des sentiers battus.

2. Archipel d’Ogasawara (Nanpō)

Ogasawara

Pha Pha (Flickr CC)

Egalement classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO, l’archipel d’Ogasawara (Ogasawara-shoto) se trouve à près de 1000 km au sud de Ginza. Pour rejoindre cet archipel composé de 41 îles, il n’y a pas d’avion : seul un ferry (24h de traversée depuis Tokyo) permet aux amoureux de grands espaces et de nature de profiter de cet ensemble insulaire.

L’éloignement, la méconnaissance, et le temps de transport, font que l’archipel d’Ogasawara est très peu visité par les touristes étrangers. En revanche, pour les Japonais, c’est un paradis sur Terre, dans lequel il est possible de faire du snorkeling, d’observer des baleines, de faire des centaines de randonnées différentes, ou de nager en compagnie des dauphins. Les plages sont immaculées, et les récifs coralliens sont encore protégés, même si, ici aussi, ils ont tendance à se raréfier. Enfin, la faune et la flore sont différentes du reste du Japon : certaines espèces ont suivi un chemin d’évolution tout à fait particulier, à l’instar de celles des îles Galapagos. C’est notamment au large de l’archipel d’Ogasawara qu’on aura le plus de chance de voir un calamar géant.

Petite cerise sur le gâteau : l’archipel est connu pour la qualité de sa production fruitière, notamment les ananas et les bananes. Lorsqu’on connait le prix des fruits au Japon, on ne peut qu’y être heureux.

3. Chemin de Kumano (Wakayama)

Kumano Kodo

Kumano Kodo – Mathias Erhart (Flickr CC)

Le chemin de Kumano est l’équivalent japonais du chemin de Compostelle – il s’agit d’ailleurs des deux seuls chemins de pèlerinage reconnus par l’Unesco.

Pendant plusieurs milliers d’années, la région montagneuse de Kumano a été considérée comme un mont Olympe japonais : un sol sacré, mythique, où résidaient les dieux. Pendant la période Heian (794-1185), la maison impériale et la cour voyageaient 30 à 40 jours le long de ce sentier difficile, depuis Kyoto, à la recherche du paradis sur terre. A la fois pour accueillir l’Empereur et honorer les dieux, trois sanctuaires furent construits : Hongu, Nachi et Hayamata, aujourd’hui inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Comme pour le chemin Saint-Jacques, il n’y a pas « un » mais plusieurs chemins de Kumano pour aller rejoindre les dieux :

– Le chemin Nakahechi de Takijori-ori à Kumano Hongu Taisha (2 jours de marche) : l’itinéraire que suivaient la plupart des pèlerins pour rejoindre Kumano Hongu Taisha
– Le chemin Kohechi de Koya San à Hongu Taisha (5 jours de marche)
– Le chemin Hongu Taisha / Kumano Nachi Taisha (2 jours de marche)

Le chemin de Kumano offre au regard certains des plus beaux lieux spirituels du Japon.

4. Faire de la plongée à Yonaguni-Jima (Okinawa)

Yonaguni Monument

Yonaguni Monument – Liangtai Lin (Flickr CC)

Plus proche de Taïwan que du reste du Japon, Yonaguni-jima est l’île habitée la plus à l’ouest du pays. Elle est réputée pour la qualité de son saké (corsé), pour ses (petits) chevaux, et pour sa pêche au marlin.

La plupart de ceux qui viennent jusqu’ici (et ils ne sont pas nombreux) viennent faire de la plongée. Au programme : de grands bancs de requins-marteaux, et des ruines sous-marines mystérieuses dont on ne sait rien. On y trouve notamment une gigantesque pyramide âgée de plusieurs millénaires, qui rappelle celle des cités mayas, et qui pourrait appartenir à la non moins mystérieuse civilisation « Mu ».

Attention : pour explorer cette véritable « Atlantide » japonaise, il faut avoir un bon niveau de plongée. Les courants marins sont en effet très puissants au large de Yonaguni-Jima.

5. La forêt tropicale de Iriomote-Jima

Iriomote-Jima

Iriomote-Jima – Tzuhsun Hsu (Flickr CC)

J’adore les forêts, et j’aime les chats. Alors, imaginez le bonheur que j’aurais à me balader dans la forêt tropicale de Iriomote-Jima – une île couverte à 90 % par les arbres et le marais à mangrove, flanquée des récifs coralliens les mieux préservés du pays, où le yamaneko (une espèce menacée de chat sauvage nocturne, également connue sous le nom de Chat d’Iriomote) vit encore.

La forêt peut être explorée en bateau ou en kayak ; et les plages sont propices à la plongée et au snorkelling. Un paradis pour tout amateur de nature et de grands espaces, loin des foules de touristes. Le Japon hors des sentiers battus par excellence.

6. Parc national de Daisen-Oki

Daisen-Oki

Daisen-Oki – kohei sasabuchi (Flickr CC)

Entre Yunago et Kurayoshi, dans la préfecture de Tottori, se trouve le parc national Daisen Oki : 350 km² nichés entre la mer du japon et les montagnes, où les temples sont très nombreux. Il faut y imaginer, pêle-mêle : un large réseau de pistes cyclables, une faune nombreuse et endémique (plus de 130 espèces d’oiseaux, un millier de cygnes siffleurs, et, surtout, la présence des osanshôuo – salamandres géantes), des sentiers de randonnées, des salons de thé, des restaurants gastronomique, un bar à vin (!), le tout nichés dans une forêt dense, et surplombés par une montagne perpétuellement enneigée – le mont Daisen.

Surnommé le « Mont Fuji local » mais bien moins fréquenté que son compère le plus célèbre. L’ascension est d’ailleurs possible toute l’année, et offre, après 3h de marche, un superbe panorama des préfectures d’Okayama, de Shimane, et de Tottori. Si vous cherchez un endroit au Japon hors des sentiers battus, où faire de la marche et des randonnées tout en visitant des temples, cet endroit est fait pour vous. Surtout si vous avez été refroidi par, disons, Kyoto, par exemple…

7. Rishiri-To et Rebun-To

Rishiri-zan

8th Station, Rishiri-zan – shirokazan (Flickr CC)

A l’extrême-nord de l’archipel japonais, au large de l’île de Hokkaido, se trouvent deux îles volcaniques : Rishiri-To et Rebun-To. Observées depuis la mer, ou depuis Hokkaido par beau temps, ces deux îles enneigées presque toute l’année semblent n’être qu’un seul et unique volcan, émergeant de la mer et souvent entouré d’une mer de nuage à sa base. Tous les amateurs japonais de randonnée rêvent d’aller faire un trek sur le Rishiri-zan (1 721 m), qui figure parmi les cent plus belles montagnes du Japon, notamment connu pour l’incroyable diversité florale qui parsème le volcan et le reste de l’île.

Sur Rebun-To, l’île la plus septentrionale du Japon, il y a encore plus de fleurs sauvages. A noter qu’en septembre, le bambou se teinte d’une parure dorée, très photogénique. Les deux îles ne sont pas accessibles en hiver, et accueillent la plupart de leurs visiteurs entre juin et septembre.


Chris

Journaliste indépendant

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