Comment conquérir le monde grâce au journalisme

8 février 2011 22 h 19 min

vieil arbre

Avant de lire ce qui se cache sous ce titre ultra-provoc’, allez faire un tour là si vous ne connaissez pas encore le projet Mediareporter.

Dans ce descriptif du projet, j’ai volontairement omis un détail : la gestion des abonnés. Pourtant, tout le projet reposera sur eux car ils seront la principale source de financement des reportages … Mais pas seulement.

Serious game pour abonne : inventer une nouvelle facon de faire du journalisme en inventant un jeu de role massivement multijoueur ancre dans le reel

Rappel du principe : un internaute aura la possibilité de s’abonner au projet en donnant 19€ par an (ou plus s’il le souhaite) à Mediareporter. Grâce à cet abonnement, il aura accès aux reportages en exclusivité : la consultation des reportages sera en effet payante la première semaine mais entièrement gratuite ensuite.

L’idée : rester fidèle à la philosophie du web en proposant une gratuité déguisée. Et donner deux « naissances » aux reportages, deux occasions de faire lire et de faire diffuser les trucs réalisés.

Du coup, s’abonner devient une forme de soutien, d’engagement à un projet de journalisme alternatif.

Rappel des objectifs :
- 150 abonnés pour voyager
- 500 pour en faire mon métier
- 800 pour embaucher un assitant
- 1100 pour recruter un deuxième Reporter, et lancer le jeu.

Pour reprendre l’expression des psy, s’abonner devient le premier « pas dans la porte » qui mène au « serious game » que j’aimerais mettre en place à partir du pallier des 1000 abonnés.

En effet, lorsqu’ils s’abonneront, les internautes auront la possibilité de participer à un véritable « jeu de rôle » tout à fait sérieux. Sur le modèle des jeux de rôles massivement multijoueurs, l’idée serait de proposer aux internautes d’incarner six classes de joueurs :

- Le Barde : c’est la classe la plus polyvalente, celle qui conviendra au plus grand nombre. Son rôle : commenter les reportages et surtout, diffuser le projet, améliorer sa visibilité, poser des affiches, des autocollants, faire du lobbying et du prosélytisme, animer le site, commenter les articles, recruter de nouveaux abonnés, jouer au community manager et animer des clubs locaux de reportages.

- Le Traducteur : évidemment, leur rôle sera de traduire les articles en Anglais et Espagnol en priorité, mais dans un futur TRES lointain, traduire également en Arabe, Chinois, Japonais et Portguais.

Mais les traducteurs auront un rôle clé: celui de diffuser le projet à l’échelle internationale par une foultitude de moyens (contacts personnels, blogs, forums, Facebook, voyages ….). En gagnant des « points d’expérience » (voir plus bas), les meilleurs finiront par être recrutés (s’ils le souhaitent !) pour devenir de véritables « community managers », centres nerveux des interactions entre les reportages et les internautes du monde entier.

- Le Magicien technicien : ils s’occuperont de toute la partie technique du projet. Webmaster, webdesigner, experts SEO, … C’est eux qui auront les clés techniques du projet ainsi que sa sécurité. Mediareporter se veut être une plateforme d’expérimentations, et le mot d’ordre sera : de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ! Y compris au niveau du graphisme et du design.

En outre, dans ces magiciens techniciens seront compris ceux qui auront l’envie / l’occasion de faire du data-journalisme. Par des illustrations, des graphiques, donner une autre dimensions aux informations récoltées. D’ailleurs, ils seront aussi des collecteurs d’informations, un peu sur le modèle Wikileaks. Ouai’, voilà, c’est la partie Wikileaks du projet, quoi.

- Le Documentaliste – Expert : ce seront les intellectuels, ceux qui disposent d’un domaine d’expertise précis et qui le revendiquent. Chargés de donner des pistes de sujet, vérifier des informations, proposer des noms de personnes à interroger, apporter un autre éclairage, une précision, corriger, rectifier quelque chose qui a été écrit …

- L’Observateur : celui qui choisit de ne pas participer au jeu mais juste de lire les reportages. Assurément les plus nombreux.

- Le Vagabond :ceux qui voudront faire la même chose que moi, c’est-à-dire écrire des articles et des reportages des quatre coins du monde et les publier sur le blog et/ou le site de Mediareporter.

