Ciudad del Este (Paraguay), capitale mondiale de la contrebande [Synopsis]

13 avril 2012 10 h 08 min

Fleuve Parana, à la frontière entre l'Argentine et le Paraguay. Tempête de sable déferlant sur le Paraguay (en arrière-plan)

« Même Ben Laden est venu nous rendre visite, alors pourquoi pas vous ? » – c’est le slogan d’une campagne publicitaire orchestrée par l’office de tourisme paraguayen en 2003. La destination promue : Ciudad del Este, troisième centre commercial mondial après Hong-Kong et Miami. Chiffre d’affaire annuel : 12 milliards de dollars.

Ici, on trouve absolument tout : Brésiliens, Argentins, mafias russes, Chinois, triades taiwanaises, Coréens, Serbes, yakuzas japonais, haïtiens, touristes français – au total, ce sont plus de 70 communautés qui cohabitent. Beaucoup sont d’honnêtes commerçants qui profitent de la zone franche pour faire de l’import-export mais d’autres, tout aussi faciles à trouver, vendent des AK-47 pour 375 US$.

A côté, les FARC échangent de la drogue contre des munitions aux gangs des favelas brésiliennes ; des pièces électroniques des plus grands marques viennent de Chine pour être assemblées sur place dans des ateliers clandestins ; les parfums, les cigarettes, les ordinateurs et des téléphones portables coulent à flot sans que l’on se pose la question de leur provenance ou de leur légalité. Des gardes armés de fusils à pompe gardent des bâtiments ou des maisons que rien ne distingue et, parfois, la nuit, des rafales retentissent, dans le parfait silence des sirènes de la police – jamais entendues pour le moment.

On y trouve également une importante communauté arabo-musulmane – entre 20 000 et 30 000 membres, qui tiennent les commerces les plus prospères. Et que les Etats-Unis ont accusé d’abriter des groupuscules terroristes comme le Hezbollah ou Al Qaida. Les accusations remontent aux jours qui ont suivi le 11 septembre 2001 – la période pendant laquelle le pays cherchait ses coupables. Mais, dix ans après, malgré le fait qu’aucune preuve de l’existence de tels groupes n’ait pu être trouvée, la certitude américaine persiste.

Beaucoup disent que les soupçons américains viennent du seul fait qu’il y ait beaucoup de communautés arabes et musulmanes dans la région et du fait qu’ils aient d’importants commerces. De la contrebande, de potentiels terroristes musulmans, des armes en libre circulation, de la drogue : c’est pour lutter contre ces fléaux que les Etats-Unis installeraient des bases militaires dans l’est du Paraguay et au nord de l’Argentine.

Des voix s’élèvent pour dénoncer cette stigmatisation et ces raccourcis – parmi elles, le maire de Ciudad del Este est la première à monter au front, soutenue par … tous ses administrés. Ceux qui sont légaux dénoncent l’atteinte à l’image, ceux qui sont plus officieux dénoncent les projecteurs des médias sur une zone qu’ils espèrent garder discrète le plus longtemps possible.

C’est le portrait de cette ville, où je me trouve actuellement, que j’aimerais vous proposer d’écrire – une ville au confluent des opportunités commerciales, du narcotrafic, de la contrebande, et des ambiguités de la guerre contre le terrorisme. Une ville d’aujourd’hui, qui dessine un portrait de la face cachée de la globalisation au XXIe siècle.

(note : j’ai du mettre en pause mon reportage précédent sur le Parana, faute de moyens financiers pour le continuer. En effet, il aurait fallu que je me déplace aux quatre coins de l’Argentine pour le compléter, avec des aller-retours constants qui me coûtaient tout simplement trop chers … Je l’ai donc mis en stand-by)

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