Hakodate a été la première étape de mon voyage à Hokkaido.

Hakodate (函館市), c’est la troisième ville de l’île de Hokkaidō, après Sapporo et Asahikawa. Pendant longtemps, la ville a été l’unique porte d’entrée au Japon pour les étrangers – même avant que l’amiral américain Perry ne force le Japon à s’ouvrir au commerce avec les étrangers en 1854 (en disant, grosso modo: « ouvrez vos ports ou on vous bombarde avec nos canons! »). De fait, on retrouvera dans toute la ville des traces de cette ouverture au monde dans l’architecture, la cuisine, les paysages.

La vue sur la ville à la tombée de la nuit, depuis le Mont Hakodate, est un des plus beaux panoramas nocturne au Japon; et l’un des plus célèbres parait-il, à cause du bras de terre reconnaissable entre mille.

Hakodate : balades, poissons et fruits de mer

A mon arrivée à Hakodate, je ne connaissais rien du Japon – malgré une nuit passée en transit à Tokyo, à me balader à Shinjuku et à m’étonner devant le silence qui règne dans les transports en commun.

Mes trois comparses et moi-même avons été accueillis « à la japonaise », c’est-à-dire cueillis à l’aéroport avec une énorme banderole nous souhaitant la bienvenue à Hokkaido, immédiatement suivi d’un échange de cartes de visite (« Meishi »). Donner et recevoir sa « meishi » est un rituel très codifié et beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses passent à travers cet échange de formalités. Votre interlocuteur japonais se fera sa première image de vous à ce moment-là – sachez cependant que les Japonais sont assez tolérants avec le manque de connaissances et de « savoir-vivre » de certains Occidentaux, et qu’ils ne vous tiendront pas rigueur de ne pas connaître toutes les subtilités de leurs us et coutumes. En revanche, si vous prenez le temps d’apprendre celles-ci, de les intégrer, de les comprendre et de les appliquer, vous gagnerez leur respect. Accessoirement, je trouve qu’il est normal d’essayer de faire comme les Japonais lorsqu’on se trouve au Japon.

Un accueil très Japonais: l’échange de cartes de visite (Meishi)

Si vous voyagez au Japon, baladez-vous toujours avec quelques cartes de visite (en Anglais, avec la traduction de votre nom en Katakana si possible). Et, si vous devez procéder à un échange, voici le petit rituel à suivre :

– En faisant une petite courbette (plus vous vous courbez, plus vous marquez votre humilité/infériorité), tendez votre carte de visite en la tenant à deux mains, avec le pouce et l’index, de sorte que votre interlocuteur puisse lire votre nom lorsque vous la tendez
– Dites « hajimemashite » (« Heureux de vous rencontrer »)
– Laissez-le lire votre nom
– Prenez sa carte de visite à deux mains, toujours avec le pouce et l’index, en (re)faisant une petite courbette
– Portez la carte de visite à hauteur de vos yeux, en lisant tout haut son nom et sa fonction/son travail si c’est pertinent
– Dites « douzo yoroshiku onegai itashimasu » si vous le pouvez. C’est la formule rituelle pour conclure les présentations

Quelques petites subtilités à connaître :

– L’échange de cartes de visite a ENORMEMENT de fonctions pour les relations sociales au Japon. Être en possession du Meishi de quelqu’un, c’est comme posséder une clé qui vous ouvre les portes d’un carnet d’adresses, d’une entreprise, d’un partenariat, d’un monde qui vous restera toujours fermé si vous n’y êtes pas introduit d’une façon ou d’une autre.
– Accessoirement, ce petit rituel a également pour but de « briser la glace » entre deux personnes. Le moment de l’échange de meishis est un moment où vous devriez faire quelques petites remarques sur la carte de visite de votre interlocuteur, de sorte qu’il ait un ou deux sujets de conversation sur lesquels partir s’il souhaite s’entretenir plus longuement avec vous
– De même, si vous savez d’avance que vous souhaitez en savoir plus sur la personne qui vous tend sa Meishi, vous devriez faire quelques remarques sur sa carte de visite lorsqu’il vous la tend

Evidemment, je ne suis pas un expert sur le Japon et je n’y ai voyagé qu’un mois, mais ces conseils m’ont été très utiles. Si vous souhaitez en savoir plus sur l’échange de Meishi, je vous invite à vous procurer le petit guide des usages et coutumes de Paul Norbury, qui m’a été précieux. Le Guide du Voyageur au Japon Kotchi Kotchi, qui est aussi un guide de voyage, est également bien fait, bien que plus succinct.

