Je viens de passer un mois à Bali. Le coup de foudre a été immédiat pour cette île ; et pour les Balinais, et pour la gastronomie locale, et pour la végétation luxuriante, les rizières, les fleurs et les traditions culturelles aussi fascinantes qu’authentiquement préservées, loin des phénomènes de muséification que l’on peut observer ailleurs en Asie du Sud-Est ou ailleurs dans le monde.

Ici, les gens portent les jolies fleurs de Frangipanier à l’oreille parce qu’ils trouvent ça élégant, même loin des touristes. Les divinités, quelque soit leur origine historique, ont une place importante dans la vie quotidienne et oublier de faire coucou à ses ancêtres à un moment ou à un autre de la journée, peut causer d’insupportables insomnies de culpabilité. Les prix sont tout doux – 6 € (100 000 rp) pour un repas complet à deux où l’on se fait plaisir – et l’essence ne coûte rien, ce qui est bien pratique pour explorer l’île à scooter. Enfin, on essaie de cultiver l’honnêteté comme une source de fierté locale, et les escrocs – notamment les taxis – s’indigneront à renfort de grands gestes et de cris éplorés du fait que vous salissiez la réputation des Balinais, si vous leur dîtes qu’ils prennent un détour un peu trop long. Quand bien même la facture finale aurait augmenté de 50 % par rapport à ce que vous deviez payer.

Oui, tout n’est pas rose, ni parfait – mais on s’y sent drôlement bien, et j’espère que cet article vous permettra de vivre – ou revivre – un bout du bien-être que j’ai pu ressentir à Bali.

Bali mont Batur

Vue sur l’île de Bali et le mont Batur, depuis le ferry qui mène jusqu’à Lombok

Dis, c’est quoi Bali ?

1. Un surnom mérité : l’île des Dieux
2. En Juillet et en Août, des cerfs-volants partout, pilotés par des enfants ou laissés au vent au dessus d’une plage ou d’un champ, comme des épouvantails volants en forme de voiliers, de dragons et d’oiseaux
3. Des femmes élégants en sarong multicolores
4. Des hommes en sarong à l’amabilité légendaire
5. … sauf lorsqu’ils prennent la route
6. … car la circulation à Bali est un chaos permanent et que les gens conduisent tous comme des tarés
7. Mais il suffit de s’éloigner des routes principales pour se retrouver seul au monde
8. … et bien en galère sans GPS
9. … mais au milieu de magnifiques rizières à flanc de collines et de volcans.
10. Bali, c’est aussi des plages paradisiaques aux eaux turquoises
11. Ponctuées de paillotes à disposition de tout un chacun
12. C’est aussi beaucoup de touristes sans gêne, à l’attitude néocoloniale et pour qui se balader torse nu, en culotte ou avec la raie des fesses bien visible, ne pose aucun problème dans un pays aussi prude qu’est l’Indonésie où les femmes se baignent habillées
13. … et qui, une fois rentrés au pays, se plaindront des femmes en Burqa.
14. Bali, c’est aussi de petites offrandes laissées par terre, qui rythment les promenades au fil de leurs grains de riz, de leurs fleurs et de leur baton d’encens, dévorés par les fourmis et les chiens, et qu’on évite soigneusement de piétiner afin de ne pas subir le courroux des dieux et des ancêtres balinais
15. Et puis, c’est aussi le mot Nasi (riz) à toutes les sauces – qu’il soit Goreng, Campur, …
16. Et puis, l’oeuf de ton Nasi Goreng
17. Et puis, Bali, c’est aussi un paradis pour les familles qui viennent avec des enfants de tous âges, qui s’ébruitent dans les rues en esquivant les scooters et qui font la joie des locaux, qui s’extasieront sur les cheveux blonds de vos petites têtes même après en avoir vu des centaines défiler
18. C’est aussi l’ascension du Mont Agung, une montée continue bien raide qui te laisse des courbatures pendant toute une semaine mais t’offrira une vue imprenable sur une mer de nuages au-dessus de tout Bali, à travers laquelle se découpent les volcans et l’île de Lombok, au loin
19. Et l’ascension du Mont Batur, un volcan actif où le guide te fait cuire un oeuf grâce aux vapeurs chaudes

Tanah Lot Bali

Le temple de Tanah Lot ressemble à un paquebot prêt à fendre les mers

20. Tanah Lot – image d’Epinal de l’île, un temple sur l’eau qui ressemble à un grand voilier prêt à fendre les mers
21. Bedugulu – l’autre image d’Epinal de l’île, l’un des plus beaux temples qu’il m’ait été donné de voir dans ma vie
22. Les sources chaudes, comme les fameux Onsen japonais, signe de l’activité volcanique continue de l’île
23. Les balades en scooter dans les rizières et les montagnes, qui te permettent de découvrir, tous les 20 km, des pépites solitaires loin des flux de touristes
24. Les magasins Ralph Lauren aussi nombreux de les boulangeries à Paris
25. Le café Luwak – parait-il le meilleur café du monde, récolté dans les excréments d’une civette asiatique – le luwak. C’est surtout le café qui est vendu le plus cher sur le marché ; le kilogramme vaut parfois plus de 1 000 US$. Les conditions dans lesquelles les luwaks sont traités sont matière à polémique.

