Je commencerai à écrire mes premiers reportages à partir du 1er Juillet 2011. Voici une liste des sujets que je pense traiter au début de mon voyage; une liste bien entendue provisoire, probablement vouée à être modifiée au gré de l’actualité. Si un évènement que je juge intéressant/important se produit en Amérique latine en 2011 ou 2012, je foncerai dans le tas pour aller chercher plus d’informations. Si, en cours de route, je découvre une information ou un sujet plus intéressants que ceux listés ci-dessous, j’en ferai ma priorité.

Ce n’est donc pas une liste fixe – loin de là. Plutôt un plan de route, pour savoir où aller, tout en me laissant suffisamment de latitude pour m’adapter. Enfin, je n’ai listé que mes sujets de Grands Reportage mensuels – il y aura probablement d’autres « petits » reportages qui verront le jour tout au long du parcours, des sujets faciles à traiter qui ne demandent que quelques jours de travail et que je présenterai au moment venu. Un exemple: tout en écrivant mon reportage sur les enfants policiers, je partirai quelques jours en excursion dans la région pour écrire un papier sur les vins argentins du Cuyo, en passe de concurrencer les vins français et californiens sur le marché mondialisé.

Et si vous avez des idées de sujet, n’hésitez surtout pas à m’en faire part !

1 / Les enfants policiers d’Esquel (Argentine)

Au nord de l’Argentine, des brigades d’enfants de 9 à 14 ans participent régulièrement à des entrainements policiers. Dans la seule province de Misiones, on recense 27 « unités infantiles » regroupant près de 2000 membres. Leur objectif : éduquer les enfants, leur apprendre à se défendre et à respecter les symboles – pour leur éviter de sombrer dans la délinquance, l’Argentine étant un pays où l’on entre très tôt dans l’univers de la criminalité. 
Les parents s’enthousiasment pour cette éducation alternative, et en demandent encore plus ; les militants des droits des enfants, eux, s’offusquent et s’étranglent en voyant de telles patrouilles. Qu’en est-il réellement ?

2 / « Des bobos dans les ghettos », enquête sur la gentrification des favelas brésiliennes

La bourgeoisie brésilienne veut des maisons avec vue sur la mer. Ces maisons se trouvent sur le flan des collines, là où poussaient les bidonvilles, là où se sont installées les favelas. Des terrains pas chers donc, mais peu sécurisés ; alors on profite des opérations militaires de nettoyage pour acheter, et s’installer.
Conséquence : les habitants n’ont d’autre choix que d’aller s’installer de l’autre côté de la montagne, là où l’on ne voit pas la mer, là où les écoulements de boue font des dizaines de milliers de morts lorsque la pluie tombe sur la tôle et le béton. En allant vivre au milieu de ce microcosme et en vivant cet exode aux côtés des chassés, il s’agira de chroniquer ce moment de bascule et de renversement dans le paysage urbain de Rio de Janeiro.

3 / Les fouille-merde de Rio (Brésil)

Comment raconter la violence d’un quotidien ? Les journalistes de Rio de Janeiro sont tous les jours confrontés à cette question. Au Brésil, 4 victimes sur 5 ne portent pas plainte : ils estiment qu’aller voir la police ne sert à rien. Investigation, enquête, couverture, relations avec les forces de l’ordre, les habitants, les trafiquants et les délinquants: comment se passe le quotidien des journalistes spécialisés dans les faits divers à Rio? En étant immergé dans la vie d’une rédaction, j’essaierai de suivre et de raconter tout cela à la manière d’un polar multimédia.

4 / L’écologie radicale de Douglas Tompkins (Paraguay, Chili, Argentine)

Douglas Tompkins, un très riche Américain adepte d’une écologie radicale, rachète des centaines de milliers d’hectares de terres plus ou moins vierges dans la moitié sud de l’Amérique latine. 
Son objectif: en assurer la préservation et la restauration, et les protéger de toute exploitation humaine en refusant radicalement toute activité autre que l’écotourisme. 
Qu’est-ce que le mouvement « deep ecology » ? Quelles conséquences le « Conservation Land Trust » de Tompkins peut-il avoir sur les populations concernées ? Un mouvement de décroissance peut-il réellement partir d’une telle initiative ? Quelles sont les perspectives d’avenir possibles pour de tels espaces protégés ?

5 / Pour l’amour d’une feuille de coca (Bolivie)

Au Chapare, 44 000 familles vivent des plantations de coca. Entre 32 000 et 34 000 hectares de plantation produiraient jusqu’à 80% de la coca bolivienne. Un tout petit espace de 12 445 km² relativement sauvage, seulement 187 000 habitants et pourtant, le coeur d’un trafic ayant d’énormes répercussions à l’échelle internationale.
L’idée du reportage : vivre avec une famille pendant tout un mois ; devenir un cultivateur de coca, rentrer dans la peau et l’intimité des villageois qui vivent dans l’une des plus belles vallées du continent et fournissent les quelques 14 millions de consommateurs de cocaïne du monde. Montrer leur quotidien, avec en arrière-plan les tentatives d’ingérence de la DEA et les pressions des narcotrafiquants.