Des bières et des balades

Nous avons ensuite été conduits au Hakodate Beerhall pour le déjeuner. Contrairement à ce que pourrait laisser présager le nom de l’établissement, la carte n’offre pas un choix mirobolant de bières. Il s’agit surtout d’un restaurant construit dans la première brasserie de Hakodate et, si le lieu est magnifique, j’ai été un peu déçu par la qualité de la nourriture et par le côté kitsch des serveuses en tenue bavaroise. Au niveau des prix, vous aurez un plateau de Chirashi-Sushi pour 2300 Y, un bol riz + fruit de mer de votre choix (crabe, œufs de saumon, pétoncle, ou les trois en même temps) pour 750 Y, un Nabe pour 1100 Y. Si vous souhaitez vraiment goûter une bière maison, la Kaitakushi est une pilsner qui laisse une légère amertume en bouche et l’Akarenga est une bière légère aussi bien en goût qu’en teneur d’alcool.

Le Hakodate Beerhall a également l’avantage d’être situé sur le front de mer, en face des burgers du célèbre Lucky Pierrot, près du port et des jolis entrepôts de brique rouge (Kanemori Red Brick Warehouse). A l’intérieur, vous y trouverez de nombreuses boutiques de souvenirs.

Motomachi

Motomachi

Plus intéressant, nous sommes ensuite allés nous balader à Motomachi, un quartier assez unique au Japon où vous verrez, au même endroit, se côtoyer des maisons traditionnelles japonaises, des bâtiments de style colonial, trois églises (orthodoxe, protestante, catholique), un temple shinto, un mémorial chinois ou encore l’ancien consulat britannique. Certaines maisons intègrent même plusieurs styles à la fois: un rez-de-chaussée japonais, et un étage au style occidental. La balade est rapide (environ 1h30 en prenant son temps) et nous avons ensuite fait un petit tour au Hakodate Museum of Northern Peoples. La partie la plus intéressante sont les douze tableaux représentant le mode de vie des Aïnus chaque mois de l’année. En revanche, attendez-vous à les voir représentés comme de « bons sauvages » – l’ethnologie n’est pas le point fort du musée, et les objets de la collection sont présentés comme des curiosités.

Enfin, un petit tour à la Tour Goryokaku nous a permis d’avoir une superbe vue nocturne sur le très beau parc Goryokaku, que nous avons visité le lendemain.

There are still hidden gems in the world for Western and South American travelers. And there is no doubt that #Hokkaido, the northern island of #Japan, is one of them. Especially during winter. Imagine Ireland covered with 20 actives volcanos, and imagine yourself skiing on top of them, watching the Pacific Ocean and snowy mountains at the same time. Endless forests with swarming wildlife – bears, foxes, deers, the famous tancho cranes … – and hot springs popping up every now and then. Volcanic lakes steaming with sulfur, drifting ice that you can ride – and, right in the middle of them, Japanese culture and gastronomy at their climax. Cities that you couldn't find anywhere else in the country – memories of 1868, crossroads of Western influences and Japanese pride. I will be discovering the island during all February, starting in #Hakodate – the first place in Japan whose port opened to foreign trade and influence in 1854. Follow me in this journey, and you'll understand how idiot we were, to know nothing about Hokkaido (only 20 000 Europeans visit the island per year). #GoryokakuTower #japantrip #japanfocus #japanstyle #ilovejapan #explorejapan #traveljapan #japangram #placestogo #unknownjapan #TeamCanon #loves_nippon #wow_nihon #hiddengem

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Goryokaku à Hakodate: une forteresse Vauban au Japon, agrémenté d’un superbe parc

La forteresse Goryokaku est l’un des plus beaux endroits que j’ai visité à Hokkaido.

