Le Blog du Voyage | [Reportage] L’histoire du miroir honni de Viganella (Italie)
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[Reportage] L’histoire du miroir honni de Viganella (Italie)

11 Juil [Reportage] L’histoire du miroir honni de Viganella (Italie)

L'entrée d'une maison de Viganella. Ses occupants sont manifestement pro-européens ; et, en Italie, ça semble rare.

L’entrée d’une maison de Viganella. Ses occupants sont manifestement pro-européens ; et, en Italie, ça semble rare.

C’est l’histoire d’un miroir dont personne ne voulait.

Un miroir géant de 40 m2, perché depuis 2006 sur les hauteurs du village alpin de Viganella (Vallée d’Antrona, Piémont italien) à 1100m d’altitude, et imaginé par le maire du village, Pierfranco Midali.

Positionné à une centaine de mètres au-dessus du centre du village, ce miroir est censé offrir le soleil à un peu moins de 200 personnes qui en manqueraient. « Du 11 de Novembre jusqu’au 2 Février, le soleil n’atteint pas le pays, parce qu’il est caché par la Colma, la montagne qui fait face au côté opposé de la rivière Ovesca » écrit un journal italien.

« Face à ce problème centenaire, Pierfranco Midali, alors maire en 2006, eut une idée qui a depuis changé la vie de cette commune peuplée d’un peu plus de 200 âmes. Il fit installer un miroir géant pouvant réfléchir les rayons du soleil sur une montagne avoisinante » écrit Futura-sciences. « Un village italien sorti de l’ombre ! » dit-on avec emphase à la télévision.

A l’époque, et encore régulièrement, les médias du monde entier s’agglutinent donc à Viganella pour louer cette solution alternative et ingénieuse. La BBC, Libération, Al-Jazzera parlent de ce petit village perdu au nord de l’Italie. On pense appliquer cette solution aux centre-ville, aux villages isolés de l’Asie, aux pays scandinaves qui souffrent de la nuit permanente en hiver. On s’extasie sur les six heures de soleil que procurerait le miroir au centre du village, et du soulagement supposé de ses habitants.

Sauf qu’il n’en est rien.
Sauf que tout ça, c’est du pipeau.

Le miroir de 40 m2 de Viganella, tout en haut de la montagne

Le miroir de 40 m2 de Viganella, tout en haut de la montagne

Le village censé être « à l’ombre et au froid » durant l’hiver, n’est qu’un « peu plus joli » grâce à ce miroir selon un villageois de 67 ans. Un embellissement qui aura coûté 99 900 € – ça fait cher payé l’embellissement de la commune, seul changement noté par ses quelques deux cents habitants. Le miroir est devenu, pour eux, un sujet de plaisanterie ; la source d’un rire jaune mi-figue, mi-raisin. Un rire qu’on partage volontiers lorsqu’on sait que la moitié de ce coût a été pris en charge par le fond au développement régional de l’Union Européenne.

Certes, il y a eu un engouement médiatique. Mais celui-ci relevait davantage de la curiosité, de l’insolite, de l’amusement ; le genre de nouvelles qu’on lit de façon incrédule, mais qui ne pousse pas un chaland à venir investir ou s’installer dans un village que tout le monde déserte pour des raisons tout à fait différentes : le chômage, l’ennui, la fermeture des infrastructures publiques, des écoles, du bar. « Fermer le bar d’un village ! C’est ça, la vraie tragédie ! » se désole Eligio, un retraité de 85 ans.

« Le soleil est revenu » disent les médias ; « bof, ça n’a rien changé » disent laconiquement les villageois de Viganella et des alentours que nous avons croisé. Nos guides parlent d’argent gaspillé, d’un coup médiatique du maire, et d’œillères, face aux réels écueils au développement de la vallée d’Antrona où le tourisme, pour l’instant, ne fait vivre qu’une demi-douzaine de personnes. « C’est pourtant ce que nous avons de plus intéressant à offrir pour développer notre pays » me confiera Erika Colombo, une guide touristique de 36 ans vivant près de là. « Les 99 900 € auraient pu servir à développer les infrastructures touristiques dont nous manquons cruellement« . A Viganella, les WC sont encore des toilettes à la turque.

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