Il y a dix-huit mois, j’étais en voyage en Martinique, en Guadeloupe, et à Saint-Martin.

Nous étions partis pour y commencer un long reportage sur l’application de la justice en Outre-Mer ; mais, devant le manque d’intérêt des medias pour ce sujet, nous avons décidé de mettre en pause le projet, et de profiter de l’air des Caraïbes. Exotique et fascinant ; mais aussi parfois lourd, du poids de l’histoire et des rancœurs indéracinables. En se demandant si la même ambiance se retrouverait dans les Antilles voisines – à Cuba, en Jamaïque, ou à Saint-Domingue par exemple.

Là-bas, l’esclavage est-il encore un sujet aussi sensible ? Si ce n’est pas le cas, l’indépendance a-t-elle joué un rôle pour calmer la colère des humiliations passées ? En voyageant aux Antilles, j’ai été frappé de constater à quel point le rapport à la métropole est ambigu. Tout est fait pour affirmer une identité antillaise forte, dessinée par le soleil, la culture de l’Histoire, de l’actualité, et de l’accent créole. Mais, parallèlement à cela, les Antillais ne ratent jamais une occasion de taper sur la métropole, en déplorant l’abandon, l’oubli, le manque de moyens et l’absence de reconnaissance de ses nécessités particulières. L’attachement à la France est là, quelque part, voisin des rancœurs ; l’amour des Antilles est dominateur.

Banlieue fort de france

La banlieue nord de Fort-de-France, réputée pour être relativement dangereuse. Mais belle à voir.

Dans la peau d’un Béké

Toute cette ambiguïté se cristallisait, à nos yeux, dans la relation qu’ont les Antillais avec les Békés – ces habitants créoles à la peau blanche, descendants des colons européens, représentant environ 1% de la population antillaise mais couramment accusés de concentrer le pouvoir, les richesses, les terres et l’influence politique disponibles.

En Martinique, nous avons été particulièrement marqués par les tensions qui pouvaient exister entre ces différentes communautés. En préparant notre reportage, nous pensions écrire une histoire sur une justice « au rabais » ; mais nous nous sommes rendus compte que ce n’est pas forcément le cas, et que l’histoire à raconter serait plutôt celle d’une justice qui doit, en permanence, jouer un numéro d’équilibriste afin de prendre en compte toutes les « particularités locales » … tout en faisant respecter les lois de la République.

J’aimerais prendre le temps d’écrire, enfin, le portrait d’un Béké avec qui nous avons longuement discuté en Martinique. Raconter sa colère et son envie d’apaisement, les ambiguïtés de son discours – raconter, en parallèle, ce que nous ont raconté les Martiniquais, l’injustice dont ils se disaient victimes, leur mépris d’une caste endogène, hermétique. Parler de la violence des réactions auxquelles nous avons assisté lors de l’assemblée générale de l’association Tous Créoles ! – et s’interroger sur la meilleure façon d’arriver à un apaisement et à une pacification du passé commun. Même si j’ai le sentiment de n’avoir aucune légitimité à écrire sur de telles questions après seulement trois mois de voyage, il n’en reste pas moins que l’envie de poser toutes ces questions et ces choses vues, reste présente.

Un prochain voyage aux Caraïbes

La complexité du rapport à l’identité, à l’Histoire, aux inégalités économiques et sociales ; la rancœur, la culture créole, le rouge et le jaune ; l’immense culture d’un grand nombre de personnes que nous avons rencontré aux Antilles ; l’enthousiasme et la colère, la torpeur et la joie des petits plaisirs de la vie – tout cela m’a fasciné. Et m’a donné envie d’explorer les Grandes Antilles afin de comparer, comprendre, vivre aux côtés de ce petit monde auquel je resterai toujours étranger.

Un voyage à Cuba ou à Saint-Domingue comme envie – pour les décors de carte postale et l’eau turquoise de la mer des Caraïbes mais, surtout, pour l’ambiance, les histoires, les regards sur le monde et le passé, sûrement très différents des Antilles françaises. Un coup d’œil aux tarifs pour voir un vol paris Cuba avec Air Caraïbes à seulement 446 € – et la tentation d’aller continuer à fouiner dans des choses probablement plus lourdes que ce que je serais autorisé à porter sur place.

Si vous êtes déjà passés par là-bas, et que vous connaissez également la Martinique, la Guadeloupe et/ou Saint-Martin, je serais d’avoir votre avis et vos commentaires sur toutes ces questions. En attendant … Je pars au Japon !

Catégories : BlogMartinique

Chris

Journaliste indépendant

2 commentaires

Voyage en Guadeloupe : un mois de balades sur Basse-Terre – Le Blog du Voyage · 7 mars 2018 à 8 h 22 min

[…] mois de Juillet 2016, j’étais en Guadeloupe, dans le cadre d’un voyage aux Antilles. Installés à Vieux-Fort, tout au sud de Basse-Terre, ma copine et moi gardions la maison […]

Martinique: les endroits que j'ai préféré lors de mon séjour | Blog du Voyage · 3 mai 2018 à 20 h 22 min

[…] J’ai voyagé en Martinique tout le mois de Juin 2016. A côté d’un reportage sur la justice dans les Outre-mers français, nous avons eu la chance d’avoir le temps de nous balader dans toute l’île en long, en large, en travers, en voiture et à pied. Plutôt qu’un carnet de route un peu barbant ou qu’une liste impersonnelle, je vais vous raconter quelques bouts du voyage dans les endroits que j’ai préféré visiter en Martinique. […]

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