Luna de leche - Isla del Sol, Lac Titicaca

Mon Grand Reportage sur les cimetières des éléphants est en ligne.
 
C’est un reportage très dur et très violent, qui a soulevé une vive polémique sur l’article précédent quant à mon rôle, quand à la valeur d’une vie humaine, quant aux limites à ne pas franchir pour un journaliste, etc.

Bien. Je vous invite donc tous à aller lire le Grand Reportage en rappelant un concept que beaucoup de monde a oublié : sur le Blog du voyage, on parle de moi qui voit des choses. Sur Mediareporter, on parle des autres et des choses que j’ai pu voir.

On m’a reproché que le reportage avait plus la forme d’un récit de voyage que d’un reportage. Plus près du récit de voyage ? J’invite tout le monde ici à lire les grands reportages états-uniens qu’on peut lire dans The New Yorker, Vanity Fair ou le New York Times, ou lire les journalistes français d’avant les années 80 comme Kessel, Londres, ou des journalistes comme Kapuscinski ou Hunter S. Thompson. C’est d’eux que je m’inspire directement – je ne dis pas que j’ai leur niveau ou leur talent, je dis simplement que je veux m’inscrire dans leur veine.

Avec ce style d’écriture, on ne raconte pas sa vie, on se sert de soi comme d’un media, comme d’un vecteur, comme d’un mediateur pour emmener des gens dans des endroits inconnus, les y plonger jusqu’au cou et les inviter à la réflexion à travers ses propres actions.
 
Il vous demandera environ 45 minutes de lecture ; vous pouvez également télécharger le PDF du reportage pour l’imprimer (30 pages), le partager, ou le lire hors connexion, le temps d’un trajet en RER par exemple. Partagez-le sur Twitter, Facebook, à votre liste de contacts, je pense qu’il pourra intéresser beaucoup d’entre vous, et beaucoup de ceux que vous connaissez.
 
Avec toutefois un léger avertissement : certains propos pourront heurter et choquer sans distinction d’âge ou de religion. A tel point que j’ai déjà perdu quelques uns de mes amis à cause de ce sujet …

Bref.
Je réponds aux commentaires.
Je ne mettrai pas le nom des auteurs que je cite, parce que j’ai envie de envie de faire ça simplement.
Alors on va faire ça sous forme de FAQ, ce sera plus marrant.

Des justifications ? Des excuses ?

Je n’en ai aucunes à donner.

Sur le journalisme, le journaliste, et ma légitimité

« Je pense que tu n’as pas encore les épaules pour de tels sujets car tu l’as très très mal abordé. »

Au contraire, je suis plutôt content du résultat que j’ai produit. Si vous considérez cet article de blog comme un reportage ou un article journalistique, vous êtes bien loin du compte … Ici, c’est mon blog, un mélange entre le journal intime, la carte postale, et les coulisses de mon projet.

Par contre, j’accepterai toute critique post-lecture-du-reportage qui dirait que j’ai mal abordé le sujet et que j’ai trahi la mémoire de XXX. Qu’on vienne m’expliquer pourquoi.

« Mais pour qui tu te prends pour faire ce type reportages??? Si j’ai bien suivit tu ASPIRES à devenir journaliste. Ce sujet même ceux qui ont 20 ans d’expérience ont du mal à l’aborder et personne n’aurait ce que tu as fait. Et toi tu débarque du haut de tes 6 mois d’expérience (sans avoir aucune formation quelconque, je ne remet pas en cause le projet globale mais le fait que tu aies eut l’arrogance de vouloir traiter un tel sujet). Donc oui, comme le disent plusieurs tu n’aurais juste pas dût vouloir te pencher sur ce sujet. »

Ben voyons. Je n’aspire pas à devenir journaliste, je le suis déjà, de la même manière qu’on dit aux étudiants en école de journalisme lors de leur premier jour : « vous n’êtes pas des étudiants. Vous êtes des journalistes. Je ne suis pas votre professeur. Nous sommes dès à présent collègues ». Etre journaliste, ce n’est pas posséder une carte de presse, travailler dans une rédaction ou avoir X années d’expérience. C’est passer son temps à chercher, vérifier, diffuser une information inconnue, et le faire délibérément dans un but professionnel.

Six mois d’expérience ? Non, je dirais que j’ai environ trois ans d’expérience si on considère que j’ai publié mon premier article dans Libération en Mars 2008.

L’arrogance de traiter un tel sujet ? Ben voyons bis. Je pense que j’ai bien rendu le sujet, ses implications, son contexte et sa portée, et j’ai la faiblesse de croire qu’en plus, c’est bien raconté. Ceux qui ont 20 ans d’expérience auraient du mal à aborder un tel sujet ? Qu’en sais-tu ? Non, un tel sujet n’est pas difficile à aborder ni à investiguer; ce qui est difficile, c’est d’avoir l’opiniatreté pour se faire tous les trous à rat de La Paz pendant un mois et de savoir quelle relation entretenir avec une personne comme XXX ; et c’était le sujet de mon article précédent. Bref, pour répondre à la question, je me prends pour quelqu’un de parfaitement compétent pour écrire un papier sur le sujet. Par contre, je ne sais pas si je suis compétent pour aider quelqu’un à mourir.

Sans doute n’ai-je pas compris l’intention de ce blog mais s’agit-il de journalisme ou d’un journal intime ?

Ce blog relève davantage du journal intime. Le journalisme, c’est sur Mediareporter que ça se trouve. Le blog du voyage, c’est l’intérieur de la tête du journaliste.

En même temps, à bien y réfléchir, ne valait-il pas mieux interviewer les personnes travaillant dans ces « hôtels » ? Jeu dangereux que de questionner un désespéré suicidaire, psychologiquement faible…

Je suis tout à fait d’accord que questionner un désespéré suicidaire psychologiquement faible est quelque chose de très dangereux. Sauf que, quand vous rencontrez une personne, il n’y a pas marqué sur son front « je suis un désespéré suicidaire » … Et que c’est pas vraiment facile de reconnaître une personne en ces termes. Bien évidemment que la description que je vous donne de XXX vous permet de le classer directement dans cette catégorie ; sauf que ce sont précisément des questions que je lui ai posé qui ont permi de mettre ça à jour. J’aurais donc dû fuir dès que j’avais établi le diagnostic ? Malheureusement, si la phrase est facile, agir en tête à tête l’est beaucoup moins ; on appelle ça « le pied dans la porte » en psychologie.

Il aurait fallu répondre à ces questions: quel était son « degré » de pauvreté ? Quel était précisément son quotidien? Tu balances des idées qu’on devrait croire immédiatement.

Un « degré de pauvreté » ? Ca existe ? Peut-être au niveau des chiffres, tel pourcentage de population qui vit avec moins de 2 $ par jour. D’ailleurs, j’utilise une telle statistique dans mon reportage. Mais dans le cas de XXX, à quoi ça servirait ? Des suicides, il y en a dans toutes les classes sociales et, pour reprendre un poncif, il y a des gens très heureux dans les pires classes sociales du monde. Ce qui est important de savoir – et là, je rejoins – c’est son quotidien, sa vie, son passé, ce qu’il ressent, et je l’ai mis dans mon reportage. Des idées qu’on devrait croire immédiatement ? Sans doute ai-je été trop rapide dans mon écriture bloguesque mais de toute façon, j’aurais beau eu dire ou rajouter ci ou ça, on m’aurait toujours reproché de ne pas en dire assez dans un tel sujet. Sauf que « assez », ça représente 15 000 mots, 45 jours de travail, 14 nuits blanches et 1h de lecture, et c’est maintenant en ligne.

Tu es comme un réalisateur qui a trouvé un super scénario mais dont il n’a en réalité pas exploité le potentiel. Tu aurais pu t’intéresser à d’autres acteurs de ce système, comme celui qui surveille la porte.

C’est fait. Dans le reportage. Je répondrais que cette phrase, c’est comme si un critique de cinéma faisait des reproches à un film en ayant simplement visionné la bande annonce – je tiens à préciser qu’il n’y a aucun ressentiment envers l’auteur de cette critique (surtout qu’il ne connaissait pas le projet ni le concept du double site Blog du voyage / Mediareporter), c’est juste que ça me vexe un peu de voir que des gens aient pu penser que je n’avais qu’XXX dans ma ligne de mire.