***

Toujours sur le modèle des MMORPG, les abonnés gagneront des « points d’expérience » au fur et à mesure de leur implication. Plus ils participeront (en cooptant des abonnés, en fournissant des informations ou des documents, en traduisant le plus d’articles …), et plus ils se verront attribuer des « compétences », des privilèges techniques et personnalisés. L’accès à une base de donnée (qu’il leur faudra enrichir), un carnet d’adresse et des contacts (dans leur domaine d’expertise ou ailleurs), un billet d’avion pour rejoindre un Reporter et l’aider sur place … Bref, plus on participe, et plus on s’implique. Plus on s’implique, plus on a de contacts privilégiés avec la petite famille des Mediareportages (sentiment d’appartenance, complicité, effet de groupe). Et plus on a de contacts privilégiés avec Mediareporter, et plus on a la possibilité d’agir et de changer le monde grâce à l’information et à la mobilisation.

Car l’idée forte est bien là: convaincre les internautes qu’en « jouant le jeu », ils pourront avoir un impact concret, réel sur le monde qui les entoure. Bref, il s’agit de redonner au journalisme sa mission première : une mission citoyenne, le rôle de MEDIA, d’intermédiaire entre un fait et des lecteurs.

Changerlemonde

Note: l'illustration est à prendre au second degré. L'article, c'est vous qui décidez, mais je suis sérieux.

Avoir un impact sur le monde ?

Toutes sortes de sujets seront traités. Mais certains (le plus possible) auront une plus grande portée que d’autres : mobilisation d’un Mediareporter et de ses « coéquipiers » sur les lieux d’une catastrophe naturelle, couverture d’un procès et création d’un débat public sur des sujets polémiques, enquête confidentielle sur un scandale financier et pour laquelle le Mediareporter choisira une poignée d’internautes coéquipiers qui réaliseront ensemble l’enquête … Bref, quelque part, rien de neuf dans le produit final (révélation d’un scoop ou mobilisation pour une catastrophe humanitaire) mais une petite révolution dans la façon de traiter l’actualité : nous n’attendront pas que de bonnes âmes du net viennent nous aider/commenter/twitter, car nous iront les chercher nous-même dans notre vivier d’abonnés en les sollicitant directement, personnellement. Je ne vois pas comment un abonné accepterait de payer 19€ par an mais refuserait d’aider la construction d’un reportage; bien au contraire. C’est en les valorisant qu’on retient les internautes.

Du coup :

  • Plus il y aura d’abonnés, plus il y aura de « ressources humaines », de compétences et de vecteurs de diffusion du projet.
  • Plus il y aura d’abonnés, plus il y aura de Reporters.
  • Et plus il y aura de Reporters, plus il y aura de sujets couverts … Et donc de personnes susceptibles d’être intéressées par les Mediareportages.
  • Et plus il y aura de personnes intéressées, plus il y aura d’abonnés.
  • « Arrête de rêver ! », « Arrête l’utopie ! », « T’as une vision beaucoup trop romantique du métier ! ». Fichtrebonsang’d’bonnemerdefoutrudieu, j’en connais qui m’ont sorti ça. Mais MERDE !, je sais pertinemment que tout ce que je raconte va être extrêmement dur à mettre en place ; je sais que c’est d’une ambition démesurée, et que tout ce qui semble aussi beau sur le papier sera beaucoup plus compliqué à réaliser.

    Mais je sais aussi que tout ça est loin d’être impossible; et je sais que je ne le saurai qu’en essayant. Alors, j’essaierai. Je tenterai ma chance, et j’emmerde les Cassandres.

    Je n’ai pas une vision romantique du métier – au contraire, mon regard est horriblement réaliste et c’est pour CA que j’ai fait le choix de m’exiler aussi longtemps, avec tout ce que ça implique de sacrifices personnels. Je ne rêve pas, je ne vis pas dans un monde de bisounours ; mais j’ai des idées, de l’énergie, et un bel espoir à fleurir. Désolé d’avoir un grand idéal, et une haute estime du métier que j’aime: le journalisme. Désolé de croire en notre capacité à changer des choses, et à apporter un « petit mieux » au monde qui nous entoure grâce à nos articles, grâce à nos rencontres, et grâce à nos lecteurs. Désolé d’avoir un espoir qui me donne des ailes, désolé de ne pas avoir peur de l’échec, désolé d’avoir la terrible vocation du fouille-merde.

