Comme un retour à Paris

Rentrer de voyage et retrouver Paris, c’est toujours un moment terrible

L’entremêlement du bruit, des odeurs, de l’encombrement et des plaisirs retrouvés – vin pas cher, fromage à tous les coins de rue, boulangeries, charcuterie, temps passé avec amis et famille. Le retour au pessimisme et à la peur ambiants mais aussi aux débats animés, aux stimulations intellectuelles permanentes. Des librairies et des bibliothèques partout – chose qu’on ne trouve que rarement ailleurs – et le goût des bonnes choses en permanence, bonne chair bons mets et bons goûts (ou pas). Le bruit partout, la nature nulle part ; et de petits îlots de verdures, mini-potagers sauvages qui poussent dans la rue. Des clopes partout et qui n’empêchent personne de discourir sur l’état désastreux du monde tout en continuant à payer un abonnement de plusieurs dizaines d’euros par mois à l’une des industries qui cause le plus de dommages sur la planète. Les terrasses monopolisées par les mêmes clopeurs. Une certaine tension sociale, où l’on sent les gens à cran, susceptibles d’en venir aux mains pour un oui ou pour un non ; et puis, l’instant d’après, deux rires et une discussion entre gens qui ne se connaissent pas, un petit geste de complicité, de solidarité, sous les yeux d’un énième réfugié oublié.

Paris, et tous ses petits paradoxes, m’avait manqué.

Paris bonnes adresses

Luc Mercelis, Flickr CC

Les privilèges et bonnes adresses de l’autochtone

Mon dernier été à Paris remonte à 2010 alors, j’ai un peu l’impression d’être un touriste dans ma propre ville en ce moment. L’ambiance y est très différente du reste de l’année ; Paris désertée, Paris libérée d’une partie de son encombrement et de ses airs précipités. Moins de monde dans les quartiers moins touristiques (comme aux Batignolles, où j’habite) et du coup, plus de places dans les cafés, dans les bars et même dans les parcs, et surtout, l’envie retrouvée de courir les bons plans et les bonnes adresses que je ne connaissais pas, un peu comme j’adore le faire dans une ville étrangère.

J’aurais limite envie de me prendre une chambre dans un hôtel de charme à Paris, et de profiter de la ville comme en voyage, retrouver cette temporalité où il n’y a pas besoin de se soucier de travaux, de copropriétés, de rendez-vous à n’en plus finir – et simplement profiter, enchaîner les cafés et les terrasses et les balades et les adresses dénichées par déambulations et bouche-à-oreilles. J’aurais pris le temps de visiter une à une toutes les adresses de cet article de Que faire à Paris sur les meilleurs lieux hybrides de la capitale. Je me serais cru en Russie dans le Banya des Grands Voisins et j’aurais testé tous les grands crus de la Caféothèque ; malgré le prix exorbitant de leurs espressos (3 €! Mais le lieu vaut le détour). Ou je serais allé boire un thé dans un hôtel particulier dédié aux arts – Elephant Paname, à Opéra.

Les connaissances d’un autochtone parisien – un QG, de bonnes adresses de restos, des lieux de tranquillité, des îlots de verdure et/ou de paix, les meilleurs horaires pour prendre la ligne 13 et y avoir une place assise – couplées au fait d’avoir le temps et l’envie de ne faire que me balader dans la ville, m’auraient également conduit à la terrasse du café éphémère du Musée Cognacq-Jay où j’aurais passé beaucoup, beaucoup de temps à lire des bouquins dénichés à Gibert Jeune ou dans l’une des centaines de petites librairies de quartier de la ville. J’aurais déjeuné et dîné dans mon restaurant afghan préféré – le Buzkashi, une merveille – ou j’aurais retrouvé mes racines au Tricotin – QG culinaire d’une bonne partie de la diaspora cambodgienne.

Comment ? Vous voulez encore d’autres bonnes adresses parisiennes ? La liste des meilleurs cafés / salons de thé de la capitale ? Les meilleurs endroits où se poser, où lire un livre et bouquiner, à Paris ? Eh bien voici la mienne au complet. J’ai eu la flemme d’écrire la description de chacune de ces adresses, et il manque cruellement la rive gauche (d’ailleurs, arriveriez-vous à deviner où j’habite rien qu’en regardant la carte ?) mais n’hésitez pas à me donner de bonnes adresses dans les commentaires. Attention : il ne s’agit ici que d’endroits où boire un thé ou un café le matin ou l’après-midi ; pas de bar, ni même de restaurants et encore moins d’hôtels charmants dans lesquels passer une nuit en amoureux. Pour ça, allez faire un tour sur Splendia.

Le prochain voyage

Au lieu de faire tout ça, je continue ma déprime post-voyage en la noyant sous les travaux de mon appartement. Je sais pertinemment que j’ai beaucoup de chance de ne pas avoir à passer mes journées à chercher un hébergement pas cher à Paris, ni même de payer de loyer. Mais jouer avec la ponceuse et l’enduit me permet surtout d’oublier la nature et la vie sauvage au milieu desquels j’ai vécu ; car troquer la forêt canadienne pour un vis-à-vis parisien a de quoi vous saper le moral.

Je la retrouverai, dans la cinquantaine d’articles en retard que je dois écrire. Je (re)parlerai des Antilles, de la Guadeloupe, de la Martinique, de Saint-Martin, de la Gaspésie, des Etats-Unis, des électeurs de Trump, du Canada, des Québécois, du Canal des Deux Mers et du Chemin de Compostelle, et puis, de mon prochain voyage – celui qui marquera mon passage à la trentaine.

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