6 / Un business qui pue l’ordure (Brésil)

Fin 2010, le Brésil réexpédie en Allemagne un chargement de 22 tonnes d’ordures entrées illicitement sur son territoire. L’affaire est dénoncée à la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontaliers de déchets dangereux.
Les déchets, partis du port de Hamburg, étaient entrés sous la dénomination «plastique pour recyclage et usage industriel». En fait, il s’agissait … d’ordures ménagères. Les poubelles des Allemands étaient arrivées au Brésil.
Ce n’est pas la première fois que cela arrive : il y a deux ans, ce sont 1.400 tonnes d’ordures qui ont été réexpédiées en Grande Bretagne, signe qu’un véritable trafic de «poubelles» s’est bel et bien développé entre l’Europe et le continent sud-américain. Qui achète les poubelles des Européens? Comment finissent nos déchets du côté brésilien?

7 / A la recherche de nos origines cosmiques (Chili)

Au nord du Chili, à 5000 mètres d’altitude, il y a un endroit où le ciel est connu pour être le plus beau du monde. C’est ici que des scientifiques du monde entier ont décidé de bâtir, en coopération avec le Chili, le plus important projet astronomique qui existe actuellement. Un instrument révolutionnaire censé ouvrir «une nouvelle fenêtre sur l’Univers» et de lever le voile sur d’importants mystères astronomiques. Et ainsi, apporter des éléments de réponse sur nos origines.

En partageant leur intimité, j’aimerais donner un visage humain à ces recherches. Faire connaître et peindre un formidable exemple de coopération internationale tout en «vulgarisant» l’importance de ces recherches : à quoi ça sert de dépenser des milliards d’euros pour regarder le ciel? Qu’est-ce que ça fait, d’avoir en permanence la tête dans les nuages et des étoiles pleins les yeux ?

8 / « Walt Disney, ancêtre des amérindiens d’aujourd’hui » (Equateur)

Aujourd’hui, en Amérique du Sud, les fils d’Amérindiens veulent retrouver leur fierté. 
Pour cela, ils cherchent tous les moyens possibles pour se réapproprier leur passé, leur histoire et leur héritage pour les mettre en avant. Danses, costumes, mythes, coutumes « traditionnels »: tout est bon à prendre pour retrouver ses racines. 
Mais souvent, tous ces éléments « culturels » ont été complètement … « réinventés », notamment grâce aux travaux des ethnologues. Plus ou moins consciemment, les Amérindiens se réapproprient l’image traditionnelle que les Occidentaux se font d’eux – et la confirment, certains costumes « traditionnels » allant parfois jusqu’à s’inspirer… de films de Walt Disney comme Pocahontas.
Ces mouvements de réappropriation (et d’homogénéisation!) ont aujourd’hui une influence réelle sur la vie sud-américaine, le meilleur exemple étant le succès populaire d’Evo Morales en Bolivie. Alors, quels avenirs possibles pour cette néo-indianité ?

9 / Vers l’éclosion d’une nouvelle FARC (Pérou) ?

D’après les télégrammes de Wikileaks, la guérilla maoïste du sentier lumineux reviendrait sur le devant de la scène avec un risque lourd: voir une nouvelle FARC se créer dans la région. En effet, des centaines de militants d’extrême-gauche se rapprochent de plus en plus des trafiquants de drogue, et le narco-terrorisme commence à apparaître au Pérou; avec l’aide du parti d’Evo Morales, qui chercherait à faire émerger un parti péruvien basé sur les mêmes planteurs de coca qui le soutiennent en Bolivie. Qu’en est-il donc réellement ?


Chris

Journaliste indépendant

22 commentaires

Laura · 28 mars 2011 à 19 h 27 min

ça me semble très prometteur! Où vas-tu pêcher toutes ces idées? xD

    Chris · 30 mars 2011 à 12 h 29 min

    Eh bien, pendant que tu plonges ton nez dans tes bouquins, je passe mon temps le nez fourré dans la presse et tous les médias qui peuvent exister sur Terre ! Et puis, Wikileaks est devenu mon meilleur ami … 🙂

      Laura · 30 mars 2011 à 14 h 35 min

      Ah ah je te l’accorde c’était une question stupide, mais tout de même le sujet sur les poubelles, fallait le trouver xD

clok · 29 mars 2011 à 14 h 02 min

Gaffe au Chili! Il n’y a plus d’ozone…

clok · 29 mars 2011 à 14 h 12 min

Tu as déjà des contacts dans la presse locale? En tout cas, à Rio, oui. Mais as-tu noué des points tout au long du parcours?