Rizières bali

Balade dans les rizières balinaises

26. Bali, c’est aussi une richesse ornithologique immense, qui offre aux plus chanceux la vue de canards qui ont des boules de poils sur la tête
27. Une réputation de « coolitude » et de bien-vivre fameuse dans toute l’Indonésie – qui fait quand même la tête par rapport au fait qu’il serait difficile d’y trouver de la nourriture Halal
28. Une production de batiks qui détonne par rapport au reste de l’Indonésie
29. Un travail du bois remarquable
30. Un travail de la pierre étonnant – qui sert encore à construire des habitations traditionnelles et des temples familiaux qui vous donnent l’impression d’être dans un autre monde lorsque vous marchez dans une simple rue « pavillonnaire »

Gamelan Bali

De jeunes musiciens jouant du gamelan, un instrument balinais typique

31. Les démons et les divinités hindous, constamment présentes
32. L’art, partout – en sculpture, en peinture, en danse, en musique, et même en cuisine
33. Les danses balinaises – auxquelles sont initiés tous les Balinais dès leur plus jeune âge – que le gouvernement indonésien veut inscrire au patrimoine immatériel de l’UNESCO. Legong, Ketchak, Barong, SangHyang – des danses théâtrales, ou des moments de transe, et des petites filles qui dansent d’un air lascif.
34. Le musique et le son des gamelans qui accompagne ces spectacles – la beauté de la mélodie, et des musiciens uniquement masculins
35. Les parapluies qu’on s’autoconfectionne avec des feuilles de bananier lorsqu’il pleut
36. Les nuages, bas, toujours là, hérités d’une éruption volcanique sur l’île d’à-côté ou des vents marins
37. La discrétion des musulmans, qui ne représentent que 5% de la population de l’île alors qu’ils sont 200 millions en Indonésie (sur une population totale de 250 millions)
38. Les habitations surélevées devant lesquelles on laisse ses tongs
39. Les statues de divinités – notamment celle du Barong qui est une créature mythique représentant le Bien – qui ponctuent quasi-systématiquement les entrées des habitations, des restaurants, des hôtels, et même des bars
40. La Bintang, ta meilleure amie
41. Les fresh coconuts
42. Un sentiment d’entre-deux mondes, entre Java et Lombok
43. Un pacifisme latent qui supporte mal les conflits
44. « Taxi » – le mot que vous entendez le plus souvent sur l’île
45. Le ginger tea, le kopi bali, et tout un tas de boissons locales qui vous ravissent les papilles

Rizières Ubud

A Ubud, au beau milieu du centre-ville, il suffit parfois de rentrer dans un café ou un restaurant pour avoir une vue surprenante

46. Ubud – une ville au coeur de l’île, capitale culturelle dont tombent souvent éperdument amoureux les étrangers, comme en témoigne le grand nombre d’expatriés présents dans la ville
47. Ubud, c’est aussi une ville dédiée tout entière au bien-être : les SPAs, les salons de massage, les restaurants gastronomiques et des hébergements de qualité à moins de 15 € la nuit pour deux, le Yoga présent à tous les coins de rue pour débutants, confirmés, experts et professeurs ; des cures de jouvence, des produits de beautés à gogo, des fruits et des légumes, des sources thermales et de la nature, de l’air pur, et du soleil et la mer à portée de scooter
48. Les arbres, grands et majestueux, et les banians incroyables
49. Les frangipaniers qui fleurissent dans les cheveux des Balinais, et qui laissent trainer partout leurs jolies fleurs jaunes
50. C’est aussi Kuta, un paradis pour surfeurs australiens aux tendances néocoloniales, aux vagues impressionnantes et aux nombreuses boites de nuits et bars à prostituées
51. Une terre d’une fertilité exceptionnelle – tout pousse à Bali, grâce au sol volcanique et au climat idéal
52. Les night markets où l’on mange comme un roi – entrée, plat, dessert, boisson – pour un seul euro dépensé

