Cet été, je pars en Malaisie et en Indonésie pour – au moins – deux mois et demi. J’ai besoin de livres ; mais pas n’importe lesquels.

Pas de bouquin d’écrivain voyageur, par pitié – je n’ai pas besoin qu’on me dise ce que je suis censé vivre, ressentir ou retenir de mes voyages. Je préfère les lire de chez moi.
Pas de bouquin sur le voyage, par pitié – je n’ai pas envie qu’une tierce personne me raconte mon propre voyage, et la perspective que tout mon périple soit parasité par un livre me répugne.
Pas de bouquin sur le pays dans lequel je me trouve, non plus. Ce ne serait pourtant pas idiot ; je conseille d’ailleurs à tout le monde de lire au moins les pages Wikipédia des pays dans lesquels on se rend, ou, mieux encore, d’acheter un livre de la collection Comprendre des éditions Ulysse. Mais, là, c’est un choix très personnel, l’envie d’être vierge de toute connaissance (au moins au début du périple) sur les us et coutumes, sur les petits détails du quotidien, et l’envie de pouvoir m’échapper ailleurs, à tout moment, lorsque la réalité m’étouffe un peu trop.

Voici donc mes dix choix de livres à emporter dans son sac, en voyage, cet été 2015. Un subtil équilibre entre des classiques, des nouveautés, des livres qu’on a toujours eu envie de lire et qu’on a jamais pris le temps de lire, et des sagas fantastiques proches du roman pour adolescent aussi efficaces qu’un Harry Potter ou qu’un Millenium. Suffisamment épais pour tenir un voyage, mais pas trop, pour ne pas alourdir le sac.

Et, tous ont le même talent : vous accrocher, vous zombifier jusqu’à ce que vous connaissiez le fin mot de l’histoire.

Congo, une histoire (David Van Reybrouck) – Congo

congo histoire David Van Reybrouck Le seul essai de cette sélection est également le livre que je recommande le plus. Alors, certes, peut-être que vous n’en avez rien à faire du Congo. Peut-être même que l’Afrique ne vous a jamais attiré ; et peut-être n’avez-vous pas du tout envie d’embarquer avec vous un essai, qui plus est un bouquin d’histoire, sur un pays dans lequel vous ne mettrez probablement jamais le pied à moins de bosser dans le développement ou l’humanitaire.

Et pourtant – jamais vous ne vous féliciterez autant d’avoir fait ce choix de livre à emporter en voyage.

90 000 années de Congo dans un livre de poche, racontées par « l’un des intellectuels belges les plus brillants de sa génération » dixit Le Monde. Un ouvrage plébiscité par la critique (Prix Medicis Essai 2012) et par le public (ce fut l’un des best-sellers de la rentrée 2012) – 250 000 livres vendus rien qu’en Belgique.

David Van Reybrouck, dans la vie réelle, est à la fois archéologue, historien, philosophe, écrivain, poète, voyageur polyglotte, homme de théâtre. Et toutes ces influences se ressentent dans son écriture ; vive, remplie de voix congolaises et de personnages de contes et de romans qu’il a rencontré lui-même sur le terrain ; peu de personnalités, beaucoup de femmes et d’hommes du quotidien, du vrai quotidien, celui des « petites gens » à mille lieux des livres d’histoires qui racontent les épopées de rois et de seigneurs à la vie bien bien éloignée.

Un livre extrêmement bien documenté, proche du roman, qui vous emporte avec intelligence et fureur.

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L’autre moitié du Soleil (Chimamanda Ngozi Adichie) – Nigéria

Chimamanda Ngozi Adichie autre moitie soleil Chimamanda Ngozi Adichie, c’est LA romancière dont je suis en train de tomber amoureux. L’une des voix états-uniennes les plus brillantes qu’il m’ait été donné de découvrir, construite en permanence sur une identité double : le Nigéria de ses origines, l’Amérique de son éducation.

L’autre moitié du soleil est une fiction plutôt classique, mais construite très efficacement, avec autant de précision qu’une horloge suisse. La trame centrale : la guerre du Biafra, une guerre civile qui a déchiré le pays dans les années 60 et dont, personnellement, je ne connaissais vraiment, vraiment rien.

C’est pourtant un bout d’histoire exotique et passionnant ; le récit de la construction de l’identité d’un pays à travers le destin croisé de quelques personnages attachants ; un universitaire passionné et engagé, deux soeurs jumelles que rien ne rapproche, issues de la haute bourgeoisie de Lagos ; un adolescent plein d’espoir et un journaliste plein d’illusions ; et, tous, construisent ensemble un bout d’histoire chavirant, attachant, prenant, intellectuellement stimulant.

A lire également, son dernier roman : Americanah, actuellement gros succès de librairie.

