Lorsque nous avons fait notre roadtrip aux USA, nous étions en pleine période électorale. Voyager aux Etats-Unis en Septembre et Octobre 2016 a été une expérience humaine passionnante : les débats entre pro-Trump et pro-Clinton étaient houleux, passionnés, mouvementés, ne laissant personne indifférent – mais révélant énormément de choses sur la perception qu’avaient les Américains d’eux-mêmes, de leur pays, et du monde en général.

Avec nos 16 000 km au compteur et nos 16 Etats US traversés, nous avons eu la chance de vivre ce moment aux côtés d’un très large panel d’Américains – rednecks, hipsters, fermiers, élites intellectuelles, artistes, cadres, ouvriers. Mais c’est en arrivant au Massachussetts que nous avons eu la conviction que nous avions voyagé dans plusieurs pays différents pendant notre roadtrip aux USA ; et c’est en passant du temps à Cape Cod que nous avons eu la conviction que Trump allait remporter les élections américaines.

Cape Cod

Cape Cod & le Massachussetts, un monde à part

Si j’avais du m’installer aux Etats-Unis pour apprendre l’Anglais lors d’un séjour linguistique, j’aurais sûrement choisi Boston. En effet, capitale intellectuelle des Etats-Unis, on y trouve plus de cinquante universités – dont Harvard et le MIT, et le beau campus de Yale n’est pas très loin non plus. Résolument progressiste, tolérante et ouverte aux changements, la ville est au carrefour d’une riche histoire qui a fait la fierté (et l’indépendance) des Etats-Unis (Boston Tea Party), d’une ouverture au monde par son port et sa côte atlantique, et d’une nature qui n’est jamais très loin, grâce aux nombreux espaces verts dont dispose la ville.

Cape Cod

Cape Cod

C’est l’Amérique dans ce qu’elle a de meilleur, portant les valeurs de liberté, d’ouverture, d’audace et d’innovation dans ce qu’ils ont de plus nobles. Cependant, ce n’est pas forcément l’Amérique du quotidien, dans ce qu’elle aurait de représentatif du reste du pays – Boston, Cape Cod et le Massachussetts forment un monde à part, une élite, à la fois méritocratie et technocratie, et en cela souvent accusée d’être complètement coupée de la réalité du reste des Etats-Unis. De fait, cette vérité nous a frappé : arriver au Massachussetts nous a donné l’impression d’arriver dans un autre pays, dans un autre monde, très loin de la franchise brutale et amicale rencontrée en longeant le Mississippi ; très loin des peurs de l’autre, du terrorisme, des immigrés, de l’obsession pour la grandeur de l’Amérique (« Make America Great Again »). Plus guindé, aussi ; peut-être un peu plus froid, plus sophistiqué, et pas toujours dans le meilleur sens du terme ; davantage portés à une discussion, à un débat nourri de faits, d’idées, de chiffres, plutôt que de sentiments. Là-bas, toutes les personnes que nous avons rencontré restaient persuadés que Hillary Clinton allait gagner. « On a peur qu’un homme comme Trump puisse aller aussi loin dans les sondages, mais les mensonges de Trump sont tellement évidents, tellement absurdes, qu’il est impossible qu’il puisse gagner ! » disaient-ils, de façon grossièrement résumée. Eh bien, ils avaient tort, et ne comprenaient pas grand chose de la façon de penser et des préoccupations de la plupart de leurs compatriotes.

C’est difficile à raconter, difficile à narrer ; mais cette différence entre deux Amériques se sentait aussi bien dans les moments passés dans un Walmart ou un Macdo, qu’autour d’un repas avec des Américains. Une somme de petits riens ; une façon de rire ou de parler, de sourire, de se tenir ou d’engager la conversation, le choix des recettes cuisinées, ou même la façon de tendre une assiette, donnaient le sentiment qu’on était ailleurs. Mais tout cela n’est qu’un avis très subjectif ; peut-être qu’en allant en Californie, j’aurais eu le même sentiment.

Que voir, que faire au Massachussetts ? Activités et incontournables

Si vous avez déjà regardé la série Gilmore Girls, vous connaissez déjà cette Amérique parfaite, un peu coupée du reste du pays – eh bien, la série se passe au Massachussetts, et ce n’est pas anodin. N’empêche – je conseillerais à n’importe qui d’aller faire un tour à Cape Cod, à la fois pour la beauté des paysages et des plages, pour les réserves naturelles, la vie culturelle, ou la très détonante Provincetown. Si vous allez voyager dans le coin, voici quelques conseils sur ce qui vaut le coup d’œil le temps d’un séjour sur la côte Est :

Visiter Boston

– Passer du temps à Boston

Boston, c’était la cité idéale, l’utopie pour puritains protestants fuyant les persécutions de l’Angleterre. Ils ont fait de leur ville un rêve – dédié à la liberté. Le vent de révolte qui allait déboucher sur l’indépendance des Etats-Unis est né là-bas ; et cet esprit pionnier, progressiste, militant pour un monde meilleur, reste toujours présent dans l’énergie que dégage Boston, concrétisé dans les nombreux projets avant-gardistes – qu’ils soient urbains, architecturaux, sociaux.

– Freedom Trail

Le « Chemin de la liberté » est un parcours touristique balisé, qu’on effectue à pied sur 4 km. C’est un parcours chronologique retrace l’histoire (humaine) du mouvement de révolte qui a débouché sur la guerre d’indépendance, tout en permettant de faire le tour des principaux lieux d’intérêts touristiques de la ville. Le Freedom Trail commence au Old State House (là où a eu lieu le massacre de Boston) et passe par les plus vieux monuments de la ville : marché de Faneuil Hall, Old South Meeting House, cimetières du XVIIe siècle, maison de Paul Revere, King’s Chapel. Mais le parcours ne s’arrête pas à l’indépendance, et couvre également le XIXe siècle : Massachussetts State House, Old Corner Bookstore … Pour trouver une carte du parcours complet ainsi qu’un petit livret détaillant l’histoire de tous ces endroits, il suffit d’aller au Massachusetts Office of Travel & Tourism (10 Park Plaza Suite 4510) près du Parc Boston Common, ou au Visitor Center de celui-ci (Boston Common Visitors Center).

Copley Square

C’est autour de cette place, dans le quartier de Back Bay, que les plus beaux bâtiments de Boston se trouvent. C’est à eux qu’ont doit le surnom qu’on donnait à Boston au XIXe siècle : « Athènes de l’Amérique ».

– Visite des campus

L’accès aux campus américains est libre ; et, même si vous ne pourrez pas entrer dans les salles ou dans les bibliothèques, se promener à Harvard ou à Yale permet à la fois de voir de très beaux bâtiments, et de sentir une drôle d’énergie où l’on se dit, tout en ayant du mal à y croire, que l’élite planétaire de demain se trouve tout autour de nous.

– Manger des fruits de mer et du homard

Le homard américain et canadien est moins bon que le homard breton ; mais il est incomparablement moins cher (10 € le kilo !) et on peut s’en mettre plein le ventre pour pas très cher. Boston est la capitale américaine des fruits de mer – vous en trouverez donc partout, facilement, frais, notamment dans le chowder (soupe de palourde) ou le homard court-bouillon.

– Visiter la Bibliothèque Publique de Boston

Parce que l’endroit est superbe, l’une des plus belles bibliothèques au monde.

Cape Cod

Visiter Cape Cod (« cap aux morues »)

Cape Cod est surtout connu pour avoir été le lieu de villégiature des Kennedy (Martha’s Vineyard) et immortalisé dans Moby Dick comme capitale de la chasse à la baleine (Nantucket). Mais, à mes yeux, la presqu’île en forme de corne de rhinocéros est avant tout un grand parc naturel propice à de nombreuses balades en bord de mer, dans un environnement protégé et préservé, au milieu de falaises, de 500 km (!) de plages de sable fin, ponctué de phares et de villages de bord de mer. C’est un paradis pour artistes, intellectuels, écrivains, photographes, peintres, qui trouvent à Cape Cod le calme et la beauté créatrice, ainsi qu’un tas d’infrastructures où se ressourcer, où se poser, où mener une vie agréable : bons cafés, bons restaurants, bon wifi, bonnes terrasses, plages vides, falaises désertées, bancs publics qui s’offrent au promeneur solitaire.

