L’histoire de la veuve noire de Rio

16 août 2012 12 h 10 min

rio de janeiro

A Rio de Janeiro, j’ai rencontré Larissa – jolie fille lassée des hommes, des larmes, et des crochets rouillés. Elle est Brésilienne, tout aussi belle qu’une mélancolie d’amour et, lorsque je l’ai vu pour la première fois, elle se déshabillait dans un parc public. A la vue des hommes, sans gêne, seule au monde, la peau tannée par le soleil et les désirs. La peau tannée, le regard rieur, la crinière de jais, les courbes dodelinantes ; belle et voluptueuse.

Elle me dira qu’elle s’en moquait. Elle, libre, séductrice, jeune, ne jouait qu’avec le photographe – pose nue pour des magazines de charme, elle, qui a le regard des enfants rieurs qui ne comprennent pas les bêtises qu’ils viennent de faire, elle, qui me dira qu’elle était lassée, lasse des hommes, des larmes et des crochets rouillés, à vouloir exister seule, sur les pans d’un mur, maniant la frustration avec la classe des meilleurs spadassins, capable des pires malices pour trouver un vol en direction du plaisir.

Et moi qui suis là. Et moi qui la regarde, dans les jardins du Musée d’Art Moderne de Rio, de loin, comme des dizaines d’autres qui rient, qui s’étouffent, gueulent des mots salaces et m’inspirent le dégoût, le mépris, l’aversion la plus profonde. Au milieu des animaux, j’ai honte d’être né homme – mais le plaisir de voir Larissa nue …

J’avance. Doucement, j’essaie de dompter le méchant regard que me décoche le malabar engagé pour protéger Larissa des gens, à défaut de la protéger des regards qui s’approcheraient de trop près. Je lui bafouille en Portugais de gros mensonges, je me fais passer pour un photographe réalisant un portrait photo du Brésil contemporain. Il ne me croit pas, me montre ses muscles ; je lui montre mon gros reflex, mon gros téléobjectif, ça le calme, ça l’impressionne, et j’engage la conversation avec le photographe, et avec Larissa – version de charme du métissage national.

Entre deux jambes écartées, ils me parlent de la beauté des corps brésiliens, de cette obession qu’ont les habitants de Rio pour sculpter leur apparence physique et se voir rayonnant de muscles, de soleil et de santé. Nous sommes les plus beaux Terriens de cette planète, et peut-être qu’ils n’ont pas tord ; nous ne sommes pas les plus riches ni les plus heureux mais nous sommes les plus beaux, et ça nous rend joyeux, festifs, lascifs, à s’envoyer en l’air afin de profiter de ces beaux corps à foison, afin de vivre cette « passion » que nous avons dans le sang, cette passion qui nous rend si célèbres, si charmeurs, dans le monde entier. La joie de vivre, la bonne humeur, la chaleur des Cariocas, la générosité physique qui vous éclabousse et vous englue dans la ville de Rio.

On parle, on parle, je mate un peu, on parle, on parle, et ils m’invitent à venir danser dans un baile funk de la Rocinha le soir même, dans les favelas, pour mon dernier soir au Brésil avant un vol à destination de New York.

[…]

Le funk carioca. Un tempo rapide, de l’humour, parfois des revendications sociales ou politiques, beaucoup de sexe, l’éloge de gangs, des remixes à la pelle. Chaque fin de semaine, plus de 400 baile funks qui éclatent et se fanent dans les favelas de Rio. Plus de 2000 personnes en moyenne dans chacun d’entre eux et la recette des droits d’entrée, qui va souvent dans les poches de gangs comme le Comando Vermelho.

On s’agglutine et on se dandine ; des corps, partout, qui dansent et qui se frottent, se collent, s’arrachent et s’agrippent avec une fureur lascive, indécente et baveuse, les corps qui se décollent et s’évanouissent dans la pénombre et dans les chambrées de la ville, sensuels, les corps qui sautent, tressautent et se déhanchent avec bestialité, volupté, immense bordel rythmé par le bruit sourd et colérique des basses et des sonos. Les filles dansent, le cul retourné dans tous les sens, attirant des hommes de toutes les classes et de tous les genres, qui n’ont qu’à venir se coller derrière elles en se frottant, un coup, deux coups, avant d’approcher le visage et tenter d’emballer. Et quelques fois, ça ne marche pas …

Et moi, qui danse avec Larissa, toute la nuit, avant d’être invité chez elle.

[...]

« J’ai quelque chose que tu vas adorer … »

Il est 5h du matin et le fantasme prend vie. Une Brésilienne ! Les filles les plus chaudes et les plus sexy de la Terre ! Des êtres tellement parfaites qu’elles se baladent en string dans les rues, ou se déshabillent dans les parcs publics sans complexe ni gêne ! La chaleur des cariocas, leur romantisme, leur sensualité ! J’envisage tous les scénarios, je deviens fou, je vais adorer …

… regarder avec elle l’épisode final de la telenovela la plus populaire du moment. Il est 5h10 du matin, et je suis avachi dans un canapé avec la Brésilienne la plus sexy du pays, à regarder l’épisode final d’une série télé qui a tenu en haleine le Brésil tout entier durant ces neuf derniers mois – putain de ‪Corações Feridos‬.

[…]

C’est fini. Elle pleure, elle rit, elle se jette sur moi, on fait l’amour et elle prend son pied. Pas moi.

« Tu peux partir, maintenant ».

Pardon ? Déjà ? Comme ça ?

« Ben oui, on a fini ce qu’on avait à faire, j’aimerais bien dormir un peu avant d’aller déjeuner avec ma copine. C’était sympa ce ficar, on pourra recommencer si tu veux ».

Ficar, c’est « être libre », sortir avec quelqu’un sans engagement, une nuit, trois semaines, trois mois, c’est comme ça que commenceraient la plupart des relations au Brésil. Pas de fidélité promise, pas de barrière, on est libre, sans contraintes, et on prend son pied avec qui on veut.

Et Larissa, lassée des hommes, des larmes, et des crochets – ça lui plait, de ficar, de pouvoir m’abandonner, largué, consommé, jeté, sans aucun respect pour mon égo de mâle. Malheureuse et croqueuse, en attendant de trouver le bon – qu’elle espèrera reconnaître, en ne le mettant pas tout de suite dans son lit.

[Note : malgré la narration à la première personne, ce n'est pas moi qui ai vécu cette histoire]

[Pour en savoir plus sur la sexualité au Brésil, trois histoires de fille très intéressantes sur Libévoyage ici]

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