etoiles ciel etoile atacama observatoire

Deux semaines que je broie du noir. Façon mélancolie sévère, bile noire corsée.

Ca m’a pris à Santiago, au milieu des énièmes affrontements entre les étudiants chiliens et les CRS locaux, au milieu de ces putains de gaz lacrymogènes qui te font cracher les tripes en t’explosant les narines et les yeux, brûlés, carbonisés par la douleur et l’irritation.

Et tout ça pour quoi ?

J’ai l’impression de ne servir à rien dans la galaxie du journalisme. Vraiment. C’est pas écrit pour susciter votre pitié – mais pour me défouler et pousser mon coup de gueule. J’ai fait le choix de m’intéresser aux sujets qui n’intéressent personne ; j’assume, parce que je pense qu’ils racontent des choses beaucoup plus intéressantes et intellectuellement plus stimulantes que la naissance d’un bébé ou qu’une finale en Ovalie. J’ai pas envie de faire du journalisme zapping, j’ai pas envie de faire du tri de dépêches et de caresser mes lecteurs dans le sens du poil ; j’ai envie de les tirer vers le haut, vers là où ils n’iraient pas sans moi, j’ai envie de faire bouger leurs neurones et de leur apprendre des choses qu’ils n’auraient jamais connus, su, lu, sans mes articles. Prétentieux ? Pédant ? Et puis, est-ce que ça vaut vraiment le coup de se prendre des grenades lacrymogènes en pleine gueule pour trois lecteurs ?

J’ai l’impression de ne servir à rien. De brasser du vent, de n’intéresser personne. Faut-il que je trouve des sujets plus accrocheurs, plus spectaculaires ? Que je change de format ? De formule ? Que j’abandonne le journalisme d’actu pour me concentrer sur un journalisme de voyage ?

Le voyage. Faim de voyage. Soif de routes et de découvertes ; alors, fatigué d’être resté sédentaire trop longtemps à Buenos Aires, à Valparaiso et à Santiago, j’ai décidé d’avaler des kilomètres pour chasser le noir broyé.

Et je me suis retrouvé sous les étoiles de La Serena. Un ciel incroyable – et le ciel des montagnes chiliennes est réputé pour être l’endroit le plus étoilé au monde.

J’ai eu l’impression de faire un voyage incroyable, au milieu des galaxies et de l’infini. Émerveillement, grands « whouahou »s, big smile et gros yeux qui brillent.

Alors, j’ai eu envie de faire un autoportrait qui exprimerait à la fois ce que je ressens, et ce que j’ai vu ce soir là. J’ai pensé à Friedrich, forcément – mélangé à du Corot et du Steichen. Pas pour les imiter, pas pour faire une œuvre d’art supra chouette ; simplement pour savoir comment traduire la bile en lumière.

(…)

Comme l’impression d’être un extra-terrestre d’Alpha Centauri qui cherche une planète où poser ses clics et ses clacs.
Comme la sensation d’être le Siddharta de Hesse après sa rencontre avec Gautama.
Comme une peur d’avoir fait le mauvais choix.
Comme un sentiment d’infinie solitude.


Chris

Journaliste indépendant