Pura Ulun Danu Bratan Bali

Le temple Pura Ulun Danu Bratan, à Bedugul

53. Les plages de sable noir à l’est et au nord
54. Les spots de plongée à Amed et Nusa Lebongan
55. Les bars australiens de la partie sud de l’île
56. La monkey forest à côté d’Ubud, et les beaux arbres, et les singes chapardeurs rigolos et facétieux, et la panique des touristes et les guerres de clan inter-singes
57. Bali, c’est aussi la province la plus riche d’Indonésie grâce au tourisme
58. Un artisanat célébré dans le monde pour ses batiks, ses vêtements, ses sculptures sur bois, et sur pierre, et l’orfèvrerie
59. Le café arabica des hauts plateaux de Kintamani
60. La philosophie hindoue du « Tri Hita Karana » pour laquelle les trois sources du bonheur sont les bonnes relations avec Dieu, avec les gens et avec l’environnement. Les rizières en terrasses et les temples d’eau (comme Tanah Lot ou celui de Budugul) illustrent le système des subak, une institution coopérative de gestion de l’eau par des canaux et des barrages qui remonte au IXe siècle
61. La religion hindouiste de l’eau sacrée « Agama Tirtha » – les Balinais considèrent l’eau comme sacrée pour son potentiel mystérieux, son pouvoir de faire grandir les choses et comme moyen d’atteindre une régénération spirituelle

Kuningan Bali

Dans un temple communal, pendant la cérémonie religieuse la plus importante de l’année pour les Balinais : Kuningan

62. C’est aussi certaines traditions encore vivaces, comme le limage de dents, hérité de la religion de l’eau dont j’ai parlé plus haut. Les Balinais, en effet, redoutent grandement les différents esprits qui peuvent exister sur l’île (lutins, démons, divinités …). Face à cela, après la puberté, tous les Balinais, quelque soit leur sexe, doivent se soumettre à ce rituel qu’est le limage des dents : « un brahmane (membre de la caste hindoue sacerdotale, la plus haute caste) lime à trois reprises les quatre incisives et les deux canines de la mâchoire supérieure. Cela est effectué au moyen d’une lime et d’un marteau, sans aucune anesthésie. La fille ou le garçon qui se fait limer les dents doit être bien habillé, car la cérémonie est en leur honneur. Souvent un vêtement blanc est porté pour symboliser la pureté. » (Source Wikipédia)

63. C’est aussi la réclusion des jeunes filles, une autre tradition ancestrale

64. Ou encore Nusa Dua, un complexe d’hôtels quatre étoiles isolés volontairement du reste de la population sous recommandations de consultants Français qui pensaient, dans les années 60, que le développement du tourisme à Bali passait par un isolement complet des touristes dans un endroit paradisiaque, avec le moins de contacts possibles avec la population locale

65. Aujourd’hui encore, Bali est la seule véritable destination internationale de l’Indonésie (d’ailleurs, aucun guide français n’existe sur le reste de l’Indonésie – le Routard, par exemple, n’existe que pour Bali et Lombok)

66. C’est, enfin, un amour de l’art culinaire qui fait le bonheur des estomacs sur patte. Les bananas pancakes du petit déjeuner ; le Babi Guling, les brochettes de satay, le Nasi Goreng avec un oeuf, le jamu (boisson médicinale), les différents mélanges de boissons revitalisantes à base d’herbes, de fruits, de fleurs et de racines ; la canne à sucre et le sirop de palme, les glaces, ou encore la cuisine internationale et certains chefs étoilés venus s’installer sur l’île – bref, un bonheur culinaire permanent.

Bon à savoir

Carrefour Voyages propose des circuits relativement peu chers vers Bali, vol compris.


Chris

Journaliste indépendant

4 commentaires

Claire · 14 août 2015 à 8 h 03 min

Merci pour ce petit retour à Bali 🙂 J’ai même appris plein de nouvelles choses grâce à toi !
C’est vraiment une région du monde à part !

Jenny - JDroadtrip · 4 septembre 2015 à 6 h 43 min

Aaaah ton article me donne vraiment envie, je pense que le jour ou je retourne en Australie, je fais un stop à Bali !! 🙂

Solenne le Pac · 23 mars 2016 à 4 h 35 min

Je confirme Bali est vraiment un endroit magique, la population, les paysages, le climat tout est beau ! J’espère que vous aurez l’occasion de repasser par ici !

Bali (Indonésie) : à la recherche d'un temps perdu | Blog du Voyage · 31 août 2018 à 2 h 54 min

[…] ce moment, je ressens une grande nostalgie pour mon voyage à Bali et en Indonésie. C’était en 2015 – un été passé entre les champs de palmiers à huile de Malaisie […]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *