reportage japon miyagi fukushima

C’est le plus beau reportage que j’ai pu lire depuis …. très, très, très longtemps.

Un magnifique article du quotidien italien la Repubblica, écrit par leur envoyé spécial Giampaolo Visetti et traduit par les soins de Robert Maggiori pour Libération.

« Sur la côte, un océan de désespoir » – et 9000 signes pour raconter comment les rescapés du Tsunami tentent de survivre, coupés du monde dans la région de Miyagi. Il y a des corps, des pleurs et des tragédies ; mais tout est raconté sans misérabilisme, sans pathos indécent ou caricatures « chocs ». Il n’y a qu’une réalité, racontée avec distance et pudeur, où le reporter s’efface complètement pour nous laisser voir le Japon comme il est actuellement.

Et l’on plonge avec lui dans cet invraisemblable paysage comme on s’immergerait dans un bon roman d’anticipation, l’atmosphère voisine et le quotidien réel en plus. C’est magnifique – et brillamment traduit.

J’espère que Libération ne m’en voudra pas trop d’avoir recopié quelques bouts de ce reportage que je vous invite vivement à lire ici, en accès gratuit pour quelques jours et bientôt réservé aux seuls abonnés. Mais très franchement, payer 6 € pour lire ce papier est un prix dérisoire. Vraiment.

Extraits :

Jusqu’à aujourd’hui, personne n’était arrivé jusqu’ici. Il a suffi qu’un pont s’écroule, deux kilomètres à l’intérieur des terres, pour que Onagawacho se retrouve isolée du monde.

[…]

Par trois fois, le pilote de l’hélicoptère a crié : «Il y a quelqu’un? Vous êtes vivants?» Dans la fange, parmi les reptiles, rien ne bougeait : on aurait dit qu’à Onagawacho tout le monde était mort. Puis des groupes de survivants, incapables de parler, sont sortis du maquis, ont montré du doigt la colline, les yeux fermés, et se sont assis sur les autos renversées, attendant de l’aide.

[…]

Six cent mille déplacés sont privés d’eau, de nourriture, de vêtements, de médicaments; exposés à la fin d’un hiver qui fait pleuvoir à verse et neiger – par des nuits à -4 C° -, l’absence de gasoil, des déserts infinis de marais emplis des restes d’édifices écroulés. Ils arrêtent les convois qui apportent les biens de première nécessité. Le long des 300 km de la côte nord-est de Honshu, seul un survivant sur trois, jusqu’ici, a reçu le minimum indispensable pour ne pas mourir.

[…]

Il y a Katsuma Ishihara. Vendredi, il conduisait l’autobus pour Yamada. Il a vu la vague passer sur le bord de la route, et a téléphoné en vain aux siens. Un kilomètre plus loin, il s’est arrêté. «Je demande aux passagers de m’excuser, mais ma maison était ici, ma famille dedans, et elle n’est plus là.» Alentours, c’est le chaos.

[…]

Les radios continuent à transmettre les récits de gens qui racontent la manière dont ils se sont sauvés, de techniciens qui assurent que tout est sous contrôle, de politiciens qui décrètent la fin de l’état d’urgence pour les victimes du tremblement de terre. Au lieu de cela, à Higashi-Matsushima, comme tout au long de la côte, les hôpitaux sont sans médicaments, les médecins sans énergie. Dans l’école primaire de Nobiru, 103 morts attendent sous le préau, à côté des 467 vivants étendus à même le sol, dans les couloirs.

A lire en intégralité ici.


Chris

Journaliste indépendant

2 commentaires

Colo · 19 mars 2011 à 19 h 44 min

Magnifique, effectivement.

clok · 29 mars 2011 à 13 h 54 min

Merci d’avoir attiré mon attention là-dessus. 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *