Pianotrip – voyager en Europe avec un piano

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Pianotrip – voyager en Europe avec un piano

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Pianotrip, c’est « quelque chose de simple dans une époque compliquée ». Un simple piano, trimballé par deux zigotos un peu partout en Europe, entre 2010 et 2011, un piano sur lequel Lou Nils jouait, au milieu d’un champ d’oeillets portugais, dans un couloir souterrain hongrois, dans une maison slovène en ruine, ou sur les petits ponts de Venise – et Christophe Clavet regardait, écoutait, photographiait, gardien du triporteur et du vélo sur lesquels ils allaient « croiser réalités et imaginaire, rendre possible l’impossible, de manière ‘sur’réaliste » – pour reprendre leurs propres mots.

Je les ai découverts au festival du Grand Bivouac d’Albertville 2012 – dans une petite salle où s’entassaient une centaine de personnes. On s’attendait tous à voir, une conférence, un diaporama, un film, peut-être, un film de voyage comme on en voit des centaines aux festivals de voyage ; mais c’est un vrai spectacle de saltimbanques qu’ils nous ont sorti, à mi-chemin entre le ciné-concert et le théâtre. Lou, assise sur son piano face au public, sans prévenir, commence à interpeller Christophe à l’autre bout de la salle. Il répond ? Elle parle. Un mini-monologue, sur les raisons d’un départ, pour aller voyager « en bas de chez-soi » plutôt qu’à l’autre bout du monde.

Et ce chez-soi, c’est l’Europe.

On embarque, elle joue – d’une façon épatante, malgré les quelques fausses notes provoquées par le stress – et les photos projetées au diapo virevoltent, portées par les notes d’une reprise, d’une impro, de Sati ou de Radiohead, accompagnent deux zigotos à vélo sur les bords d’Annecy, puis sur les routes de l’Italie.

Une crevaison. Les notes graves qui font dramatiquement: « todoooom ». Les aléas du voyage, déjà. Et ses merveilles, lorsque la solidarité, l’hilarité, l’amabilité des Italiens pointe le bout de son nez pour aider Chris et Lou. « Ce voyage n’aurait jamais pu avoir lieu sans l’aide de tous les gens qu’on a pu rencontrer sur la route » – c’est déjà vrai lorsqu’on a qu’un sac à dos alors, imaginez-le avec un piano. Solidarité humaine, solidarité européenne.

France, Italie, Grèce, Bulgarie, Roumanie, Hongrie, Slovaquie, Slovénie, Autriche, Maroc, Espagne, Portugal – le pacte de création a duré 19 mois, pendant lesquels ont vécu des actes musicaux en apparence éphémère, mais éternels dans la mémoire de ceux qui les ont vécu de l’intérieur. Les passants, les gens, les hôtes et les curieux, les touristes, les pigeons, les routards et les vaches – certains passaient l’indifférence, d’autres étaient l’exultation, le bonheur fugace, éberlués, ou simplement hostiles au piano – symbole européen mais, aussi, symbole d’une certaine bourgeoisie, d’un certain milieu, d’un monde qui écrase sans jamais regarder sous la semelle.

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« S’il y a des rêves faits pour dormir, il y a ceux pour rester éveillés »

« On voulait se bouger, pour aller voir autre chose qu’une crise économique congelée ». Ils avaient déjà parcouru l’Asie, l’Afrique, des bouts du monde en solitaire ou à deux; mais c’est l’Europe qu’ils ont choisi pour se balader à piano « sans jamais s’imposer, juste en proposant, tout en se réalisant ».

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Lou et Christophe ont même joué sur Mars, grâce à un partenariat avec la NASA.

Croiser la réalité européenne actuelle dans l’action spontanée de placer un piano là où on ne l’attend pas, c’est peut-être ce qui se rapproche le plus de la construction d’une identité européenne. A l’heure où l’UE sert volontiers de bouc-émissaire, de coupable technocrate, d’institutions incompréhensibles qui dicteraient leurs lois sur tout un chacun, eux, construisent quelque chose qui relève de l’émotif, du sensible, intangible mais réel.

Comme aux débuts de l’idée européenne – c’était un idéal, et un rêve, construits sur des choses impossibles. L’envie d’un futur commun, des projets d’avenir, la rencontre des autres et les destins emmêlés ; et Lou, qui dit qu’elle n’est qu’une jeune, dans cette vieille Europe toujours en train de se regarder le nombril et toujours à regretter le passé; ou à anticiper le futur.

L’Europe, jamais inscrite dans le présent – alors, quand est-ce qu’on vit ? Le manque de spontanéité, l’obsession des cadres, des réglements, des programmes et des châssis – alors, quand est-ce qu’on rêve et qu’on invente nos envies ?

Pianotrip, c’est un vélo qui parcourt l’Europe en quête d’instantanés inoubliables auxquels certains se raccrocheront pour dire qu’il y a, finalement, un langage et des codes suffisamment communs aux Européens pour qu’ils soient capables de ressentir la même chose en écoutant Lou jouer. Pianotrip, c’est un cri de vie sublimé pendant les 50 minutes de leur spectacle – où se respire l’amour que tous les trois ressentent les uns pour l’autre, et cet amour de leur pays et de ses 500 millions d’habitants.

Au sein de l’Union Européenne, on raisonne beaucoup trop. Ce piano, il sonne. Et la salle, conquise, leur rend une standing ovation de dix minutes.

« Il y en a qui posent des questions, d’autres des bombes, du carrelage, des conditions. D’autres encore, un problème, des décors, des ultimatums, des ongles. Y’en a même qui posent tout court. Nous dans ce monde, on pose un piano. »

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Aujourd’hui, Lou et Christophe recherchent des maisons d’éditions, des salles de spectacle, des endroits où continuer à balader leurs tripes et leur piano. Pour les contacter:

http://www.pianotrip.com/

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Prix Jeunesse en Action (Commission Européenne)
Prix Défi Jeune (Ministère Jeunesse et Sport)
Prix Paris Jeunes Aventure (Mairie de Paris)
Bourse SPB Aventure (Guilde Européenne du Raid)
Prix Jeunes citoyens du Monde (Région Rhône-Alpes)
Bourse Jeunes citoyens du monde (Conseil général de Savoie)
Bourse « Jeunes voyageurs » (Club Teli)
Lauréat du concours photo européen « Tool Fair »
Résidence artistique à Idanha a Nova (Portugal)

3 Comments
  • audrey
    Posted at 17:42h, 30 novembre Répondre

    J’avais suivi leur voyage! Merveilleuse idée! Ca m’avait aussi rappelé une idée de voyage expérimental, qui consistait à faire du stop avec un objet encombrant (frigo, violoncelle…) sur de longues distances…
    c’est chouette que tu les aies vu au grand bivouac, je serais vraiment bien venue! bises! on se voit bientôt? t’es pas venu finalement au swing bretelles!

  • Curieuse Voyageuse
    Posted at 04:14h, 04 décembre Répondre

    Très chouette article, qui donne une seule envie: croiser leur chemin!
    Curieuse Voyageuse Dernier billet publié : Rêve de dunes #3 Le bivouac dans le désertMy Profile

  • Catherine McIntyre
    Posted at 19:32h, 13 janvier Répondre

    Nous avons eu la joie de les rencontrer a Saintes, sur les bords de la Charente, nous nous sommes plu et ils Sont Venus poser leur piano dans Notre petite Ville St-Jean d’Angely !
    Une rencontre magique, inoubliable

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