Génération Y (3/3) – Avoir plus de pouvoir qu’un Président grâce à Internet

20 janvier 2011 17 h 30 min

L’article qui va suivre est un essai de science-fiction.

Je ne me reposerai sur aucun fait, aucune base solide ; et ce n’est plus une autobiographie que je m’apprête à coucher, mais une vision, une proposition, un sentiment qui relève davantage de l’imagination plutôt que de la prospection.

2011 - après les premières écritures spécifiques au web, les premières « vies » endémiques au net apparaissent. Des maisons virtuelles voient le jour grâce au « cloud computing » (le fait de stocker des données sur le web plutôt que sur son ordinateur) – un peu comme des nomades qui pourraient se déplacer aux quatre coins du monde et téléporter leur salle de bain, leur salon, leurs bibliothèques et leurs sex-toys préférés n’importe où, à n’importe quel moment pourvu qu’ils disposent d’une connexion. C’est ce que je m’apprête à faire pendant sept ans : décentraliser ma maison pour me sentir chez moi partout et construire un foyer virtuel où je pourrai me ressourcer, me reposer, m’appuyer pour aller de l’avant.

Nomade 2.0, SDF physique qui fait du monde entier son plan de travail, heureux propriétaire du sentiment de retourner chez soi juste en allumant son Macbook Pro.

Internet permettra à une poignée d’individus d’avoir autant de pouvoir qu’un Président de la République

Mais je pense qu’au-delà du nomadisme et du romantisme, l’évènement qui marquera la décennie 2010-2020 sera l’émergence de super-individus – des « Superman », super-héros / super-humains boostés et dopés à la fibre optique et à l’internet. Attention : je ne parle pas de drogués du net, de geek ou de no-life, mais bel et bien d’héros du XXIe siècle, d’individualités exceptionnelles qui émergeront grâce à ce que le net permet: l’accès à une audience potentiellement sans limite avec très peu de moyens technico-financiers.

Comment se manifesteront-ils? Quel genre de pouvoir auront-ils? D’une certaine manière, on peut dire que Julian Assange est leur ancêtre – un modèle encore imparfait qui, en quelques clics et en seulement trois ans, a gagné par l’hacktivisime une popularité et une célébrité incroyable jusqu’à en être devenu un héros, un Robin des bois des temps modernes qui vole les données du riche Oncle Sam pour le distiller aux pauvres citoyens lambda.

Mais, en choisissant de confier ses informations à des médias « traditionnels » et de jouer la carte de la quantité d’informations, Julian Assange a mal exploité le potentiel de Wikileaks. Il est passé à côté de l’opportunité de devenir le premier super-héros du web pour deux raisons :

– en choisissant d’être le bout de l’entonnoir, il a concentré toutes les attaques sur sa personne ; jusqu’à mettre physiquement en péril la pérennité du projet Wikileaks.

– mais surtout, en choisissant le culte du secret, il a refusé de dialogue et le contact avec les internautes. Julian Assange fascine (moi le premier) parce qu’il est entouré de mystères et de secrets mais … A cause de (ou grâce) à cela, il est devenu une icône, un symbole, un symptôme ; mais pas un leader. Ce n’est pas un meneur, mais quelqu’un dont on s’inspire. Impossible de le suivre et d’être derrière lui, puisqu’il ne laisse pas de trace – et le seul moyen de l’aider devient : ramasser les miettes d’un plat indigeste. 250.000 documents à traiter, ça décourage pas mal de personnes normales.

Internet, formidable source d’empowerment

Mais je suis persuadé que dans la décennie 2010, certaines personnes réussiront à utiliser Internet comme une formidable source d’EMPOWERMENT.

L’empowerment, c’est une notion que les ONG utilisent pour désigner le fait de donner plus de pouvoir, plus de « clés » et d’outils aux personnes qu’ils côtoient pour les aider à CONSTRUIRE leur destin plutôt que de le subir. Et ce, de leurs propres mains.

Internet est une formidable source d’empowerment et il est possible qu’entre 2010 et 2020, certains Digital Natives au charisme exceptionnel voient le jour. Ils ne se contenteront pas d’être de simples icônes, mais se serviront de leur popularité pour AGIR de façon concrète sur le monde qui les entoure, en mobilisant les foules, en servant de porte-parole; en étant l’étendard, le symbole ou la catharsis des nouveaux combats de la décennie. Oups – quelle différence avec les blogueurs d’aujourd’hui ?

L’audience, les visiteurs uniques, l’internaute : c’est là tout l’enjeu, toute la source de l’empowerment. Plus que jamais, il est devenu impossible d’exister sans une personne pour nous voir et nous écouter. Sans ami, sans contact, sans interaction, sans visibilité ou sans regard posé sur nos fesses, nous ne sommes plus que des non-êtres. Mais à contrario, plus il y a de regards braqués sur nous, et plus nous disposons de pouvoir. Les super-héros / super-bloggueurs / superman du web seront donc des individus capables de transformer leurs visiteurs uniques en auxiliaire, en coéquipier, en source où puiser une force qu’ils pourraient ensuite utiliser pour leur combat. A eux seuls, et par leur seule capacité à être écouté et à mobiliser, ils finiront par avoir autant d’influence qu’un grand groupe de presse ou qu’un Président de la République.