    ***

    Bien entendu, tout ça ne verra pas le jour dès demain … Et, seul, je me donne CINQ ANS pour atteindre l’objectif de 1000 abonnés. Avec trois ou quatre personnes pour m’aider, deux grosses structures pour nous soutenir techniquement (donner de la publicité au projet, soutenir techniquement par un hébergement de serveurs, proposer une expertise technique sur certains points, contacts, prêt d’une chaise où s’asseoir …) comme Lemonde.fr ou OWNI ou les autres (appel du pied !!!), l’objectif pourrait être atteint en deux ou trois ans.

    Le budget total du projet Mediareporter est de 70.000€ sur sept ans. J’ai déjà réuni 24.000€ à force de petits boulots depuis 2 ans – mais ce budget là reste tout juste suffisant pour voyager pendant 2 ans et demi et espérer me faire suffisamment connaître. Se faire connaître pour envoyer le buzz, et faire grossir la boule de neige… Le but étant, à terme, de devenir une véritable « rédaction » nomade avec un camp de base à Paris ou à Tombouctou.

    Mais j’ai fouchtrement besoin d’aide pour mettre tout ca en place. Alors, si l’aventure vous tente … *grand sourire aguicheur: =-D*

    13 Commentaires

    • Abou d'Agrabha

      Tout simplement génial, ambitieux, et FOU. « Fou » dans un sens très positif bien évidemment, dans le sens de cette petite touche de folie qui manque tant à la presse française qui même à libé devient un peu trop pète-cul et qui plutôt que d’inventer et d’innover comme tu le fais, préfères tellement sauver ses subventions et garder les vieux modèles du passé. Si je pouvais t’aider je le ferais volontiers, car je pense que tu tiens quelque chose d’assez révolutionnaire en son genre alors : courage, et très bonne continuation ! J’attends avec impatience de voir ce que tout cela va donner et promis, en attendant, je diffuse l’information !

      PS : si je puis me permettre, tu pourrais peut etre rajouter une sixième sorte d’abonnés : les voyageurs, ceux qui sont comme toi, tes doubles en quelque sorte. Je dis ca car j’ai vu dans le descriptif de ton projet que tu pensais à une rubrique de contributions extérieures, alors peut-être que certains seraient prêt à « jouer le jeu » en publiant leurs propres reportages ? En tout cas, je serais intéressée !!

    • Bonjour,

      J’ai découvert votre projet, que je trouve incroyable, au début de l’été. Je ne m’y plonge que maintenant, par la base, en lisant d’abord les explications de fonctionnement, avant de m’attaquer aux « grands reportages ». Et là, avec ce post, c’est la douche froid.

      Vous avez une vision du journalisme que je partage, mais dans laquelle peu croit. Sauf que. Vous dites aimer le journalisme et en faire votre métier. Ce qui signifie être payé pour le faire et en vivre. Mais avec votre idée de jeu de rôle, ce que je comprends, c’est que vous voulez créer une rédaction, en sommes? Les postes que vous décrivez sont en tout cas ceux d’une rédaction. Mais si je comprends bien, pour le même travail fait dans une rédaction, ce serait une rédaction qui travaille gratuitement? Pour que vous fassiez du journalisme votre métier et en vivre, vous demandez à d’autre de faire le boulot indispensable au bon fonctionnement du projet et du site, mais gratuitement. A moins que j’aie mal compris?

      Je le disais, je trouve votre projet génial. Mais étant journaliste, l’envie de vous aider gratuitement à faire pratiquement mon boulot, sous prétexte d’une journalisme qui sauve le monde, me manque… Et si ce n’est pas des journalistes qui vous aident, mais d’autres personnes, sur leur temps libre, ce n’est pas si révolutionnaire que ça…? Ce serait du journalisme participatif, non?

      Si certains font notre métier gratuitement, vous n’avez pas peur de ne pas réaliser votre rêve, au final?

      Mais encore une fois, je trouve votre projet chouette et vous lis volontiers! Sans parler du site, que je trouve très beau, ce qui me donne envie de me plonger dans les articles.

      Bonne journée,

      Antonino

      • Bonjour Toni,

        Tout d’abord, merci pour ce commentaire très pertinent et un grand, grand bravo pour ir7al :). C’est un projet que j’ai suivi avec beaucoup d’admiration, d’intérêt et d’envie – même si je n’ai pas pu le faire de façon aussi assidue que je l’aurais voulu à cause de mon propre projet.

