Une histoire de voyage : Coca, danseuse de pole dance

11 octobre 2011 0 h 11 min

pole dance

(Je n’ai jamais rencontré Coca. C’est une histoire qui m’a été racontée un soir, et que j’ai eu envie de partager en arrangeant les chaînons manquants. Ce n’est donc pas un récit exact – puisque fait à partir de photos et de récits compilés – mais il reste fidèle au personnage, aux anecdotes et aux histoires vécues ; et surtout, permet de voir et de raconter un bout d’Amérique latine bel et bien réel à travers les yeux, et la peau de Coca. Note bis : la pole dance est aujourd’hui un sport internationalement reconnu ; même s’il continue à être pratiqué dans certains clubs un peu sordides.)

Elle, c’est Coca.

Argentine aux yeux noirs, espiègles et malicieux ; un long corps svelte et souple, gracieuse – comme le sont les danseuses à 27 ans. Un joli ventre et de jolis abdominaux ; longs cheveux noirs ondulés qui se gambillent jusqu’aux hanches.

Ça doit donner un bel d’effet lorsqu’elle tourne autour de sa barre de pole-dance – tête à l’envers, jambes tendues vers le ciel, en string et soutif, le corps tripoté par les regards et les néons rouges et violets de la miteuse boîte de Buenos Aires dans laquelle elle travaille. Et, pour la faire entrer dans cet univers sinistre, on l’imagine volontiers délicate manipulatrice; un peu allumeuse, un peu dragueuse, jouant de sa beauté et de sa sensualité pour s’attirer les faveurs des hommes avec son incroyable sourire enfantin bondé de malice.

Les clients jeunes et occidentaux sont ceux qu’elle préfère ; ceux qui viennent seulement délirer, s’amuser, boire un verre, parler avec les filles et déconner entre potes. Elle n’aime pas les gros minables et muets, qui te fixent toute la soirée sans dire un mot, essaient de glisser des billets dans ton string en se croyant dans un mauvais film de cul. Non, ça ne marche pas comme ça dans la vraie vie. Coca n’est pas une stripteaseuse, ni une prostituée ; juste une danseuse. Une artiste. Qu’on ne touche pas, et qui transmet son savoir aux jeunes enfants pour leur apprendre à mouvoir leur corps. D’ailleurs, la pole dance a même ses championnats du monde ; et elle espère bien y participer un jour.

Coca est constamment entourée par les hommes, notamment par ses trois meilleurs amis. Trois gays – un viril, un maniéré, un très efféminé – qui la protègent jalousement, s’irritent et se vexent dès qu’elle trouve un petit ami (qu’ils ne peuvent pas s’empêcher de critiquer). Qui la protègent, comme une enfant, en lui caressant les cheveux, en la consolant, la maquillent, la conseillent et la pouponnent. Et elle, se sent bien avec eux ; pas de regards, pas de jugement, complices et rigolos, comme trois grands frères jumeaux. C’est avec eux qu’elle est en Bolivie pour quelques semaines de vacances.

Dans une boîte de La Paz, Coca fait la fête. Elle monte sur le bar et se déchaine, secoue son cul dans tous les sens, renverse des dizaines de verre mais s’en fout et joue avec son corps et lui fait jouer d’étranges et entrainantes mélodies. Tous les hommes de la boîte la regardent, hypnotisés. Il y a les bourrés, il y a les moches, il y a les drageurs ; et puis, y’a Peter.

Australien bourru du même âge, maçon, jeune et beau, blond, grand – un peu maladroit, au jour le jour et les questions rares dans sa vie. Ne se prend pas la tête, fonce dans le tas, baise tout ce qui bouge et enchaine les relations d’un soir.

Peter et Coca s’embrassent, un peu éméchés ; et la nuit passe.

Le lendemain matin, au petit déjeuner commun, Coca est toute excitée. Ca y est, elle en est sûre: Peter est l’homme de sa vie.
Peter entre dans la pièce.
Un sourire et des regards complices …
Seront le seul échange échange qu’ils auront.

Lui, ne parle que l’anglais.
Elle, ne parle que l’espagnol.

Ils ne se comprennent pas.

Coca s’emballe et dit aux autres que ce n’est pas grave et que c’est encore plus beau sans langage, puisqu’ils ont réussi à communiquer en s’unissant et à se comprendre, dans le regard et les gestes et les caresses. Et, Peter est si beau, tellement beau, et les mots qu’il prononce en anglais ont une musique romantique et mystérieuse, comme une chanson d’amour dont elle saisirait le sens sans avoir à comprendre les paroles. Coca cherchait le grand amour et l’a enfin trouvé, après avoir enchainé beaucoup beaucoup de relations – d’ailleurs, son nom vient du pseudo d’une actrice de films érotiques argentins très connus. Sarli Coca, c’était la première dame à se mettre intégralement nue dans un film argentin. Coca danseuse, elle, préfère se mettre à nu sentimentalement.

« On va se marier ! » – elle dit ça très sérieusement et fait déjà ses plans sur la lune.

Peter, lui, mange son porridge en souriant.

Elle est vraiment mignonne cette Coca. Une vraie gamine – qui rêve d’aller à Disneyland Paris, peut s’amuser des heures et des heures avec une peluche et s’enthousiasmer pour un peu tout et n’importe quoi.

Le grand rêve de Peter, c’est de construire sa propre maison quelque part dans le monde. Alors Coca essaie de le séduire en lui disant :

- « Tu sais, c’est très beau la Patagonie ! Et il y a plein de terrains à vendre ! »

d’autant plus que Peter veut vivre une vie très simple :

- « Tu sais, on peut élever des milliers de moutons et de vaches dans le nord de l’Argentine ! »

et puis, Peter aimerait bien fonder un foyer avec plein d’enfants :

- « J’ai six frères et soeurs ! Les Argentins adorent les familles nombreuses ! »

Mais Peter a déjà oublié Coca. Les sud-américaines ont le romantisme et la passion facile, s’emportent et vivent avec fureur leurs amours – mais c’est vraiment pas son truc. Et puis, fonder un foyer avec une danseuse de pole dance ? La honte. Le mépris. Qu’est-ce qu’en penseraient mes parents ? De toute façon, on ne parle même pas la même langue – et puis j’ai pas envie d’apprendre l’espagnol, c’est trop compliqué. Pourquoi est-ce qu’elle se prend autant la tête? Embrasser quelqu’un, ça va, ça vient, c’est pas très important, y’a pas de quoi en faire un plat. Typiquement Australien.

Alors Coca retournera danser dans son club miteux – la vague à l’âme, rêvant encore de son bel Australien et du chalet qu’ils auront sûrement ensemble, un jour, en Terre de Feu – là où il n’y a pas besoin de mots pour comprendre qu’on y est heureux.

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