En immersion au Tennessee, « soundtrack of America »

Aux Etats-Unis, la musique est partout. On sait que les chanteurs américains, de pop, de jazz, de blues, de tout, de n’importe quel genre, qu’ils soient Dylan ou Beyoncé, dominent souvent les Top 50 du monde entier – et le premier réflexe qu’on a souvent, face à cette réalité, est de dire d’une façon un peu condescendante : « encore un signe de l’impérialisme US ». Ce non-choix nous serait imposé ; nous serions prisonniers asthéniques, bras baissés face à l’hégémonie de la culture yankee. Si les chanteurs français chantaient en Anglais ; si les petits musiciens hongrois avaient accès à des réseaux de distribution aussi importants que leurs homologues des bars newyorkais ; eux-aussi, apparaitraient forcément dans les charts mondiaux de façon plus systématique.

En voyageant aux Etats-Unis, et plus précisément dans le Tennessee, je me suis rendu compte à quel point nous nous trompons sur les raisons de leur hégémonie musicale. Que nous sommes loin de nous rendre compte de ce qu’est, de ce que représente, vraiment, la musique, pour un Américain.

L’Américain moyen n’est pas un plouc

Evidemment, mon voyage n’est représentatif de rien ; « l’Américain moyen » n’existe pas. Mais, au fil des 15 000 km qu’il aura été nécessaire de parcourir dans seize Etats différents, la musique était partout. Dans les écoles maternelles – où le système éducatif américain pousse un instrument de musique dans les mains de chaque bambin. Dans les rues – où les musiciens de rue sont légions, et jouent leurs propres compositions dans l’espoir d’accrocher un public, un producteur, un youtubeur. Dans les bars, les cafés, les restaurants, qui accueillent très souvent des artistes de tous genres. Dans les voitures – radio, podcast, Spotify – où l’on passe beaucoup, beaucoup de temps lorsqu’on est aux Etats-Unis.

Johnny Cash Museum Nashville

Le musée Johnny Cash de Nashville

La musique était partout ; et celle qui arrivait à nos oreilles était souvent de bonne qualité. Peu de pop, beaucoup de folk, du rap et du hip-hop dans les villes les plus grosses, du bluegrass et beaucoup, beaucoup d’Americana (Johnny Cash, John Fogerty, Bob Dylan, Neil Young, etc) dès qu’on se retrouvait dans des villes à taille humaine.

Quelques raisons qui expliquent l’hégémonie musicale américaine

Voici donc, à mon humble avis de « personne qui n’y connaît pas grand chose mais essaie de s’y intéresser », quelques raisons qui expliquent l’hégémonie musicale américaine :

– Aux Etats-Unis, l’éducation à la musique comment très tôt, et se poursuit tout au long du parcours scolaire des enfants. On les initie et on les sensibilise à la musique dès leur plus jeune âge, et de nombreux parents essaient de pousser leurs gosses à devenir très intimes avec un instrument qui leur plaît. Avec parfois les travers qui vont avec : pression pour jouer d’un instrument qui plait peut-être plus aux parents qu’aux enfants (coucou piano et violon), esprit de compétition exacerbé qui fait des enfants-artistes un objet de fierté qu’on exhibe, etc.

– Le marché des instruments d’occasion est très, très abondant. On trouve des guitares acoustiques à la pelle, à des prix ridiculement bas (20€) pour des instruments qui tiennent tout à fait la route, mais aussi d’autres instruments moins « courants » (clarinettes, trompette, tubas, etc), à des prix ridiculement bas comparés à ceux qu’on trouve en France ou ailleurs

– Il existe de nombreux endroits où tout-un-chacun peut venir jouer ses propres compositions. Les bars et les cafés, certes, mais aussi des centres municipaux qui organisent, toutes les semaines, un « open mic » (micro ouvert) où n’importe qui peut s’inscrire ; dans la rue, dans les théâtres, bref, partout, sans que les mauvaises performances ne soient conspuées comme on pourrait se l’imaginer. Toutes les fois où j’ai entendu de mauvais artistes, ou de mauvaises chansons, tous les auditeurs faisaient preuve d’un certain respect, encourageaient les piètres performances en leur disant : « ok, c’était cool, mais tu devrais peut-être faire un peu plus ci, un peu moins ça« . Bref, on encourage les gens à tenter, à oser, à essayer, plutôt que de les moquer et de les décourager dès le départ.

NashvilleGooGooShop

Un resto/café/bar retro de Nashville

– Les textes ont une importance fondamentale. C’est presque comme si l’accompagnement musical passait au second plan, n’était qu’un support à des mots, à des paroles, à une voix qui s’exprime sur ce qui l’importe. Or, parce que nous ne sommes pas forcément bilingues, parce que les « lyrics » en Anglais ne sont pas forcément faciles à comprendre lorsqu’on est Français, on a tendance à les faire passer au second plan. Ce qui va nous plaire dans une chanson en Anglais sera d’abord le son, le rythme, la mélodie, le tempo, mais pas ce que racontent le chanteur ou la chanteuse. Pour les Américains (que j’ai rencontré), c’était le contraire : on juge d’abord ce que raconte le mec et, si c’est complètement inintéressant, on passe à autre chose. C’est l’une des raisons pour lesquelles, par exemple, le groupe Muse a eu autant de mal à avoir un véritable succès aux Etats-Unis. Dans la musique de rue, dans les bars, dans les centres communaux, c’étaient de vrais morceaux de vie, poignants, qui nous étaient livrés, de façon parfois crues, parfois brutalement honnêtes, mais toujours bourrés de vérité.

– La musique est partout. Les oreilles américaines sont constamment infusées de sons, de musique, de notes, de tous genres possibles et imaginables. Ca stimule forcément la créativité – ou développe certainement un certain sens du « ça devrait pouvoir commercialement marcher si je me base sur tout ce qui a marché ces dernières années ».

– Toutes ces raisons sont bien belles, mais le TOP 50 US ne nous dirait-il pas le contraire ? De la bonne musique, des paroles de chanson renversantes, vraiment ? Peut-être que je m’enflamme. Mais je vous invite aussi à jeter un œil au TOP 50 français et à vous demander si cette petite sélection représente vraiment ce que vous aimez, ce que vous écoutez tous les jours …

Le Tennessee, « soundtrack of America »

Alors, dans tout ça, qu’a donc le Tennesse de particulier ? Pourquoi avoir osé mettre comme adage officiel que l’Etat se proclame « bande son de l’Amérique » ? Pourquoi Nashville, la capitale d’Etat, exerce-t-elle une aussi grande fascination ?

NashvilleCenter

Le centre-ville touristique de Nashville

D’abord parce que l’Etat a joué un rôle fondamental dans le développement de la musique populaire américaine. C’est au Tennessee que sont nés le Rock&Roll, le blues, la musique country. C’est au Tennessee qu’ont vu le jour Elvis et Johnny Cash ; c’est à Nashville que se trouve l’une des écoles de musique les plus prestigieuses du pays ; qu’on y trouve certains des meilleurs studios d’enregistrement au monde. C’est également là que Dolly Parton vit, et que Dollywood existe (si vous ne connaissez pas Dolly, eh bien, sachez qu’elle est aussi emblématique pour les Américains que peut l’être Céline Dion pour les Canadiens et les Francophones du monde entier – un mélange de fierté, d’admiration, associés à une petite touche de désuétude et de ridicule).

« Pour les fans de musique country, un voyage à Nashville est comme un pèlerinage » écrit le Lonely Planet. « N’importe quelle chanson parlant d’un pickup-truck, d’une bouteille d’alcool, d’une femme partie sans laisser d’adresse ou d’un vieux chien bâtard disparu et beaucoup pleuré, a toutes les chances d’avoir été écrite à Nashville ». Je n’ai jamais lu un truc aussi juste dans un guide de voyage.

Et il faut s’y balader, à Nashville, pour apprécier tout ce que je viens d’écrire depuis le début de cet article. Nashville – l’une des villes les plus kitsch qu’il m’ait été donné de visiter, où les décors en carton pâte sont légions, saloon du far-west version Disneyland ou citations de Johnny Cash peintes, en très grand, sur les murs des bâtiments. Des guitares géantes, beaucoup de néons, de couleurs vives ; et des musiciens dans TOUS les bars/restaurants/cafés de la ville. Oui, TOUS.

Nashville Parthenon

A Nashville, on trouve une réplique du Parthénon grec, grandeur nature. Oui, cette ville est bien la capitale du Kitsch.

Mais Nashville est une ville qui se décrit avec ses oreilles et ses tripes. Alors, je pourrais vous raconter les nuits du Station Inn – plus qu’un bar, une institution musicale où les musiques lives qui s’y jouent, souvent improvisées, feront bondir le cœur de tout amoureux de musique acoustique. Je pourrais parler du musée Johnny Cash, du Country Music Hall of Fame & Museum « qui reflète l’importance quasi biblique de la country pour Nashville », de la Music Valley ou des santiags et des chapeaux de cow-boy qu’on trouve – et qu’on porte ! – un peu partout dans la ville. Mais, pour être honnête, c’est trop dur à retranscrire avec des mots alors, je vous laisse avec quelques derniers morceaux dont je suis tombé amoureux, entendus à Nashville, et emportés à jamais dans mes valises.

1Comment
  • Leslie
    Posted at 22:03h, 14 février Répondre

    LOL Dolly Parton, j’ai jamais compris pourquoi mais j’étais fan d’elle enfant, quand ses films passaient à la télé -et oui je rêve secrètement d’aller à Dollywood ^^
    Mais plus sérieusement c’est une région des États Unis que j’aimerais vraiment découvrir, un tout autre monde que celui que je connais de la côte est!

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