        Concernant votre commentaire, je n’avais jamais vu les choses sous cet angle.

        Mediareporter est un projet terriblement (trop ?) ambitieux car justement, peu de gens croient en cette vision du journalisme que nous avons. Il y a un très grand paradoxe dans la profession : tous les journalistes pro sont très enthousiastes lorsque je leur parle de ce que je fais, mais aucune rédaction n’est prêt à soutenir le projet de façon régulière.

        Et je n’ai pas pu insister car pour l’instant, je suis tout seul à tout faire. Tenir un blog de voyage pour capter le plus de monde possible, travailler sur les reportages, chercher les informations, les vérifier, les recouper, les mettre en forme, mettre en ligne les reportages, construire et tenir un site internet, tenir un Facebook, un twitter, tenir le rythme des mails et des commentaires sur les blogs, démarcher les rédactions pour vendre mes sujets … C’est beaucoup et pour l’instant, jouer à l’équilibriste est très difficile. L’idée de mettre en place ce jeu de rôle est avant tout une nécessité temporaire afin … de repérer des personnes susceptibles d’être recrutées lorsque les fonds le permettront.

        Je ne conçois pas de journalisme « gratuit » possible. C’est certainement la pire chose qui puisse arriver à la profession, même à petite échelle. J’envisage l’aide des abonnés comme une nécessité, et non comme une finalité – demandée par un journaliste isolé qui pour l’instant ne gagne pas un centime pour ce qu’il produit car des longs reportages comme celui-ci, personne n’en veut ; et personnellement, je préfère encore ne rien gagner que de le vendre pour 100 € à un média en ligne. Découper le sujet pour le vendre par petits bouts ? Je n’ai pas réussi à trouver quels petits bouts je pourrais vendre.

        A mon sens, les rôles que je propose ne sont pas ceux d’une rédaction. Ou plus exactement, ne devraient pas être ceux d’une rédaction qui, plutôt que de passer 70 % de son temps dans les rédac’ / sur les PC et 30 % du temps sur le terrain, devraient inverser les chiffres.

        J’ai bel et bien envie de créer une rédaction ; mais pas avec mes abonnés. Avec des journalistes, rémunérés, payés. J’ai envie que d’autres journalistes rejoignent mon projet et, s’ils le font, ce ne sera certainement pas de manière gratuite mais tout simplement en répartissant les revenus de façon égale. Et c’est bel et bien à du journalisme participatif que je veux donner naissance.

        Concrètement, voici comment cela se passe(rait) :

        1) Le journaliste publie sur le blog le synopsis du reportage.
        2) Les lecteurs commentent, débattent, proposent des contacts qu’ils ont ou bien des informations qu’ils pourraient partager.
        3) Le journaliste synthétise le tout, va sur le terrain.
        4) Il publie les premiers résultats, qui sont à leur tour débattus et enrichis par les internautes qui posent leurs questions, disent ce qu’ils ont envie de savoir, quelles informations les intéressent.
        5) Il repart sur le terrain et le processus se répète jusqu’à avoir un reportage qui tient la route
        6) Il le publie quelque part pour lui donner le plus d’écho possible

        Dit d’une autre manière : je pense que le boulot d’un journaliste est d’être sur le terrain et de synthétiser / raconter une histoire avec le maximum d’informations possibles pour laisser ses lecteurs en débattre sur la place publique. Le jeu de rôle que je propose est un moyen d’avoir le débat le plus élevé possible, d’écumer tous les trolls et de rendre l’information « ludique » en permettant aux lecteurs d’être une colonne du « quatrième pouvoir » qu’est le notre.

        Je ne sais pas si j’ai été très clair … Mais je serais ravi d’en débattre un peu plus par mail.

        Ah … Et la peur de ne pas réaliser mon rêve, elle est constamment présente.

    • j’ai toujours aimé les choses démentielles…voilà une projet vraiment ambitieux…qui prouve que les autodidactes ne sont pas mort ! J’adhère ! Moi je m’occupe de couvrir les endroits crasseux ou personne n’aiment aller. ^^

    • Quel projet ambitieux, c’est étonnant de voir votre courage et votre détermination, je vais suivre cela de plus près ^^
      Aurélie Dernier billet publié : Destination le PérouMy Profile

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