– S’installer quelques jours à Provincetown

Parmi les 15 jolis villages de Cape Cod, la plus étonnante de toutes est sans l’ombre d’un doute la très bohème Provincetown. 3000 habitants à l’année, mais jusqu’à 60 000 en période estivale – connue pour être l’endroit où l’on trouve la plus grande concentration de couples gays aux Etats-Unis. Je ne sais pas s’il existe, ou s’il est légitime, de parler d’une « culture gaie » mais, si elle existait, elle serait visible à tous les coins de rues de Provincetown. Les couples s’y affichent avec la plus grande exubérance ou dans une discrétion qui leur est propre ; et certains n’ont aucun problème à promener leur compagnon humain en laisse à demi-nu tout en faisant leur shopping. Les endroits branchés sont légions; tout comme les endroits destinés à accueillir un certain sens de la fête. Bref, ça peut être épuisant, mais ce petit paradis gay vaut définitivement le coup d’œil.

Cape Cod

– Aller voir les Baleines

De Provincetown, il est possible de prendre un ferry pour aller voir les baleines, dauphins, phoques, oiseaux qui passent au large de Cape Cod. Ca coûte 47 $ pour 3 à 4h de navigation, et chaque dollar investi dans cette expérience vaut son pesant d’or. Sachez que, contrairement à d’autres endroits dans le monde, l’observation des baleines se fait avec un grand respect des animaux rencontrés, et que l’argent de vos tickets sert à financer des programmes de recherche, de sensibilisation et de protection des baleines.

Plus d’informations sur : Whale Watch

– Faire du surf, du kayak, de la voile ou de la pêche à Cape Cod

Cape Cod est l’une des meilleures destinations au monde pour la pêche. Les conditions y sont idéales : la période s’étire jusqu’en Octobre, possibilité de pêche en eau douce aussi bien qu’en eau salée, température de l’eau très chaude, abondance de bateaux et de matériel de pêche à l’achat ou en location, diversité des espèces, aucune licence requise pour la pêche en eau salée … Parmi les espèces les plus courantes : Morue de l’Atlantique, Pollack, Thon rouge, Thon bleu, Aiglefin, Flétan, Bar rayé, Lotte. C’est aussi un paradis pour tout amateur de pêche sportive, ou pour tous ceux qui cherchent un challenge à la hauteur et qui souhaiteraient se mesurer à des espèces de pus de 4m de long comme le Marlin à grosses mâchoires.

Cape Cod

– Visiter les réserves naturelles et les parcs nationaux de Cape Cod

Les amoureux de la nature aimeront passer du temps dans les trois principales réserves de Cape Cod :
– Cape Cod National Seashore (11 000 hectares de côte préservée et protégée, superbe itinéraire de balades)
– Wellfleet Bay Wildlife Sanctuary
– National Wildlife Refuge

Cape Cod

– Randonner au clair de lune autour du Phare Nauset en longeant l’Océan

Tous ceux qui voudront dormir dans la maison d’un gardien de phare peuvent aller se renseigner sur le Wings Neck Light. Sinon, les soirs de pleine lune et lorsque le temps le permet, vous aurez l’occasion de faire une petite balade de 3km du Nauset Lighthouse au Race Point Lighthouse. Notez que rien ne vous empêche de faire cette balade un autre soir, si vous souhaitez éviter de vous retrouver accompagné d’un tas de familles américaines – la visibilité du chemin sera moindre, mais ce sera beaucoup plus poétique.

Cape Cod

Catégories : BlogEtats-Unis

Chris

Journaliste indépendant

1 commentaire

Morgan ELEGOET · 13 avril 2018 à 4 h 44 min

Bonjour,
J’ai moi même eu la chance de partir aux USA et faire toute la côte ouest. Et je suis bien d’accord avec vous, c’est vraiment le pays des contrastes et des antagonismes. Les paysages que l’on voit sur vos photos déjà n’ont rien à voir avec ce que j’ai connu, ça me donne envie d’y retourner pour découvrir l’autre versant du pays.
Si vous avez aimé Boston, vous aimerez San Francisco qui d’après ce que j’ai lu dans votre article est pour moi une des seules villes dans laquelle on a envie de s’établir (pour les différentes raisons que vous évoquez sur Boston).
Évitez Los Angeles, un Disney land à l’échelle d’une ville☺.

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