Sur la culpabilité

Je vous le dis de but en blanc : je ne regrette rien et j’assumerai jusqu’au bout ce que j’ai fais. Je pense qu’il n’y avait pas de « bonne » décision à prendre mais je SAIS que j’aurais ressenti beaucoup plus de culpabilité et de douleur morale à partir, qu’à aider XXX mourir, parce que ça n’aurait pas correspondu à l’idée que je me fais de valeurs comme l’humanité, la compassion, la morale et tout les gros mots qu’on peut employer. Bref, j’ai agis en faisant ce qu’il me semblait juste, en accord avec moi-même et si maintenant j’en suis certain, c’est paradoxalement grâce à vos commentaires.

J’aime à croire que ce que tu ressens actuellement est un vide intérieur face à l’absurde de la situation que tu as vécu et non une réelle et inhumaine absence de culpabilité.

C’est tout à fait ça. La culpabilité est apparue à posteriori ; mais ce n’est pas la culpabilité d’avoir fait quelque chose de mal. Plutôt comme une culpabilité vis-à-vis de ce que je suis « censé » ressentir pour être en accord avec les autres êtres humains que je cotoie au quotidien, mais que je ne ressens pas. Par contre, un vide intérieur face à l’absurde de la situation, c’est tout à fait ça. C’est un peu comme si j’avais perdu un bout de moi-même avec lui. Pas un bout de mon âme, ni un bout de mon humanité. Mais plus … Comme si je n’arrêtais pas de me demander : « et maintenant ? ».

Et si aujourd’hui, à l’intérieur de toi, tu ressens une pointe de remords, demande-toi si l’idée de « nos sociétés » qu’il faut aimer la vie par-dessus tout, est vraiment une connerie.

J’ai jamais dit qu’aimer la vie était une connerie. Je dis qu’on devrait arrêter de faire culpabiliser les gens qui ne ressentent rien face à la mort ou qui ne pleurent pas comme des madeleines à la mort de leur grand-père avec qui ils n’ont jamais eu de discussion. Laissez-les en paix. Et, non, je n’ai aucun remords. Je cherche juste à savoir quelle était la meilleure solution pour pouvoir, si le cas se représente, agir en conséquence ; ça ne veut pas dire pour autant que je regrette mon choix.

Je pense qu’il aurait été judicieux de tenter de le convaincre de ne pas le faire: refuser de faire l’article, ne pas l’accompagner, voir même de lui payer une prostituée. Tu as été l’élément déclencheur, son excuse, si tu t’étais retracté il ne l’aurait peut être pas fait.

Convaincre de ne pas le faire ? Ca semble tellement simple, dit comme ça. Malheureusement, je suis doué d’un sens de l’empathie assez grand et si j’ai pu accepter le choix de XXX, c’est parce que j’aurais fait exactement comme lui si j’avais été dans sa peau et dans sa vie. J’en suis dorénavant sûr. Projeter les vies et les envies que vous avez sur les autres, ça ne marche pas si on veut comprendre quelqu’un.

Tu aurais du tout faire pour sauver cette personne.

Non.

Sur le voyeurisme et la passivité

Tu as laissé un mec mourir pour « l’excitation » du sujet.

Je ne l’ai pas « laissé », je l’ai accompagné dans son choix, ce qui me semble aussi différent que Mars et Pluton.

Ne rien dire, ne rien faire et du coup être spectateur de ce spectacle macabre etait la pire des solutions

Pour le coup, j’ai été trop vague dans mon article de blog. Mais j’ai dis des choses et j’ai fais des choses et vous pouvez lire une partie d’entre elles dans le reportage ; même si je suis sûr qu’on va me sortir que « tu as écris ça pour soulager ta conscience ou te justifier ou inventé des agissements à postériori pour rattraper le coup ».

Quelqu’un qui est là pour matter tel big brother ce n’est pas ce que j’appel de l’accompagnement, ni une relation d’aide…

Mater tel big brother ? C’était un calvaire pour moi, merci. A vous lire, on dirait que j’étais assis sur une chaise en face de lui, à prendre mon pied avec le spectacle qui m’était offert. J’ai eu envie de me barrer des dizaines de fois – vous croyez qu’il se passe quoi dans la tête de quelqu’un qui attend devant une porte en parlant à un mec bourré, dans le froid et l’inconfort ? Ce n’était pas un spectacle, j’étais acteur et partie.

Observais-tu ou attendais-tu cet événement ? Est-ce que c’était de l’information ou du voyeurisme ?

Ni l’un ni l’autre : je participais pour mieux le comprendre et donc mieux informer. Participer, au début, ça voulait dire boire avec XXX pour me rapprocher de lui, de son état d’esprit, de sa façon de penser et ça s’est transformé malgré moi, à la façon d’un engrenage qu’on ne peut pas contrôler d’un claquement de doigt.

Qui es tu pour decider de l’avenir d’un homme, qui est tu pour le condamner d’office ? Au moins il aurait pu être maitre son destin jusqu’au bout

C’est en essayant de le convaincre de ne pas passer à l’acte et lui imposer ma façon de penser – comme certains auraient voulu que je fasse – qu’il aurait perdu la maîtrise de sa destinée. J’ai posé toutes les possibilités raisonnables (et non hypocrites) qu’il avait devant lui, mais c’était à lui de choisir et il l’a fait.

A te lire j’ai l’impression que tu as perdu toutes notions essentielles à la vie, mais je ne sais pas laquelle : ton humanité ? Ton empathie ? Ton manque de recul ? ta foi ?

Je te rassure, je me sens plus humain que je ne l’ai jamais été. Par contre, certains commentaires (pas forcément celui-ci) m’ont fait très peur par leur célérité à juger et à condamner sans avoir toutes les clés de compréhension : pourquoi ne pas commencer par demander plus d’informations en disant « tu pourrais détailler ? » ou « tu as été trop vague » ou « tu as écris l’article trop rapidement » ou avouer « il nous manque des choses pour comprendre » au lieu d’extrapoler et projetter vos présupposés à partir d’informations incomplètes (qui sont, certes, incomplètes par ma faute) ?

Sur la mort annoncée de XXX

Tu te justifies en affirmant que de toute façon, il semblait perdu. N’est-ce pas faire toi-même preuve de jugement ? Ou alors ces 16h de conversations avec lui justifient ton affirmation ?
« En sachant qu’il aurait fini par mourir seul, probablement mort de froid dans les rues de La Paz  » Ce « probablement » m’horrifie Chris. Quel est ce raccourci, de quel droit peux-tu dire
« il serait de toute façon probablement mort, à quoi bon tenter de faire quelque chose ? Autant le laisser mourir, c’est la meilleure solution ! »

A ma connaissance il avait encore ses deux bras, ses deux jambes et toute sa tête. Certains s’en sortent avec moins que ça. Il suffit parfois d’une étincelle. La rencontre avec la religion par exemple. De se sentir utile pour quelqu’un.

Pour moi c’est là où tu as fait une erreur : ce n’est pas parce que toi tu ne pouvais rien pour lui que personne ne pouvais rien pour lui.
Par ailleurs, je suis d’accord avec beaucoup de commentaires ci-dessus. Tu prends comme axiome, comme point de départ inébranlable son malheur infini et irrémédiable. En es-tu sûr ? Il ne suffit qu’une once de doute sur ce malheur pour que ton acte ne soit plus si justifiable.

Moi, je ne te crois pas. Je pense que tu aurais du le sauver, et d’ailleurs, je pense que tu aurais pu. A toi de nous prouver le contraire… C’est capital pour qu’on te prenne pour un bon être humain.

Pour le coup, je vous laisse juger par vous-même en allant lire son histoire. Ah, et je me moque royalement que vous me preniez pour un bon être humain ou non : j’ai juste envie que vous sachiez qui je suis réellement et sans tabou, sans caresses dans le sens du poil.

Sur mon rôle dans la mort de XXX

Idem, je vous laisse aller voir.

Pourquoi j’ai écrit cet article

Tes questions morales, tu aurais pu les analyser avant, en discuter avec des associations, des psychologues, des philosophes qui s’intéressent aux questions d’éthiques… et puis, en ayant réponse à tes questions, faire ce que tu as fait ou pas. Mais pas l’inverse, je pense…

J’ai parlé de cette histoire avec pas mal de monde autour de moi et ce n’était pas suffisant ni satisfaisant. En écrivant cet article, j’avais envie d’avoir une réponse à la question « qu’est-ce que j’étais censé faire » (qui n’aura jamais de réponse et c’est pour ça que c’est ‘passionnant’), d’être honnête, d’alléger mon esprit (et non pas ma conscience) d’une histoire lourde, de savoir pourquoi je ne ressentais pas ce qu’on aurait voulu que je ressente, et accessoirement, vous bousculer un peu dans vos chaises en vous mettant face à une réalité qui remet en cause quelques poncifs.

… mais je m’aperçois bien que je l’ai fait de façon beaucoup trop violente … Reste que je n’ai absolument aucune idée de la façon dont j’aurais pu m’y prendre autrement.

Sur le sourire de XXX

« l’ETRANGE rictus » est pour toi un sourire. As-tu vu beaucoup de morts ? Des morts souriants ? Ou ce mort était très différent à tous les morts que tu as vu jusqu’à présent ?

Ah c’est vrai ! Il donnait certainement à son libérateur sa bénédiction et son remerciement…

L’expression « sourire à ses lèvres » -ressassée- me dérange profondément. J’ai l’impression que ton billet a plus de fierté (« J’ai aidé un homme à mourir, et ça l’a rendu heureux ») que de véritable problème moral.

1) Je n’aime pas, mais alors pas du tout, la fin de ton récit. Le coup du sourire, enfin le rictus qui ressemble à un sourire et toi qui, du coup, sourit à ton tour, c’est de la romance. Tu as voulu voir un sourire, ou plutôt tu as voulu nous émouvoir avec cette image mais c’est juste ridicule. En plus, c’est super mal placé: choisir la fin pour nous faire couler une petite larme c’est ultra pas original et un brin facile. Tu as cherché à faire de la poésie et crois moi c’est raté

Ben, non. Je n’ai aucune envie de faire une explication de mon propre texte mais à mon sens, le fait que j’ai voulu voir un sourire dans son rictus – à aucun moment j’affirme qu’il souriait – dit beaucoup de choses sur moi sans m’obliger à rentrer dans les détails et à m’appesantir sur mes écartelements moraux. C’est pas de la poésie – crois moi, ton interprétation est complètement ratée – , c’est une façon de raconter les choses d’un point de vue « journaliste face à la mort de la personne avec qui il vient de passer la nuit ». Une petite larme ? Et puis quoi encore ?

Ce que je ressens

es-tu sûr d’être aussi « blindé » que tu le dis Chris ? Parce qu’on pourrait croire au contraire que c’est parce qu’en tant qu’être humain tu t’es senti autant en empathie avec XXX et sa souffrance que tu as accepté cette responsabilité.

– Savoir si Chris a de « l’humanité » ou pas et s’il a exprimé dans son article un degré de pathos suffisant pour ses lecteurs
-> C’est grave de mater un homme mourir pour faire un reportage si on n’a pas d’humanité, mais si on en a (svp donner le pourcentage), c’est pas grave ?

Au fond, ce que tu cherches à faire dans ces « deux » articles, c’est à te justifier car ta conscience est trop lourde et que tu sais que tu viens de faire quelque chose de mal.

Ma conscience va très bien et je ne pense pas avoir fait quelque chose de « mal » – de répréhensible, de criticable, de débatable, de problématique, oui, et c’est pour ça que j’ai voulu lancer ce débat.

Je ne sais pas si je suis « blindé » mais je sais que je vis cette histoire en étant tout à fait en paix avec moi-même. Mon empathie avec XXX était, et est toujours totale. Je pense que je n’ai jamais connu aussi bien une personne, été aussi près de l’âme de quelqu’un. Même pas une petite amie, même pas un parent.

PS : j’ai fini d’écrire cet article à 5h du mat’, je ne suis pas sûr d’avoir eu la patience de prendre les pincettes qu’il faut mais bon …


Chris

Journaliste indépendant

18 commentaires

image gratuite · 9 janvier 2012 à 7 h 10 min

excellent ! looong mais j’arrivais pas à décrocher ! pas d’accord avec toi sur tous les points mais on s’enrichit les uns les autres 🙂

Bruno · 9 janvier 2012 à 7 h 54 min

Et bien, on dirait que tu as finalement réussi à achever un débat dans ta propre tête puisque tu assumes maintenant totalement ce qui ne me semblait pas être le cas auparavant.
Je vais lire ton papier.

    Chris · 9 janvier 2012 à 17 h 07 min

    Effectivement – et si ça a été possible, c’est grâce à tous les mails et commentaires que j’ai reçu. Bonne lecture, dis-moi ce que tu en as pensé et ce qui aurait pu être amélioré !

      Bruno · 11 janvier 2012 à 10 h 09 min

      Bon j’ai fini la lecture ! Je précise que je lis rarement des reportages…
      J’aurais bien aimé plus de photo (plus ça veut dire au moins 1 :-). Car 35 pages que de texte c’est lourd. Ca c’est pour la forme.
      Pour le fond, est ce que tu ne te mets pas trop en scène dans ton propre reportage ?
      2-3 autres trucs :
      p13 : Je commence à vendre toute ce que j’ai chez moi
      p20 : toujours pas être de ma faute

      Voilà, bon c’était quand même prenant à lire.

      A+

Eléa · 9 janvier 2012 à 8 h 28 min

J’aime beaucoup ton grand reportage Chris! Et aussi tes réponses aux commentaires (et aux miens du coup!)

Marjorie / Histoire à Vivre · 9 janvier 2012 à 9 h 29 min

J’ai laissé un commentaire de l’autre côté, sur mediareporter, et je répète ici, en réponse aussi aux commentaires assassins que tu as reçus, que tu es un mec génial, Chris. Surtout ne change pas. Tu n’as pas besoin de moi pour te dire de laisser là où elles sont les personnes qui croient qu’il faut pleurer pour montrer qu’on est sensible (je n’ai pas pleuré à la lecture de ton extraordinaire et HUMAIN reportage, et pourtant dieu sait que j’ai le coeur ouvert, pour ne pas utiliser ce mot galvaudé « sensible ») ; de laisser les personnes qui pensent que ton acte, fait selon qui tu es, honnêtement, était de la non assistance, du voyeurisme, et tout ce blabla politiquement correct. Keep in touch 😉

    Chris · 9 janvier 2012 à 17 h 11 min

    Merci Marjorie pour tous ces commentaires – même si je suis le genre de mec qui adore échanger des coups pour devenir meilleur, c’est avec des commentaires comme les tiens que j’arrive à trouver la force et la volonté pour avancer dans les grands moments de blues et de solitude. A très bientôt 🙂

Nicolas · 9 janvier 2012 à 10 h 35 min

J’aime l’intensité et l’implication que tu mets dans ton projet et tes blogs mais je ne peux m’empêcher de me dire qu’un truc sonne faux dans toute cette histoire, quand tu dis « Je pense que je n’ai jamais connu aussi bien une personne, été aussi près de l’âme de quelqu’un. Même pas une petite amie, même pas un parent. », après lui avoir parlé quelques heures alors qu’il ne te connaissait pas et toi non plus, c’est limite triste si c’est vrai pour tes relations…

Et tu donnes l’impression de n’avoir que faire des commentaires qui ont été postés, tu as ton idée sur cette histoire point barre, je ne vois pas trop quelles réactions tu attendais finalement, tu dis que tu n’as pas de réponse à ta question mais pourtant c’est le cas, la majorité des gens te dise que tu n’aurais pas du allez essayer de suivre ce type tenter de se suicider.

Ceci dit je vais aller lire ton reportage, qui doit être bien écrit je n’en doute pas, et qui sera aussi le plus lu depuis le lancement de ton blog, je n’en doute pas non plus.

Chris · 9 janvier 2012 à 17 h 14 min

Oui, je m’aperçois en me relisant que je donne un peu l’impression d’envoyer balader d’un revers de la main tous les commentaires qui m’ont été fait, alors que c’est précisément grâce à eux que j’ai trouvé mes réponses (qui ne sont pas pour autant figées dans le marbre) et mes convictions. Ils m’ont beaucoup aidé à avancer, à mûrir et à comprendre certaines choses ; je ne l’ai pas forcément exprimé dans cet article que j’ai conçu davantage comme une réponse, mais l’apport est bel et bien là, ancré dans mon corps et mon coeur.

Julien @ meilleur avion en papier · 13 janvier 2012 à 15 h 06 min

Hé bien ça c’est bien répondu ! D’ailleurs moi j’avais bien aimé l’article sur le cimetière des éléphants. Les détracteurs trouveront ici plein d’explications intéressantes.

Yvan · 16 janvier 2012 à 15 h 06 min

moi je trouve sa courageux de ta part de faire un reportage sur un sujet aussi délicat et je pense assez méconnu du grand public, je ne savais même pas que sa existait avant d’avoir vu ton reportage et j’avoue avoir du mal a avoir un avis sur ce sujet.

benjieming · 28 janvier 2012 à 0 h 51 min

Je répond avec du retard à ce billet (et au précédent), après avoir enfin trouvé le temps de lire le reportage. J’ai aussi posté mes remarques sur mediareporter, mais puisque le débat à lieu plutôt ici, je les y poste également.
J’ai terminé la lecture de ce reportage avec un goût amer dans la bouche.
Entre « l’exitation » ressentie devant tant de misère et la dernière phrase « Alors, moi aussi, je souris »…
Je ne sais plus quoi dire. C’est un problème très compliqué, assurément, qui implique plein de choses; le rapport à la vie, à la mort, à la responsabilité morale, au journalisme, au « personal branding », à la pudeur, aux autres.
En tout cas je n’approuve pas du tout ce que tu as fait, même si je ne pourrais pas l’expliquer en quelques phrases. Et je n’apprécie pas du tout, surtout, la mise en scène que tu fait de cette histoire, qui ne permet pas de comprendre ton choix, encore moins d’y adhérer. Tu nous rend complice et spectateur d’un truc que tu as provoqué, et qui n’est, à ce niveau là, plus du journalisme. Et notamment parce que tu ne répond à presque aucune des questions que tu posais au début.
De ton reportage, on ne retient que la mise en scène macabre d’un suicide, avec deux ou trois explications succinctes et superficielles du phénomène du cimetière des éléphants. D’ailleurs, pour répondre à toutes ces questions, c’est une thèse qu’il aurait fallu, pas un article.
Qui est responsable de toute cette misère sociale? Quels sont les mécanismes qui la créent, et la perpétuent? Tu ne nous aide pas du tout à nous en faire une idée.
Moi je me demande quel était véritablement ton but en écrivant tout ça? Apporter la preuve que la misère humaine, sociale, émotionnelle et affective existe? Merci Christopher.
Je suis désolé, mais tu me fais penser au photographe qui photographie une petite fille en train de se noyer. Ok, tu n’aurais pas pu le sauver. Mais tu aurais pu avoir l’humilité de ne pas prendre la décision de le tuer, et la pudeur de ne pas utiliser son histoire et sa mort pour servir tes propres desseins.
Autre chose: tu affirme le connaître mieux que quiconque en ayant discuté quelques heures avec lui. Déjà c’est flippant pour toi, tu ne dois pas connaître grand monde alors, et pour moi, on ne peut pas connaître quelqu’un en quelques heures; c’est faux. Tu te dis sans doute cela pour te rassurer, ou alors tu te fourvoie totalement. Connaître quelqu’un, cela ne passe pas uniquement par la parole, c’est aussi en passant du temps et en faisant des choses avec cette personne que l’on se rend compte de sa personnalité et de son monde intérieur.
Tu semble être absolument sur que ta perception de cet homme est a 100% correcte. Encore une fois, pour qui te prends-tu??!! Et après, tu trouve le moyen d’écrire  » N’a t-il pas décidé d’aller dans le cimetière sur un coup de tête, ivre, l’esprit embrumé ? Impossible de l’accompagner si c’est le cas ». no comment.
Je suis désolé, j’écris de façon désordonnée mais ce problème est complexe et comme je viens de lire le reportage, je suis sous le coup de l’émotion.
Je crois en tout cas que tu devrais vraiment faire ton examen de conscience, Chris. Considère vraiment ce que tu as fait, et ne laisse pas ton subconscient trouver des justifications à tes erreurs.
J’aurais encore milles choses à dire, mais qui sortiraient sans doute plus facilement dans une discussion. D’autant que plein de choses restent malgré tout obscures pour moi dans tes motivations et dans tes états d’âme.
Je m’arrête donc là pour le moment.

Rosedray · 4 avril 2012 à 8 h 12 min

Bonjour,
J’ai beaucoup aimé votre article sur le cimetière des éléphants. C’est effrayant de savoir que de tels endroits existent. J’aimerais en savoir plus sur ce sujet, ça me passionne. Cependant, le site de Mediareporter ne fonctionne plus, je ne peux pas accéder à votre reportage, et j’aimerais énormément le lire. Existe-il un autre moyen d’y avoir accès ? L’avez-vous publié autre part ?
J’ai dix-sept ans et je suis partie deux mois au Chili l’été dernier par l’assiociation AFS. Depuis, je rêve de retourner en Amérique Latine.
Continuez à voyager, votre métier à l’air passionnant !