    Chris · 30 mars 2011 à 12 h 36 min

    Non pas encore ; je nouerai mes contacts au fur et à mesure de mon avancée. Je ne me risque pas trop à les contacter dès à présent étant donné que je ne sais même pas à quelles dates je ferai ces reportages. Je n’ai pas envie de me retrouver à leur dire : « j’arrive le 8 août », « ah non en fait j’arrive le 45 septembre », « oh puis au final je viendrai le 24 août »… En gros, je comptais sur une marge d’un mois entre la prise de contact et l’arrivée sur le terrain, t’en penses quoi ? Et puis, je ne suis pas du tout sûr que ces sujets soient facilement vendables en pige mais bon…

      clok · 30 mars 2011 à 15 h 14 min

      En tout cas, je les trouve très alléchants, tes sujets. Gaffe à pas te les faire piquer. Peut-être aurais-tu intérêt à en prévendre quelques-uns à des médias français avant ton départ? Au moins à nouer des contacts…

        Chris · 5 avril 2011 à 12 h 35 min

        Oui, je vais essayer de les prévendre avant de partir mais c’est loin d’être gagné.

        Me faire piquer mes sujets … En fait, non, je n’en ai pas peur. Je ne choisis pas mes sujets pour faire ma propre promotion, montrer mes talents d’écriture ou de photographie, mais parce que j’ai envie qu’ils soient connus. J’ai envie que ces sujets là soient connus du plus grand nombre – alors, si d’autres journalistes veulent traiter ces sujets, j’en serai ravi ! S’ils le traitent bien, ça me permettra de me pencher sur d’autres sujets qui m’intéressent tout autant. Et s’ils le traitent mal … Eh bien, ça me permettrait (si j’en suis capable) de montrer la différence entre un bon et un mauvais reportage. De toute façon, vu ma façon de travailler, je ne me pose pas trop de soucis quant à la « concurrence » :). Naïf le p’ti jeune, hein ?

          Clok · 5 avril 2011 à 16 h 06 min

          Pas du tout : bravo, p’tit jeune! 😀

fabrice · 31 mars 2011 à 22 h 10 min

Comment cela plus d’ozone au Chili?

    Clok · 5 avril 2011 à 16 h 10 min

    Gros souci de santé publique avec l’effet des rayonnements solaires vers le Pôle.

      fabrice · 6 avril 2011 à 17 h 49 min

      Tu veut dire que c’est assez dangereux de faire un trek altitude? J’avais jamais entendu parler de ca, je vais voir sur Google…

NowMadNow · 21 avril 2011 à 11 h 59 min

Wow… ça a l’air passionnant!!
Je te souhaite vraiment bonne chance pour ton projet, audacieux, courageux, hors normes 🙂

NowMadNow

    Chris · 21 avril 2011 à 17 h 10 min

    Merci 🙂 ! Je crois qu’on sera en Amérique du Sud au même moment d’ailleurs, ce serait marrant de se croiser !

      Ghislain · 4 juin 2015 à 10 h 06 min

      Chris, jai bien aimé tes sujets mais ça nécessité assez de documentations

Arnaud · 3 mai 2011 à 16 h 27 min

Bonjour Chris,

J’ai découvert ton blog en répondant à un de tes commentaires sur TêteDeChat (PSC1, PSE1… mais oui c’est moi !)

J’apprécie tes sujets d’articles. Je te souhaite de persévérer et d’accomplir ces beaux projets !

Amicalement

    Chris · 5 mai 2011 à 10 h 32 min

    Merci beaucoup Arnaud ! Tu seras toujours le bienvenu ici ! 🙂

Alexis - Objectif Voyage · 10 juin 2011 à 8 h 29 min

Tes idées de reportages sont vraiment très intéressantes. J’ai vraiment hâte de découvrir tes reportages.

J’ai une petite question quand à ta sécurité, notamment avec les exilés des favelas : comment tu comptes t’y prendre car d’après ce qu’on dis ces ghettos sont vraiment violents ? t’as des contacts pour t’assurer une protection ?

    Chris · 10 juin 2011 à 20 h 43 min

    Aussi surprenant que ça puisse paraître, pour les favelas, le plus dur est de trouver un contact / un correspondant qui en fait partie et qui peut t’y introduire. Si tu t’y promènes avec lui, tu ne risqueras rien. C’est un monde extrêmement violent, certes – mais abordable si tu ne mets pas les pieds dans tout ce qui a rapport de près ou de loin avec le trafic de drogue. C’est pour ça qu’un photographe comme JR a pu mettre ses photos sur les toits de maisons des favelas. J’ai quelques contacts – pas pour assurer ma protection, mais simplement pour m’introduire dans le milieu. En gros, ça marche comme ça : ton contact te présente au caid de la favela (tout est très, très hiérarchisé), tu lui expliques ce que tu viens faire ici, et il dit si oui ou non tu peux garder les pieds ici. Et c’est lui qui se porte garant de ta protection.

Melody · 16 juin 2011 à 20 h 03 min

J’ai hâte de les découvrir. Encore plus hâte de faire notre reportage à quatre mains à Istanbul! On avait dit quoi, 2015? 🙂

Melody

    Chris · 17 juin 2011 à 23 h 57 min

    2017 je crois ! 🙂 🙂 moi aussi j’ai hâte, j’espère que j’arriverai à voyager jusqu’à cette date …

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