Italie : la belle et triste histoire des « cafés suspendus »

A Venise, au café de la Serra dei Giardini, j’ai vu un homme entrer, l’air triste et fatigué, quelque peu timide, quelque peu gauche, dans ses gestes et ses mouvements. Il était assez âgé, vêtu de façon plutôt élégante ; un beau chapeau fedora sur la tête pour le protéger de la pluie et, sur le dos, un imperméable, bleu nuit, un peu vieillot à en croire les petites décolorations qu’on apercevait de-ci de-là.

En entrant, il a souri timidement à la serveuse qui, en retour, l’a accueilli avec un grand « Ooooh ! » de ravissement. C’est cette joie non dissimulée qui m’a fait me retourner ; et qui m’a permis d’entendre le monsieur demander s’il y avait un « caffè sospeso » de disponible. « Naturalmente ! » a répondu la serveuse, toujours en souriant chaleureusement. Sans un mot de plus, l’homme a bu son café, lentement, et s’en est allé, en ignorant complètement qu’il m’avait fait découvrir l’une des plus belles traditions napolitaines: celle des « cafés suspendus ».

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© Maritè Toledo (Flickr CC)

Les cafés suspendus

A l’origine, les cafés suspendus sont une tradition de solidarité pratiquée dans les bars napolitains envers les plus pauvres. Cette tradition, née pendant la Seconde Guerre Mondiale, consiste, lorsqu’on est « heureux » pour une raison ou pour une autre, à commander deux cafés : l’un pour soi, l’autre pour quelqu’un d’autre, un parfait inconnu qui en fera la demande.

Qu’ils soient SDF, chômeurs, réfugiés, retraités ou simples étudiants, ces « cafés suspendus » représentent un petit geste d’humanité et de solidarité à moindre effort. Les gens qui les consommaient étaient, paradoxalement, souvent ceux qui les payaient en retour, lors d’une occasion spéciale – enfant, mariage, fête nationale. Comme une tournée générale, mais financièrement plus accessible. Comme un moyen pour les plus démunis de pouvoir se sentir, eux-aussi, acteurs de la générosité plutôt qu’éternels dépendants.

Et en France ?

En France, l’idée de répandre la pratique du « café suspendu » à commencer à émerger en 2013, avec quelques articles de presse qui s’en sont fait l’écho. L’idée de l’élargir aux « baguettes suspendues » a également fait son chemin ; mais, trois ans plus tard, le mouvement s’est essoufflé. Car, si les établissements jouent le jeu, et si les clients sont nombreux à vouloir laisser des cafés suspendus », très peu de consommateurs venaient demander à bénéficier de ces cafés ; et ceux qui le faisaient en abusaient : ils avaient souvent les moyens de s’offrir eux-mêmes ces cafés, et dévoyaient le geste de solidarité envers les plus démunis.

Peut-être faut-il simplement encore un peu de temps ? En tout cas, si l’aventure vous tente, voici la carte de France des quelques établissements qui proposent de faire découvrir cette belle tradition napolitaine.

Quelques liens pour en savoir plus :
– « J’ai découvert le « pain en attente » et « café suspendu » : une belle idée solidaire » (L’Obs, Janvier 2014)
– « Un café solidaire, s’il vous plaît! » (Le Parisien, avril 2013)
– « A Rouen, les cafés en attente refroidissent » (France Bleu, mars 2015)
La page Wikipédia dédiée aux cafés suspendus
– Le site officiel italien

2 Comments
  • Mathis Claudel
    Posted at 13:04h, 27 avril Répondre

    Excellente idée d’article, vraiment brillant !

    • Chris
      Posted at 13:09h, 27 avril Répondre

      Les tiens sont pas mauvais non plus 😉

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