En espérant pouvoir lire votre reportage.
Rosedray

marine · 25 avril 2012 à 15 h 09 min

salut chris,
je viens de lire ton article sur le cimetiere des elephants. je l ai trouvé fantastique, tres bien écrit, avec beaucoup d emotions mais aussi beaucoup de pudeur. Cest une bolivienne qui nous a conseillé de te lire, en classe d´antropologie / je fais ma premiere annee master á la paz/ une petite brune avec des piercings. j ´avais deja entendu parler de toi et ton projet, avec zellidja / jai moi aussi été laureate/, et je suis contente pour toi qu´il fonctionne, ton idee est vraiment original, t´as beaucoup de mérite.
si j´amais tu repasses par la paz, fais moi signe. bises et désolée pour la syntaxe, foutu clavier qwerty, aprés 7 mois, toujours pas trouvé le truc.

Tearofangel · 30 juillet 2013 à 6 h 37 min

Moi pour ma part j’ai bien aime ton article (je dis pas que je suis une sadique hien X.x) En faite ce qui me plais c’est ta façon d’arriver a te detacher de tes sentiment c’est lui qui a voulus ceci et pas toi qui la forcer et puis certaine personne diront qu’ecrit sa de ta part était pas une bonne chose pourquoi AURIEZ VOUS PEUR? peur de ce qui ce passe ailleur ? C’est un fait c’est réel. Je pense qu’importe la douleur il faut vivre sa vis au jour le jour.. meme si personelement sa menuie XD il y a des gens pour qui la mort et une solution beaucoup vont trouver sa lache… Pourtant le plus dure c’est de metre fin a sa vie.. surtout si on a des lien .. Une famille qu’on aime qui son la pour nous .. Meme avec sa on peu avoir envie de mouri et c’est pas a vous de juger ci ce qu’il a fais en tent que journaliste confirmer ou meme debutant etais bien ou mal .. Mais a lui de se forger sa propre opignon.
ET pour votre part Certaine Personne non aucune reaction a la mort d’une personne pas specialment qu’elle sont insensible ou sens coeur … Juste parceque elle son comme sa elle peuvent pas pleurer ou elle veux pas .. PUIS SOURIR REND POUR BEAUCOUP LA VIE PLUS FACILE
Et le gens Carpe Diem hien (au jour le jour) c’est comme sa qu’il faut vivre car chaque jour peuvent etre le dernier

Anne · 5 mars 2014 à 10 h 09 min

MOI MOI MOI MOI MOI MOI MOI…Chris tu es omnibulé par ton MOI. Tu considères que tu as fait ce qu’il fallait parce que tu as écouté cet homme pendant 16 heures. Mais dans ton article, il n’y aucune compassion et dans tes commentaires, il n’y a que TOI TOI TOI TOI TOI TOI et la recherche d’une certaine notoriété.
J’espère que c’est ton jeune âge qui explique cela.

Yohann · 18 mars 2015 à 7 h 34 min

Coucou la compagnie et surtout toi Chris.

Au depart g cherché un plugin sur mon blog de tour du mon de et g tombe sur cet article. SILENCE. G tout lu et il m’a beaucoup plus. G été plusieurs fois en Bolivie et g ne connaissais pas l’existance de ces lieu du coté de La Paz.

G’adore lire les commentaires et g été foudroyé par les commentaires assassins que tu as recu. Mais pour que les gens se prennent pour te juger mais encore pire pour juger la personne qui desire mourrir.

Il a eu beaucoup de chance de tomber sur toi, tu etais comme son ange g’en suis persuadé. Il voulait le faire, il attendait le moment mais en attendant sa vie a due etre un enfer. Quand tu es dans un pays pauvre ou l’ascenseur social n’existe pas ou tu es seul, peut etre que c’est la seule solution. Et ni toi ni moi devont juger la personne!!

CHAPEAU…tu as bien fais, tu es resté avec jusqu’au bout…il n’est pas partie seul.

Yohann
http://yoytourdumonde.fr

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