Construit comme une défense contre la menace que représentaient les Occidentaux, Goryokaku est surtout connu pour avoir été le dernier champ de bataille de la guerre civile ayant opposé les troupes du Shogunat à celles du gouvernement Meiji. L’ancien monde contre le nouveau, une confrontation où s’est illustré Jules Brunet, connu comme ayant été « Le dernier Samouraï » (une fausse assertion: le dernier était bel et bien Japonais et s’appelait Saigo Takamori).

Dès les années 10, le fort a été reconverti en jardin public, devenant l’un des plus beaux spots pour observer la floraison des cerisiers (Sakura) au Printemps, entre fin-Avril et début-Mai. Cependant, j’ai visité la forteresse au milieu de l’hiver, mais le spectacle n’en était pas moins magnifique: les douves gelées et le manteau blanc immaculé que formait la neige sur le parc, les arbres blancs, un ciel bleu d’hiver et les gros flocons qui tombaient par intermittence, créaient une très belle atmosphère propice à une très chouette balade.

Le parc Goryokaku en hiver

Le parc Goryokaku en hiver

Au milieu du fort se trouve l’ancien siège du Magistrat, un très beau bâtiment qu’il est possible de visiter. Marcher sur les tatamis, admirer le travail des artisans du bois qui ont reconstruit l’endroit à l’identique après la seconde guerre mondiale, s’asseoir là où le gouverneur recevait ses invités, admirer toutes les merveilles d’architecture et d’artisanat que recèle l’endroit, vaut carrément le détour.

This is where Democracy was born in #Japan. In 1868, what remained of the Tokugawa shogunate (1600-1868) seeked refuge to the northern island of Ezo (#Hokkaido) with the help of some french military advisers, among them The Last Samurai (Jules Brunet – not Tom Cruise, you idiots). Their wish : to develop Hokkaido and maintain the traditions of the samurais. On January 27, 1869, the independent "Republic of Ezo" was proclaimed – it was the first attempt to build democracy in Japan, and this building was their government hall, inside the #Goryokaku fortress, nowadays located in #Hakodate (see one of my previous pictures). However, imperial troops came and ended the Republic on June 27th 1869. Then, Darth Vader … #visitjapanjp #Lovers_Nippon

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Que voir, que faire à Hakodate ? Les activités incontournables et les autres

Voici, pêle-mêle, une liste d’activités à faire à Hakodate. Je n’ai pas tout fait ; mais j’aurais bien aimé. Une petite recherche sur Google vous fournira toutes les informations nécessaires, je me contente ici de les rassembler.

– Prendre des cours de cuisine avec des femmes de pêcheurs au Hama no kaasan, et cuire vos ingrédients avec la chaleur des volcans
– Aller au Restaurant Kira, l’un des meilleurs de Hakodate

fishermen wives hakodate

Apprendre à cuisiner japonais avec des femmes de pêcheurs

Restaurant Kira

Restaurant Kira

– Visiter le marché aux poissons (Hakodate Asa-ichi), qui ouvre entre 5 et 6h du matin
– Prendre le téléphérique de nuit pour aller au sommet du Mont Hakodate, et voir l’un des plus beaux panoramas nocturnes du Japon
– Visiter le Sanctaire Ōyamazumi, perdu au milieu de la nature
– Goûter aux shio ramen de Hakodate
– Aller au Lac Onuma (大沼湖, ōnuma-ko), à 30 minutes en train de Hakodate, et faire une randonnée sur le Mont Komagatake (Onuma QUASI (sic!) National Park), connu pour ressembler à un poney
– Visiter le seul château de Hokkaido : Matsumae (松前), à 1h30 de voiture. L’endroit est également célèbre pour la floraison des cerisiers.
– Voir le festival des azalées (Tsutsuji) à Esan, à 45 min en voiture de Hakodate. Le trajet, qui longe la côte, offre de superbes points de vue, notament sur Aomori par temps clair.
– Voir des macaques japonais se baigner dans les sources chaudes de Yunokawa Onsen (et faire trempette avec eux), à 20 minutes de bus (arrêt Nettai Shokubutsuen-mae)
– Se baigner dans un onsen (source d’eau chaude) en pleine mer, à Mizunashi Kaihin Onsen (plus de détails dans le Lonely Planet Japon, qui est le seul guide de voyage francophone à avoir un chapitre dédié à Hokkaido à ma connaissance)
– Ramasser et faire sécher du Kombu (un des ingrédients fondamentaux de la cuisine japonaise). Celui de Hokkaido est connu pour être l’un des meilleurs.
– Aller à la pêche avec des pêcheurs locaux
– Aller faire des balades en raquette à Nanae (exander.net)
– Voir le Misogi Festival (13-15 janvier) à Misogi. Depuis 1831, de jeunes hommes se purifient en s’envoyant violemment de l’eau de mer glacée sur leur corps, en priant pour que les pêches soient bonnes tout au long de l’année.
– Aller sur le sommet du Mont Esan, et profiter des superbes couleurs d’automne et des azallées en mai. La route touristique (scenic road) est ouverte entre fin-avril et fin-novembre.
– Faire un tour au tournoi de Sumo féminin, le deuxième dimanche de Mai.
– Aller faire un tour au Mont Yakushiyama qui, au Printemps, devient tout rose
– Visiter Kikonai, pour manger du bœuf Wagyu et visiter le temple Samegawajinja, au pied du Mont Yakushiyama