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L’assassin royal (Robin Hobb) – Monde fantastique

robin hobb assassin royal Voici une saga très différente des deux livres précédents, et que j’ai pris pour mon voyage actuel. L’assassin royal – une série de roman se déroulant dans un univers médiéval-fantastique, à la manière de Game of Thrones, et tout aussi prenant ; l’extrême violence en moins.

Difficile de résumer l’histoire de cet énorme succès de librairie, qui continue toujours à se vendre comme des petits pains. Je pourrais simplement vous dire qu’on dévore ces livres sans pouvoir s’arrêter ; que Robin Hobb a un talent certain pour vous faire voyager dans un monde proche de notre Moyen-Âge mais tout aussi fascinant que le plus exotique des pays de cette réalité ; un classique, incontournable, qui permet de s’évader à n’importe quel moment, et vous fait oublier toutes vos heures de transport où que vous vous trouviez.

Bref : grâce à ce livre, je n’ai pas du tout senti passer mes 24h d’avion !

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Le Clan des Otori (Lian Hearn) – Japon

le clan des otori lian hearn Un autre cycle médiéval, mais beaucoup plus court (cinq tomes) et qui se déroule de l’autre côté du monde : au Japon. Ou plutôt, un Japon féodal imaginaire narré avec une précision et un réalisme documentaire dans lequel essaient de survivre de grands personnages de roman – Takeo, Shigeru, Kaede, Dame Maruyama, quatre noms qu’il me suffit de dire à haute voix pour avoir le coeur noué d’affection.

Au-délà du plaisir littéraire, de l’exotisme, du voyage temporel dans lequel ces livres vous embarquent, Lian Hearn parvient également à vous faire vivre dans l’univers médiéval japonais et, ainsi, à vous permettre de comprendre pas mal de choses sur les Japonais d’aujourd’hui. Tout en vous offrant une histoire que vous dévorerez en 48h de lecture non-stop, oubliant de dormir, de manger, de faire autre chose que lire et lire encore.

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Les Cavaliers (Joseph Kessel) – Afghanistan

les cavaliers kessel
C’est un grand classique d’aventure consacré à l’Afghanistan ; le chef d’oeuvre romanesque de Kessel, publié en 1967, et fruit d’un long travail de recherche sur le terrain à propos de tout ce qui tourne autour de la vie des cavaliers afghans et du jeu du bouzkachi, le sport national afghan jusqu’à aujourd’hui (et pratiqué dans tous les pays de l’Asie Centrale) durant lequel des cavaliers se disputent la carcasse d’un animal (traditionnellement d’une chèvre).

C’est une épopée ; une traversée de l’Afghanistan des années 60 sur la selle d’un cheval charismatique, Jehol. Une galerie de personnages hauts en couleurs et terriblement exotiques, inspirés de rencontres de voyages et de grands hommes rencontrés par Kessel ; un monde d’ailleurs, épicentre de tellement d’évènements contemporains qui résonnent avec absurdité, tristesse et mélancolie, lorsqu’ils sont mis en porte-à-faux avec cet Afghanistan si riche, si noble, si fier, et si vivant, des Cavaliers de Kessel.

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Les cerfs volants de Kaboul (Khaled Hosseini) – Afghanistan

les cerfs volants de kaboul khaled hosseini Oui, encore l’Afghanistan. Mais de façon très, très différente ; et c’est d’ailleurs fou de penser qu’il puisse y avoir une telle différence entre l’Afghanistan des années 50-60 raconté par Kessel, et celui des années 80 raconté par Hosseini.

Les cerfs volants de Kaboul est un roman efficace, pas prise de tête, qui plonge le lecteur dans l’Afghanistan d’avant les Talibans (1975), pendant l’invasion soviétique (1979-1996) et sous les Talibans (1997-2001). Tous les thèmes y passent : la religion, le fanatisme, la politique, l’économie, les luttes tribales, les influences extérieures et les contradictions des habitants ; un excellent moyen de passer un moment fort en compagnie de ceux qui font réellement l’Afghanistan, les Afghans lambdas, souvent oubliés au profit des agitateurs et des corrompus.

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Les contes d’Andersen – Danemark

contes andersen
WTF ? Les contes d’Andersen ? Pourquoi embarquer la Petite Sirène, le Vilain Petit Canard, La Reine des Neiges ou La Petite Fille aux Allumettes dans son sac ? Eh bien, d’abord parce que les contes n’ont absolument rien avoir avec les versions Disney et qu’il s’agit d’histoires fortes, qu’on aurait tord d’oublier dans leur version originale. Un monument qui a marqué la culture européenne, que plus grand monde ne lit malheureusement.

