Ce qu’on ressent en quittant Buenos Aires

28 août 2011 12 h 13 min
plafond ikea

Des nouveaux plafonds à l'horizon

Mardi 9 Août 2011.
Dans le bus qui relie Buenos Aires à Santiago del Estero

Drôle de sentiment.

J’ai le blues, le spleen, et Buenos Aires me manque déjà. J’ai aimé la ville sans y tomber amoureux et pourtant, il y a comme un indéfectible sentiment d’arrachement, de déracinement qui flotte dans l’air.

Je pars, encore, enfin – et cette fois-ci pour un trajet beaucoup plus nomade. Je n’aurai pas de nouveau chez-moi avant au moins neuf mois. Pas d’appart’ où glander sous la couette jusqu’à 2h de l’après-midi, pas de chambre où me réfugier pour mater une série TV en douce au lieu d’écrire et travailler, pas de couette à laquelle s’attacher pour construire des bases secrètes. Les auberges de jeunesse, hôtels et maisons de couchsurfeurs seront mes nouveaux plafonds, sujets de reportage et budget nomade obligent.

Buenos Aires, c’était la première étape et l’entre-deux monde. Un purgatoire où faire mes premiers pas de « vrai » journaliste et donner naissance au premier reportage de Mediareporter. Des medialunas et des rues pavées, des cafés, beaucoup de cafés, des livres et des poèmes. Des rencontres et des yeux ouverts, des lectures en terrasse ou calées dans « mon » lit. De la cuisine, de la viande, des bus et beaucoup de rêveries au milieu des rues. De la peur et du bonheur.

Côté journalisme, c’est une sensation de verre à moitié vide ou plein. La sensation d’avoir accumulé trop d’informations sans avoir assez creusé le terrain, l’impression de ne pas en avoir fait assez, de ne pas avoir rencontré suffisamment d’acteurs et d’interlocuteurs tout en me tirant les cheveux sur les énormes difficultés de rédaction qui se profilent à l’horizon. A force de lire tous les livres qui parlent de football à l’Ateneo, de passer des milliers d’heures à écumer les journaux, les statistiques et les archives des clubs, je me retrouve avec suffisamment d’informations pour écrire un livre entier sur le sujet. Tout en ayant comme un sentiment d’inachevé – sans trop savoir d’où ça vient. J’imagine que cela fait partie de l’ultime frustration du reporter : connaître beaucoup de choses sur tout, mais n’être expert en rien. Pour l’instant ?

Côté voyage, les premières rencontres et la fête porteno, les vibrations des percussions de la Bomba Del Tiempo, le quartier de San Telmo, le Microcentro et les nombreux parcs de la ville et, pareil, la sensation du verre mi-plein mi-vide. Une ville pas vraiment approchée comme un voyageur zappeur, pas vraiment connue comme un étudiant qui s’y installe une année.

Danser le tango – le meilleur souvenir. Passer des nuits et des nuits à écouter les orchestres et la mélancolie des chanteurs, rester des heures et des heures à voir les pas et les couples virevolter dans tous les sens ; et la frustration de ne pas avoir assez profité de la ville pour apprendre à maîtriser l’univers et ses mouvements.

Malgré tout, je suis content de partir et d’être enfin sur la route. Être en mouvement, avancer, me sentir aller quelque part, vers un but, vers une destination nouvelle et jamais finale plutôt que vivre la vie des expat’.

Alors, dans le bus qui m’amène à Santiago del Estero, le petit pincement au cœur se transforme en excitation renouvelée – celle d’aller rencontrer le témoin clé qui mettra le point « final » à mon reportage, et me permettra d’avancer, encore, vers un autre sujet, vers d’autres points « finaux ».

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