Spécialités culinaires de Hakodate

Pour les gourmets, voici quelques spécialités culinaires à tester à Hakodate :
– Le Donburi de fruits de mer (= un gros bol de riz garni de poissons, de sashimis, de fruits de mer cuits ou crus, d’œufs de saumon)
– Le Gokko (lompe, un poisson surnommé « grosse poule de mer » au goût très particulier)
– Les burgers de Lucky Pierrot
– Le vin d’Hakodate et le Sake de Yakumo
– Les sashimis de poulpe au marché d’Hakodate
– Un Ekiben (bento acheté dans les gares), et notamment le Oshamame Kanimeshi (riz + crabe)
– Les Ikameshi (poulpes farcis au riz)
– Une glace à l’encre de seiche

Pour plus d’informations sur la vie à Hakodate, je vous invite à faire un tour sur le blog de la plus célèbre Française d’Hakodate, Pamela.

A quelle période visiter Hakodate ?

Mi-avril / mi-mai : cerisiers en fleur au Hakodate Park et au Goryokaku Park
Décembre – Avril: singes qui se baignent
Décembre – Février : neige
Juin – Décembre : lanternes flottantes sur le détroit de Tsugaru (entre Honshu et Hokkaido)
Juillet : feux d’artifices sur le port de Hakodate, brouillard nocturne
Août : festival du port de Hakodate, Festival des musiques et danses du monde
Septembre : Hakodate Seibu chiku bar gai, Hakodate gourmet circus
Mi-octobre / mi-novembre: Momi-G Festa (festival des feuilles d’automne)

Pour les gourmets, voici les produits de saison :
– Melons : Juin – Septembre
– Crevettes : Mars – Mai
– Thon : Juillet – Janvier
– Saumon : Septembre – Décembre
– Poulpes : Juin – Février
– Oursins : toute l’année
– Kombu sauvage : Juillet – Septembre

Temps de transport

Depuis Tokyo :
– Avion : 1h20
– Shinkansen : 4h

Depuis Osaka :
– Avion : 1h40
– Shinkansen : 6h30

Depuis Aomori en ferry :
– Depuis Aomori port : 3h40
– Depuis Oma Port : 1h30

Depuis Sapporo :
– Avion : 40 min
– Train : 3h45
– Voiture : 4h20

Hébergements Hakodate: où dormir ?

Pensez à réserver suffisamment à l’avance: les Chinois sont nombreux à visiter Hakodate, et il n’est pas rare que les établissements affichent complet. J’ai été hébergé au Four Points by Sheraton et j’en ai été satisfait (notamment grâce au fantastique buffet qu’il offrait au petit-déjeuner) même si les espaces communs faisaient un peu décrépis. Vous trouverez sur Booking.com ou Agoda beaucoup d’offres entre 35 et 50 € la nuit pour deux personnes en chambre double, la plupart du temps dans de grands hôtels sans charme particulier.

Catégories : BlogJapon

Chris

Journaliste indépendant

3 commentaires

Recette de Sushi · 20 avril 2018 à 6 h 42 min

Vraiment magnifique. L’île d’Hokkaido est vraiment un endroit magnifique que j’aimerais visiter en hiver lors de mon prochain voyage au Japon. Les photos m’ont doublement convaincu 🙂

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