Le principe d’empowerment sera le même que celui d’une République : si Nicolas Sarkozy a autant de pouvoir, c’est parce que 65 millions de Français le reconnaissant comme leur président (oui, bon, ne commençons pas les polémiques). Il y aura donc deux conditions pour voir l’apparition d’un super-blogueur :

– qu’une énorme communauté d’Internautes le reconnaisse (critère quantitatif)
– que cette communauté soit d’une qualité suffisante pour donner du pouvoir / de la légitimité au super-blogueur (critère qualitatif)

Mais … Je ne sais pas exactement quelle forme cela prendra et, si je le savais, je le mettrais moi-même en application. Tout ce que je peux faire pour illustrer cette hypothèse, c’est exposer mon propre plan de domination du monde dans mon prochain article : comment je vais devenir Superman grâce au journalisme. Gnark, Gnark, Gnark !

***

La naissance des premiers « pays numériques »

Parmis ces « super-E-leaders », il y aura des capitaines pirates, des figures de résistance contre une tendance de plus en plus vive au sein des Etats : celle de contrôler Internet. HADOPI, LOPPSI, filtrages, censure – sans compter la probable réaction des pouvoirs publics américains pour prévenir la naissance de nouveaux Wikileaks. L’Internet du futur ne sera plus ce havre de liberté totale que nous connaissons maintenant.

Aujourd’hui, Internet est un foutoir géant, un chaos sans nom auquel toutes les autorités chercheront à donner un semblant d’ordre, et de sens (signification + direction). Peut-être que certains pays se mettront à construire une propagande du net, une « histoire nationale » via Internet comme on a construit des Grands Récits pour donner un sens au monde contemporain.

Mais les Digital Natives résisteront.

Le XXIe siècle verra l’émergeance du cyberterrorisme idéaliste – opérations Hack, Crack, diffusion de réseaux Tor, … Mais surtout, le combat se poursuivra IRL via le détournement des câbles marins qui transportent Internet. Pendant de longues années, nous jouerons au jeu du chat et de la souris avec les autorités gouvernementales, en profitant du gigantisme du réseau de fibres optiques mondiales pour les pirater. Nous irons près des câbles sous-marins et nous brancherons des circuits pirates pour détourner des connexions, nous créerons des « points de pompage » de connexions pour les relayer ensuite sur nos propres serveurs qui seront chargés de « laver » et de camoufler ces connexions pirates. Une nouvelle forme de larcin apparaîtra : le blanchiment de connexion qui permettront l’accès à un Internet libre et libéré. Pour le meilleur et pour le pire.

Et plus loin encore, nés de la fédération de résistants du monde entier, se créeront de véritables cyber-pays disposant de leur propre code, de leur propre culture et de leur propre frontière. Si les gouvernements continuent tous à vouloir poser des filtres et des barrières au net, l’utopie du net éclatera. Et ce ne sera plus UN réseau, mais plusieurs réseaux qui coexisteront – et une nouvelle carte du monde se dessinera, avec ses murs et ses frontières. Le réseau internet chinois n’aura qu’une poignée de passerelles très contrôlées avec le réseau européen, qui dépendra du réseau américano-latin, qui côtoiera le réseau pirate.

Peut-être que je me trompe sur toute la ligne (en tout cas je l’espère!!), mais j’avais envie d’écrire ces bêtises de science-fiction.

Pas de commentaires

  • Intéressant. il y a sans doute du vrai.
    Je ne suis pas certain cela dit que cela soit 100% bénéfique ces gens qui auront autant de popularité….
    En tout cas, le phénomène telerealité c’est déplace sur le net, certains blogueur se mettent en scène et les gens les suivent par procuration.

    • Oh, je suis tout à fait d’accord avec toi, pas du tout sûr que cela soit très très bon de voir apparaître des individus avec autant de popularité et de pouvoir. Mais bon, il n’appartient qu’à nous d’arriver à :
      * Choix n°1 : devenir ces super-individus là et pousser nos « fans » à s’intéresser à des choses qui valent le coup (un pays, une cause, une rencontre, une recette, blabla …) à travers notre personne, notre vie, notre blog.
      * Choix n°2 : tout faire pour remettre ces super-individus à leur place lorsqu’ils dévient, tout faire pour les aider à ne pas tomber dans le côté obscur de la Force.
      Mais c’est vrai qu’un blogueur qui se met en scène est assez insupportable …. Alors par pitié, donnez-moi un gros coup de pied au cul si jamais je commence un jour.

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