Une Afghane illétrée de 57 ans qui devient, en six mois, ingénieur en énergie solaire.

Une grand-mère indienne qui, sans savoir lire ni écrire, officie avec bonheur comme dentiste pour plus de 7000 enfants des villages alentours après avoir été formée au métier pendant seulement quelques mois.

Ces miracles ne sont ni des anecdotes, ni le fait de génies autodidactes. Ce sont le genre de résultats qu’obtient Sanjit « Bunker » Roy (sélectionné comme l’une des cent personnalités les plus influentes en 2010 par Time) grâce à son Université des Va-Nu-Pieds – une école construite à Tilona (Rajastan, Inde) en 1986 et réservée à tous les renégats, parias, laissé-pour-compte et illétrés de la société. Les seuls critères d’admission : ne disposer d’aucun diplôme, et posséder un savoir-faire utile à la communauté.

On y devient artisan, docteur, forestier, potier, charpentier – sans autre reconnaissance que celle de la communauté. Ni diplôme, ni bout de papier certifiant quoi que ce soit ; l’Université des Va-nu-pieds apprend et enseigne empiriquement, par les échanges et la transmission directe des savoirs, de la façon la plus directe possible. Et Sanjit « Bunker » Roy de citer le cas d’une Afghane illétrée, Faryab Gul Bahar, 55 ans, 4 enfants, qui s’est chargée d’installer l’électricité en énergie solaire pour 200 foyers en Afghanistan. Elle s’en occupe depuis 2005 (aucun n’est encore tombé en panne jusqu’à aujourd’hui) et apprendra la différence entre courant direct et courant continu au … responsable du département d’ingénierie de l’université de Kaboul . « Si vous avez un projet, aussi fou soit-il : venez ! Ce n’est pas grave si vous échouez. On est là pour apprendre » lance Bunker Roy, qui va également chercher des candidat(e)s en Afrique pour les former et les aider à développer leur communauté à leur retour. Afin de construire, par exemple, des villages entiers autosuffisants en eau et en électricité, grâce au soleil et à la pluie.

Ce qu’on enseigne à l’Université des Va-nu-pieds, ne sont pas des savoirs décidés ou dictés par un ministère, mais des savoirs « que les pauvres considèrent comme importants« . La démocratie, les soins à apporter à une chèvre blessée, la maintenance d’un panneau solaire, les gestes de premiers secours, le comportement à adopter en cas d’arrestation par la police. On y mange et on y dort par terre, sans être rémunéré par autre chose que les connaissances acquises.

« Qu’est-ce qu’un professionnel ? Quelqu’un qui possède à la fois une compétence, une confiance, et une conviction. Une sage-femme traditionnelle est un professionnel. Les potiers sont des professionnels. Dans tous les villages, il y a des professionnels ; qui devraient être reconnus par le courant de pensée dominant. On devrait montrer que ces savoir-faire sont plus que jamais pertinents pour le monde d’aujourd’hui ».

C’est inspirant. C’est envoutant. C’est à suivre et à tester sans limite.


Chris

Journaliste indépendant

7 commentaires

Le Blog du voyageur · 15 juillet 2013 à 11 h 14 min

L’initiative est très intéressante!
Redonner aux artisans et aux petits-savoirs faire en voie de disparition leur lettres de noblesse, voilà un beau projet.

    Chris · 16 juillet 2013 à 10 h 02 min

    Reste à savoir s’il serait possible de copier ça en France …

Marc · 17 juillet 2013 à 13 h 03 min

C’est une très belle initiative. Mais pour devenir devenir dentiste, il faut quand même pas mal d’étude et de pratique.
Est ce que la grand mère dentiste illettré est compétente?? Pas sur…

marcel · 29 novembre 2013 à 13 h 06 min

Bonjour,
Tout d’abord bravo pour l’initiative. Le projet est noble et mérite des encouragements. Seulement, ceci doit être complété et suivi sérieusement afin d’acquérir les compétences et le diapazon d’un dentiste digne de ce nom.

Manu · 6 décembre 2013 à 9 h 10 min

L’initiative est noble et et a en plus le mérite d’être humanitaire. Donner une nouvelle chance à des gens qui n’avaient plus de raison de l’espérer, ça mérite des félicitations et des encouragements. Toutefois un dentiste lauréats de cette université a-t-il les mêmes compétences qu’un docteur qui a suivi tout son cursus?! la question mérite d’être posée…

delord sandra · 6 juillet 2015 à 8 h 25 min

Tout d’abord jz trouve l’iniative fantastique.
Ce sont des gens qui avancent qui refusent le mode occudental et qui ont des competences utiles apprisessur le terrain.
Quel meilleur formateur que l’experienceet la vie.
Peut importe ke niveau de la dentiste ta.t qu’elle soigne comme il faut.
Je suis sur qu’elle est plus qualifiée que certains practiciens que l’on a ici.
Bonne contiinuation et courage!!

Jean Marc Gyphjolik · 15 octobre 2016 à 21 h 19 min

Vraiment une belle découverte, c’est une population qui impressionne ! J’ai une admiration particulière pour l’Inde eet ses décors, sa culture et son histoire. Le récit que tu dépeint ici est criant de vérité, au plaisir de te croiser un jour pour en discuter plus longuement 🙂

Amicalement, JM Gyphjolik

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