Il faut que je vous parle de ce que je vais faire en 2018.

Bon, le titre de l’article a déjà fait guise de spoiler, mais voilà : je vais demander la nationalité cambodgienne en 2018. Et, parce qu’il s’agit d’un très, très gros truc pour moi, j’avais envie de partager sur ce blog les raisons qui me poussent à faire une telle demande. Je pensais que ça pourrait intéresser d’autres personnes qui : cherchent également à entreprendre une telle démarche ; qui s’intéressent de près ou de loin à ce pays ; qui prévoient d’aller visiter le Cambodge en 2018 pour le tourisme (conseil : évitez d’y aller en Juillet et en Août 2018 !).

Pourquoi demander la nationalité cambodgienne ?

Je ne me suis jamais vraiment senti Cambodgien … Et je ne me suis jamais vraiment senti Français. J’ai toujours eu le cul et la culture entre deux chaises – et, malgré mon amour pour la France, malgré l’envie d’être 100 % Français, j’ai réalisé il y a peu que cela ne serait jamais possible. Pour un tas de raisons que je détaillerais bien dans un prochain article mais citons, pêle-mêle: le fait qu’on me renvoie toujours à mes origines. Les 1001 petits détails de la discrimination (positive et négative) au quotidien. Le regard des gens lorsque je voyage à l’étranger. La subtile, mais néanmoins perpétuelle, légère déception lorsque quelqu’un s’attend à rencontrer un Français et qu’il/elle me rencontre, moi.

Cependant, ce ne sont pas toutes ces raisons qui me poussent à demander la nationalité cambodgienne. Ma motivation est double: la volonté d’un retour aux sources, et des considérations très pratiques.

Un retour aux sources et un projet d’écriture en 2018

En 2017, je voulais faire plein de choses pour mon blog. Ecrire des portraits, réaliser des vidéos, des podcasts, faire des diaporamas sonores et tout et tout. Je voulais relancer ce blog de voyage et lui redonner un peu d’amour après l’avoir tant délaissé. Mais, que nenni : au bord du lac québécois où j’étais la première moitié de l’année, je n’ai fait qu’écrire. De la fiction, des réflexions, un début d’histoire et de mots à expulser, à crier. Exit le blog, encore une fois ; exit les photos, les reportages, les portraits que je prévoyais de faire. Je me suis laissé embarquer dans la fièvre de l’écriture. Aucun roman, aucun essai, aucun recueil de poésie n’est sorti du Canada, mais prendre le temps de ne rien faire et de réfléchir à ma vie m’a permis de me rapprocher, peu à peu, du nouveau sens que je voulais donner à ma vie.

Et ça passera par le Cambodge. Au beau milieu des élections législatives de 2018, qui va faire du Cambodge une « démocratie à parti unique » après la liquidation du parti d’opposition et de l’un des deux seuls journaux libres du pays.

Tous les textes que j’écrivais au Canada tournaient autour du conflit intérieur qui me ronge depuis longtemps, entre deux identités, deux cultures. A l’image du Québec, tiraillé entre sa culture anglo-saxonne et son héritage français ; à l’image d’une génération, qui ne se reconnaît plus en grand-chose si ce n’est dans sa tendance au pessimisme. A l’image de moi-même, tiraillé entre la culture de mes parents et celle de mon pays natal. Alors, après avoir passé trente ans à renier ma part cambodgienne, j’ai décidé de faire un retour aux sources, et d’aller m’y installer quelques temps, vivre sur place, (ré)apprendre à parler le khmer, passer du temps avec des gens de là-bas, qu’ils soient Cambodgiens du Cambodge ou Cambodgiens d’ailleurs (oui, il y a une énorme différence), Vietnamiens, Chinois, expatriés, touristes, politicards corrompus ou travailleurs humanitaires. J’ai envie d’écrire sur ce pays, des reportages, des articles de blog, des choses vues et entendues, des petits bouts de vie, des portraits de tout et de rien ; et j’ai envie de construire une fiction autour de tout ça, qui parlerait du fait de ne se sentir ni d’ici, ni de là-bas.

Avoir la nationalité cambodgienne, ou même le simple d’en faire la demande, me permettrait de vivre sur place et de m’intégrer petit à petit là où je m’installerai. Avoir un passeport et/ou une carte d’identité cambodgienne me permettra aussi, peut-être, de faire la paix avec une partie de moi-même.

Et, qui sait ? Un jour, lorsque l’ASEAN décidera enfin de concrétiser une intégration régionale construite sur le modèle de l’Union Européenne, cette nationalité me permettra de voyager sans visa dans les dix pays de l’Asie du Sud-Est.

Comment demander la nationalité cambodgienne ?

La loi sur la nationalité cambodgienne dit clairement :

Article 4 :
1) Est obligatoirement khmère, toute personne remplissant une des conditions ci-dessous :
– être un enfant légitime né de père ou de mère ayant la nationalité khmère, ou
– être un enfant naturel, né de père ou de mère de nationalité khmère, et reconnu par ce (cette) dernier (dernière), ou
– être un enfant non reconnu par le père et la mère, mais être déclaré né de père ou de mère ayant la nationalité khmère par jugement du tribunal.

2) Est obligatoirement khmère, toute personne née sur le territoire du Royaume du Cambodge, si elle possède une des qualités suivantes :
a ) être né de père ou de mère étrangers qui eux-mêmes, sont nés et vivent régulièrement et légalement sur le territoire du Royaume du Cambodge.
b ) être né de parents inconnus et avoir été trouvé sur le territoire du Royaume du Cambodge.

Mes deux parents étant nés au Cambodge, et ayant tous les deux la nationalité cambodgienne, je suis donc officiellement et de facto Cambodgien. Ca m’a fait tout drôle d’apprendre ça.

Voici donc les étapes à suivre :

1 / Aller à l’ambassade du Cambodge à Paris, et demander un visa K, muni de mon passeport, d’un acte de naissance (original + copie) et du livret de famille indiquant la filiation (original + copie).
2 / Me rendre à Phnom-Penh, et aller demander sur place une copie de l’acte de naissance de mes parents
3 / Aller au Ministère de l’Intérieur cambodgien, faire la demande de nationalité
4 / Passer un petit examen oral pour s’assurer que je sais parler le Khmer
5 / Attendre …

Si vous avez de l’argent, tout peut aller beaucoup beaucoup plus vite en payant la bonne somme aux bonnes personnes une fois sur place. Mais, pour ma part, je refuse d’utiliser de telles pratiques. Bref, affaire à suivre !

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Journaliste indépendant

4 Comments

  1. Chanratanak Reply

    Salut j’ai 14 ans je suis cambodgien et j’apprécie particulièrement ton blog. Je reviens de voyage au cambodge et depuis je m’intéresse beaucoup sur mes racines, d’ou je viens et c’est comme ça que je suis tombé sur ton blog…
    Ton article sur « Tu sais que tu as été élevé dans une famille cambodgienne quand… » m’a beaucoup fait rire.
    Bonne continuation.

  2. Ça, c’est un article qui me parle beaucoup 🙂 bonne chance et bon courage cousin !

  3. Pingback: Visiter Sapporo en hiver = neige, sculptures de glace, et cérémonie du thé (1/2) – Le Blog du Voyage

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