Une autre bonne raison de lire ces contes en voyage : les rencontres que cela permet de faire rien qu’en le sortant. Qu’il s’agisse de locaux, de voyageurs en auberge de jeunesse ou de rencontres improbables dans un bus ou dans un bar, lire les contes d’Andersen vous donne un tas de sujets de conversation et un tas d’anecdotes marrantes à raconter sur, justement, la différence entre les versions originales et les versions Disney. Mieux encore : si vous parlez la langue du pays (en Amérique Latine par exemple), raconter ces contes aux enfants des familles qui vous hébergent vous fait passer un moment … génial. Et permet un échange fort, surtout pour ceux qui ne jouent d’aucun instruments de musique ou qui ne savent pas cuisiner. Bref, les Contes d’Andersen, un formidable atout dans la boite à outil de voyageur.

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La vérité sur l’Affaire Harry Quebert (Joël Dicker) – Etats-Unis

joel dicker verite harry queber Grand prix du roman de l’Académie Française, présent dans la short-list des plus grands prix littéraires de l’année 2012, le livre de Joël Docker est un polar accrocheur dont on lâche difficilement prise. L’écriture est vive, un peu lourde parfois, et non dénuée de sens communs ou de scènes un peu … pâles et emplies de bons sentiments un peu gnangnan. Mais on accroche quand même – le livre est écrit comme une série TV, avec ses nombreux rebondissements, surprises, soubresauts ou mystères intriguants.

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Les enfants de minuit (Salman Rushdie) – Inde

les enfants de minuit salman rushdie Ce livre est une saga baroque, burlesque, l’épopée d’une famille dont l’histoire se confond avec celle de l’Inde moderne dans le même style des Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. C’est également un pamphlet politique impitoyable qui a reçu le Booker Prize en 1981, mais a valu à l’auteur d’être l’objet d’une fatwa (ordre d’assassinat émanant d’une autorité religieuse musulmane) encore en vigueur aujourd’hui.

Le héros / narrateur est né au moment précis de l’indépendance de l’Inde, à minuit, le 15 août 1947. Il raconte à sa future femme (et donc à nous) l’histoire de sa vie ; et donc, l’histoire de l’Inde, à travers les péripéties qu’a pu connaître sa vie, depuis les premiers gouvernements de l’indépendance jusqu’au conflit avec le Pakistan, les guerres religieuses et la régence d’Indira Gandhi.

C’est fort, c’est bon, c’est du réalisme magique à la sauce indienne et ça vous interroge plus d’une fois sur la destinée du sous-continent indien.

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Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (Harper Lee) – Etats-Unis

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur harper leePublié en 1960 et prix Pulitzer 1961, ce roman est à la fois une fiction, un roman d’apprentissage et un thriller haletant, injuste, révoltant, fort – à l’image du sud des Etats-Unis lors des années 30. Un livre culte et prenant ; intelligent, interrogateur ; le genre de livre qui suscite de longues réflexions sur le genre humain une fois sa lecture terminée.

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Chris

Journaliste indépendant

3 commentaires

Xel0u · 28 juin 2015 à 19 h 07 min

Presque que du bon dis donc ! Il y en a que je n’ai pas lu, mais je pense tous les connaitre au moins de nom 🙂 Je suis totalement d’accord avec toi pour l’Assassin Royal, c’est juste génial ! D’ailleurs, je devrai le relire (enfin recommencer la série et enfin la terminer) par contre, il faut en avoir sous le coude, et les 13 (15?) tomes doivent peser un peu dans le sac ^^

Pour venir en Nouvelle-Zélande, j’avais emporté La horde du Contrevent d’Alain Damasio. C’est de la sience-fiction, des « marcheurs » d’élite sont formés pour rechercher l’origine du vent. J’ai trouvé que c’était un très bon livre pour partir en voyage, qui nous interroge sur notre rapport au temps. Juste magnifique. Je l’ai donné à une compagnone de voyage, et je regrette un peu ^^

Le clan des Otoris est dans le placard chez mes hosts, je devrais me laisser tenter et essayer de les lire en anglais tiens !

Merci pour le partage en tout cas 🙂

    Chris · 29 juin 2015 à 1 h 35 min

    « Presque » que du bon xD ? Lequel as-tu lu qui ne t’a pas convaincu ? Pour les tomes de l’Assassin Royal, que j’ai commencé et que je dévore malheureusement trop vite, je prévois de me faire ravitailler par une flopée d’amis qui viennent également voyager dans le coin dans les mois qui viennent héhé :). Je prends bonne note de La horde du Contrevent, ça m’a l’air vraiment pas mal ! Merci du conseil !

    En tout cas … Tu as beaucoup, beaucoup de chance de ne pas encore avoir lu le Clan des Otoris 🙂

Claire@blogguyane · 17 juillet 2015 à 9 h 18 min

Merci pour les idées! Tu vas tout emporter dans ta valise? Mention spéciale pour Joseph Kessel dont tous les livres se dévorent avec la même passion!

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